Un nouveau festival en Haut-Poitou

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Terre de festivals, la France ne se délimite toutefois pas exclusivement au sud comme en témoignent les nombreuses manifestations culturelles se déployant dans l’ouest et, plus précisément, dans ce triangle formé par les départements limitrophes (49, 37, 79 et 86) des grandes régions Centre, Pays de la Loire et Nouvelle Aquitaine. Nouveau venu, l’Airvault Allegro Festival en est à sa deuxième saison.

L’excellent chef d’orchestre et pianiste George Petrou, par ailleurs directeur artistique de l’ensemble Armonia Atenea, est littéralement tombé amoureux de ce coin de pays. Sa carrière internationale a trouvé un splendide port d’attache dans la petite ville d’Airvault, dans le département des Deux-Sèvres, depuis qu’il a trouvé avec son épouse un ravissant château néogothique du XIXe siècle, qu’ils transforment peu à peu en un véritable centre musical. C’est dans la grange attenante à leur propriété que le couple a créé ces rencontres musicales avec des musiciens amis venus de partout.

Le programme de cette deuxième édition est ambitieux avec huit concerts donnés par une petite vingtaine de musiciens venus de toute l’Europe dans un programme d’une extrême variété allant de Enoch Arden, mélodrame peu connu de Richard Strauss au concert final consacré à Johann Sebastian Bach qui aura lieu le 15 août dans l’église abbatiale Saint-Pierre d’Airvault, joyau de l’architecture romane du Haut-Poitou, avec son somptueux narthex et ses chapiteaux historiés. Récitals de piano, musique de chambre, chant et piano se suivent au gré de thématiques contrastées.

Avant dernier invité, le Quatuor Gara se produisait dans un programme intitulé Temps, crise et contemplation par des musiciens venant des quatre coins de la péninsule ibérique. Régulièrement invité par le Concerto Köln, le violoniste Jesús Merino Ruiz partage sa passion pour l’interprétation historiquement informée avec ses trois collègues, Lorena Padrón au second violon, Iván Sáez Schwartz à l’alto et Candela Gómez au violoncelle pour former, en 2020, un quatuor jouant sur instruments anciens et selon les modes de jeu d’époque. Outre leurs répétitions pour le quatuor, les musiciens poursuivent leur travail au sein des plus importants orchestres baroques d’aujourd’hui avec des musiciens comme Jordi Savall, Kent Nagano ou encore Maxim Emelianytchev, des activités qui leur laissent peu de temps pour la pratique exigeante du quatuor. En outre, la canicule qui sévit dans l’ouest de la France en ce moment est particulièrement éprouvante pour les musiciens comme pour les instruments montés en boyau dont l’accordage doit être sans cesse revu entre chaque mouvement.

C’est l’étonnant Quatuor op. 20/2 en ut majeur de Haydn qui donnait d’emblée une tonalité romantique à ce concert. Étonnant, Haydn l’est à plus d’un titre en étant à la fois quasiment le créateur de la symphonie et du quatuor classiques tout en en réinventant constamment la forme avec une audace et une fantaisie inouïes. Si le Quatuor Gara a d’abord peiné à trouver sa cohésion, il a prouvé un engagement total et bienfaisant dans cette musique entrevoyant déjà le XIXe siècle. Une leçon dont devait se souvenir son élève Beethoven.

Écrit sous le coup de la disparation de Fanny, sa sœur bien aimée, le Quatuor en fa mineur op. 80 est traversé par une noirceur rarissime dans la musique de Felix Mendelssohn. On y sent d’emblée l’effroi provoqué par cette mort injuste qui anticipait la sienne de quelques semaines seulement. Le Quatuor Gara a insisté sur ce drame en soulignant les trémolos sauvages et rageurs illustrant la douleur du compositeur.

Le concert se terminait d’une façon apaisée par le sublime et intemporel « Chant sacré de reconnaissance d’un convalescent à la Divinité » extrait du Quinzième Quatuor en la mineur, op. 132, de Beethoven. Une musique sur les cimes accompagnée par des aboiements persistants et intempestifs nous rappelant les aléas de notre vie contemporaine, qu’elle soit urbaine ou campagnarde. On souhaite longue vie à ce nouveau festival qui a toute sa place au cœur d’une région dont le riche patrimoine reste encore à l’écart des circuits touristiques.

Concert du 10 août dans la Grange du Château les Sénéchaux

Prochain concert : 15 août « Le Génie de Johann Sebastian Bach » à l’Abbatiale Saint-Pierre à 20h30

Site officiel du Festival : https://www.airvaultallegro.com/programme-2026-francais

Crédits photographiques : François Hudry

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