Nathalie Stutzmann conduit la 4e symphonie de Bruckner vers un sommet de spiritualité humaine
Bruckner : Symphonie n° 4 « Romantique » , WAB 104, version 1878-1880. Atlanta Symphony Orchestra, direction Nathalie Stutzmann. 2025 . Livret en anglais, allemand et français. 1 CD Warner Classics 5054197860836.
Son « Rienzi » de cet été à Bayreuth l’a encore confirmé : Nathalie Stutzmann aime les grandes fresques dont elle excelle à magnifier le propos. On l'attendait donc avec impatience dans cette 4e symphonie de Bruckner à la tête de son orchestre américain d'Atlanta. Force est de reconnaître que nous n'avions plus de grande 4e de Bruckner depuis les témoignages historiques de Böhm/Vienne et Jochum/Berlin. La grande réussite de Stutzmann est de travailler dans la grandeur tout en restant profondément humaine. Elle apporte ainsi un éclairage nouveau dans la discographie de cette œuvre complexe qu'elle nous restitue gorgée d'un chant chaleureux.
Un travail sur la continuité
Stutzmann impose de bout en bout une continuité au discours brucknérien qui s'écoute comme une œuvre d'un seul tenant. Ce sens de la construction apparaît dès le début du premier mouvement quand le très poétique appel lointain du cor se détache sur une rumeur des cordes qui, peu à peu, monte en puissance jusqu'à l'entrée des cuivres, d'une gravité mesurée. La masse orchestrale s'impose alors à la fois par sa cohésion globale et la clarté de sa ligne mélodique qui évolue au rythme des multiples variations de dynamique jusqu'à des tutti d'une franchise maîtrisée. Les solos instrumentaux sont de véritables fils conducteurs mais restent toujours intégrés au discours d'ensemble d'un orchestre très présent.
Trésors de finesse des cordes dans l'andante quasi allegretto qui chante avec un mélange de simplicité et de chaleur, tenant sans cesse le discours en suspens. Tout est merveilleusement en place dans une parfaite sérénité et, pourtant, l'écoute n'en regorge pas moins de surprises qui détaillent les méandres d'un parcours habité où les bois distillent des moments d'une indicible poésie là où les cordes suggèrent par instants des accents populaires. Loin de conduire à une méditation introspective, le mouvement s'impose avant tout par la ferveur de son chant qui nous mène posément mais sûrement vers l'immense tutti de la fin du mouvement, avec un naturel dans la gradation qui frise l'évidence et débouche sur un moment d'immanence quasi intemporelle qui reste finalement en suspension au bord du silence.
Après ce moment d'extase, les appels de cors nous ramènent sur terre avec une mobilité qui recoupe les desseins chevaleresques que Bruckner réservait pour sa symphonie « romantique », la seule appellation qu'il ait donnée à une de ses symphonies. On succombe ensuite à la candeur pastorale du trio et de ses allusions dansantes. La reprise des scènes de chasse nous conduit avec un réel panache vers l'explosion orchestrale du début du finale.
C'est alors qu'intervient un long cheminement mélodique où la cheffe négocie les contrastes d'ambiance avec un tact souverain, laissant gambader les mélodies populaires, soulignant la grâce d'un mouvement de danse, le tout enserré dans une étreinte aussi implacable que discrète où elle fait un sort au jeu des répétitions chargé de concentrer le propos jusqu'à l'indomptable coda finale d'une puissance inexorable.
Et pourtant, en dépit de sa force, cette interprétation n'est jamais une démonstration d'orchestre tant la richesse sonore du travail de Stutzmann et de son Symphonique d'Atlanta s'inscrit dans une vision d'ensemble qui entend mettre en valeur la spiritualité de cette musique. Une réelle grandeur s'impose alors qui demeure néanmoins profondément humaine. Cheffe et orchestre semblent avoir résolu la quadrature du cercle.
Son 10 – Livret 9 – Répertoire 10 – Interprétation 10



