Claude Evence Janssens : violoncelle, électronique et percussion

par

Sculpting. Claude Evence Janssens (-). Claude Evence Janssens, Sigrid Vandenbogaerde, Pierre Quiriny. 60’16". 2026. Livret : anglais. Off Record.

Une des singularités de Claude Evence Janssens, jazzman souffleur, fantôme des scènes, compositeur prolifique (une impulsion/compulsion créatrice trop longtemps contenue après des années consacrées à d’autres fonctions dans le domaine musical – la Médiathèque, Ars Musica ?), est de ne s’encombrer des genres que pour en dévoyer les étiquettes, de se rire des classifications car, au fond, quelle importance (« Parlez-vous anglais / Mr Katerine ? ») et puis, qu’en faire ? A quoi donc s’attendre quand la violoncelliste (belge également) Sigrid Vandenbogaerde, qu’on connaît pour ses prestations avec Musiques Nouvelles, mais qui elle aussi fréquente classique, jazz, musiques du monde, chanson, propose une collaboration ?

Sculpting suggère une forme en volume, un relief, qu’un sculpteur obtient généralement par taille d’un matériau brut, par soudure ou assemblage de corps composites, par modelage ; ici le compositeur procède en étapes successives, ajoute de la matière musicale, la façonne selon accointances, évitements, fréquentations et ruptures, lui donne forme : d’abord les parties au violoncelle, seul ; puis les sons de synthèse, textures éthérées et souples mais suffisamment entêtées pour contredire les cordes quand il le faur ; après, les bonds et élans rythmiques, les frappes de peaux, de bois, de métaux.

De la même façon, les références convoquées par Claude Janssens forment un arrière-plan chamarré : couleurs baroques, éléments répétitifs (à la Philip Glass, doux plus qu’ondulants), glissements ambient (le Brian Eno que je vois, vers 1972 ou 1973, emplumé et outrageusement maquillé, au Studio 6 de la RTB, qui tient tant à sa qualification de non-musicien qu’il a souvent tendance à se délocaliser de la scène, doit aujourd’hui s’étonner du nombre de musiciens contemporains qui se réclament de son influence) – et puis, il y a le fantôme, en écho récurrent, du Also sprach Rilke, vu en concert récemment mais non (encore ?) publié.

Sur les neuf pièces du disque, certaines embrasent plus l’écoute que d’autres – là où les composantes (cordes, électronique, percussions) trouvent des points d’accord, s’entremêlent, se complètent, se chamaillent et se rabibochent : c’est moins le cas pour A dreamy escape around the Mystery qui s’affaiblit dans ses circonvolutions mais c’est flagrant dans If suddenly we would sing a god, à la mélancolie flottante et aux coups d’archet délicatement incisifs, aux frottements percussifs de cireur de chaussures stambouliote, aux nappes synthétiques qui, comme une couverture de laine l’hiver, n’enveloppe d’orteils que ceux qui risqueraient de geler ; c’est avéré dans About choices, qui avance comme on se fraie un chemin dans une savane à la végétation intimidante – avec une poignée de notes de clavier qui augurent d’une apparition : doit-on s’inquiéter, fuir ou persévérer ? ; c’est manifeste dans That's before you count ten, qui tournoie autour de quelques mesures de charmeur de serpents, charpentées sur un axe de frappes et courts roulements irrigués par l’électronique.

Son : 8 – Livret : 7 – Répertoire : 7 – Interprétation : 8

Chronique réalisée sur base de l'édition digitale.

Bernard Vincken

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