Martin Rajna à Monte-Carlo : un nom à retenir
Le concert s'ouvre avec Zoltán Fejérvári, figure montante de la jeune génération pianistique hongroise. Lauréat du Concours de piano de Montréal en 2017, il a également reçu la prestigieuse bourse du Borletti-Buitoni Trust. András Schiff est son mentor.
Il interprète le Troisième Concerto pour piano de Beethoven. Une œuvre qui, sous ses doigts, semble venir d'un tout autre monde — plus douce, plus mélodieuse, presque plus amicale. Des adjectifs que l'on n'associerait pas spontanément au maître de Bonn.
Rien n'est démonstratif, rien ne cherche à attirer l'attention sur la performance elle-même. Tout est mis au service de la musique. La technique semble constamment s'effacer derrière le discours musical. Fejérvári laisse les phrases respirer, les harmonies se colorer et la musique raconter elle-même son histoire.
Une interprétation élégante, raffinée, d'une grande maîtrise, mais qui peine cependant à susciter la même émotion que la suite du programme. En bis, une page mélancolique de Dvořák fait joliment le lien avec la symphonie qui va suivre.
Et puis apparaît Martin Rajna.
Une étoile montante que l'on compare volontiers au jeune Dudamel. Un maestro et un pianiste accompli. À seulement 31 ans, il est déjà reconnu par ses pairs comme l'un des grands chefs de sa génération. En octobre prochain, il prendra les rênes du Luxembourg Philharmonic.
Une perle rare, qui vient tout droit de la grande tradition des chefs hongrois : Reiner, Szell, Fricsay, Kertész ou Solti. C'est Didier de Cottignies qui l'a découvert et qui le présente ce soir à Monaco, pour sa dernière saison en tant que délégué artistique de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo.
Au programme, la Huitième Symphonie d'Antonín Dvořák.
Dès les premières mesures, Rajna impose sa vision. Il creuse la partition, en révèle les différents plans sonores et fait entendre toute la richesse de cette œuvre qu'il dirige de mémoire. Il possède ce don rare de la respiration et du phrasé, sans doute aussi nourri par son expérience de chef d'opéra.
Entre les musiciens et lui, le coup de foudre est immédiat — et réciproque.
Martin Rajna fait partie de ces chefs qui semblent maîtriser tous les paramètres de leur art : une technique de direction irréprochable, un sens du rythme et de l'articulation exceptionnel, une gestuelle ample, précise et mélodique.
Mais la technique n'est jamais une fin en soi. Rajna raconte une histoire. Une histoire fascinante, construite avec logique, mais surtout avec une capacité rare à captiver.
Son Dvořák est bouillonnant, intense, passionné. L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo est en pleine possession de ses moyens. La joie de jouer est palpable et tout fonctionne à merveille : chaque transition est naturelle, chaque solo sonne juste, chaque pupitre trouve sa place.
Et surtout, tous les contrastes de la partition du grand compositeur tchèque sont là : la fougue, la douceur, la nostalgie, l'exubérance, les brusques changements d'atmosphère. Rien n'est appuyé, tout semble couler de source.
Il y a dans cette interprétation quelque chose de généreux et de vivant. Une musique qui respire, qui avance, qui surprend encore.
Un vrai régal. Et peut-être, ce soir au Palais Princier, la découverte d'un grand chef en devenir.
Monaco, Palais Princier — le 2 août 2026
Crédits photographiques : © Direction de la Communication - Stéphane Danna



