Fabien Gabel sublime Korngold

par

Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Sinfonietta en si majeur, op. 5. Tonkünstler-Orchester Niederösterreich, direction : Fabien Gabel. 2019. Notice en anglais. 45'04''. Tonkünstler TON2023.

À la tête du Tonkünstler-Orchester Niederösterreich, dont il est devenu le directeur musical à partir de la saison 2025-2026, Fabien Gabel mène un travail de fond autour des compositeurs viennois du début du XXe siècle que l'histoire a relégués dans l'ombre : Zemlinsky, Joseph Marx et, bien sûr, Erich Wolfgang Korngold. Après une sublime Symphonische Nachtmusik de Marx, le label digital de l'orchestre propose de découvrir la Sinfonietta de Korngold, captée en concert au Musikverein en avril 2019 — lors de la toute première rencontre entre le chef et la phalange.

L'œuvre est celle d'un adolescent. Korngold n'a que quatorze ans lorsqu'il entreprend cette partition en quatre mouvements, achevée en 1913, à laquelle il donne le titre modeste de Sinfonietta. Modestie trompeuse : par sa forme, ses proportions et un effectif orchestral pléthorique, l'ouvrage est une véritable symphonie de trois quarts d'heure. Le jeune prodige viennois y a tout assimilé — Strauss, Mahler, l'harmonie capiteuse de la Vienne fin de siècle — et le restitue avec une assurance confondante, portée par une joie de vivre et une insouciance que seul, peut-être, un génie de cet âge pouvait mettre en musique. Comme toujours avec Korngold, c'est une superbe musique d'orchestre, alliant beauté mélodique et luxuriance de l'orchestration.

Ces qualités sont magnifiées par la direction de Fabien Gabel, qui soigne autant l'ampleur sonore que la finesse des détails : la grande forme est tenue sans que la profusion orchestrale n'étouffe jamais les lignes, et chaque pupitre trouve sa place dans un tissu d'une rare densité. On apprécie aussi tout particulièrement le son viennois de l'orchestre, qui joue sur instruments viennois : moelleux des cordes, rondeur des cuivres, couleurs fruitées des bois. Dans le Molto andante « träumerisch », cette sonorité fait merveille.

Cette nouvelle version prend d'emblée place au sommet d'une discographie qui n'est pas si étoffée, malgré quelques belles réussites signées John Storgårds (Ondine) et Matthias Bamert (Chandos). Elle confirme la pertinence du projet artistique que Fabien Gabel construit avec le Tonkünstler-Orchester.

Son 9 Répertoire 9 Interprétation 9

Pierre-Jean Tribot

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