Nicholas Collon banalise la magie des Planètes de Holst
Gustav Holst (1874-1934) : The Planets, op. 32. Väinö Raitio (1891-1945) : Moonlight on Jupiter, op. 24. Chœur de chambre d’Helsinki ; Orchestre symphonique de la radio finlandaise, direction Nicholas Collon. 2025. Notice en anglais et en finnois. 63’ 13’’. Ondine ODE 1491-2.
Fondé en 1927, l’Orchestre symphonique de la Radio finlandaise a été dirigé par des chefs comme Paavo Berglund, Okko Kamu, Leif Segerstam, Jukka-Pekka Saraste ou Sakari Oramo. Depuis 2021, c’est l’Anglais Nicholas Collon (°1983) qui est à sa tête. Avec sa phalange, il a gravé notamment des pages de Richard Strauss, Sibelius, Elgar ou Magnus Lindberg, qui ont été globalement bien accueillies. Il ne devrait pas en être de même pour sa version de la somptueuse fresque symphonique Les Planètes de Gustav Holst, qui doit faire face à une rude concurrence discographique.
Composées entre 1914 et 1917, créées à Londres le 29 septembre 1918, par Sir Adrian Boult, qui en sera un ardent défenseur, Les Planètes peuvent être comparées à des portraits astrologiques, la personnalisation de chacune d’elles dans le système solaire faisant l’objet d’un mouvement. Ceux-ci sont au nombre de sept, entre effets spectaculaires (l’orchestre est prolifique, percussion généreuse, orgue et double chœur féminin compris). Mars, le porteur de guerre ouvre le cycle avec des rythmes lancinants, un crescendo gigantesque d’une violente intensité et la sensation pour le mélomane d’être confronté à une sorte de fin du monde. Hélas, les Finlandais de Nicholas Collon dépossèdent le mélomane de l’impact physique qu’il en attend. La grandeur, le drame sous-jacent (Holst compose Mars peu avant la Première Guerre mondiale), la transfiguration de cet épisode grandiose, sont lissés, dépourvus de l’irrésistible élan qui doit l’animer. C’est une première déception, qui va se prolonger au fil des autres planètes.
La paix apportée par Vénus tourne à vide et oublie le côté féerique qui s’en dégage. Avec Mercure, scherzo dynamique, on espère en vain une émotion aérienne ; celle-ci fait face à un prosaïsme du premier degré. On est un peu plus en phase avec Jupiter qui apporte la gaieté, en passant de la tension au calme, et avec Saturne qui évoque la vieillesse, la sérénité convenant mieux à Nicholas Collon que les contrastes rythmés. Quant à Uranus le magicien, autre scherzo, il frôle l’indifférence, que ne rachètera pas Neptune, tout en nuances pianissimo, le double chœur, n’atteignant pas la dimension d’un monde intemporel qui s’achève dans un quasi-silence.
Une déception donc, cette version qui risque de ne pas faire date, car, nous l’avons dit, la discographie est riche, depuis la magnificence de Karajan à Vienne (1961) - un de ses meilleurs disques -, le côté parfois extatique de Haitink à Londres (1970), la puissance de Solti à Londres (1978), l’éclat d’Ozawa à Boston (1979), l’éloquence de Mehta à Los Angeles (1988), liste non limitative. Mais c’est Sir Adrian Boult qui domine le débat. Il a enregistré Les Planètes à plusieurs reprises ; la version de 1979 avec le London Philharmonic Orchestra est éblouissante de grandeur et de ferveur quasi mystique. On ne négligera pas non plus des versions de notre siècle : celles de Litton à Bergen (2013) ou de Harding à Munich (2023) valent le détour.
Le complément de programme sauve l’album : il intéressera les amateurs de raretés. Il est signé Väinö Raitio, un compositeur finlandais qui a étudié à Moscou peu avant la Révolution, a été influencé par les couleurs de Scriabine et a laissé notamment des poèmes symphoniques et cinq opéras. Son Jupiter au clair de lune a été composé en 1922/23. Figure énigmatique et indépendante, plutôt misanthrope, Raitio voyagea à Berlin et à Paris avant de s’installer définitivement en Finlande. La dédicace de son Jupiter ne manque pas d’humour : son chat, dont la présence et les ronronnements avaient accompagné l’écriture, en est le bénéficiaire (une photographie montre la complicité entre le compositeur et son animal de prédilection). L’œuvre a été créée à Helsinki en décembre 1928, sous la direction de Robert Kajanus, ardent défenseur de Sibelius. La Sixième de ce dernier figurait d’ailleurs au programme. On décèle dans ce poème symphonique d’une durée de treize minutes l’influence de Scriabine, à travers une orchestration colorée et une atmosphère de caractère fantastique, qui ne manque pas de poésie. Ici sans concurrence, Nicholas Collon et son orchestre finlandais donnent de ce Jupiter, intelligent couplage avec Les Planètes de Holst, une lecture engagée. Dans une discothèque, ce CD insatisfaisant sera à classer au nom de Raitio.
Son : 8 Notice : 10 Répertoire : 10 Interprétation : 6
Jean Lacroix



