Le Barbier de Séville à Bastille ; pétillant millésime 2026

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Au fil des années, l'impératif de remplissage de l'Opéra Bastille se heurte toujours en septembre et en juillet à un public parisien peu enclin à aller à l'opéra. En résulte une tendance croissante à programmer les blockbusters de la Boutique en période de vache maigre pour garantir la jauge.

Il faut dire que la mise en scène dans un Séville version Movida de Damiano Michieletto n'a rien perdu de sa sémillance et continue d'offrir un joyeux fourmillement autour des élucubrations des protagonistes. Ces derniers trouvent d'ailleurs dans la fosse un soutien de taille en la personne de Jader Bignamini. La gestique est fluide et permet, dès l'introduction, de sculpter des attaques de cordes tout en finesse. Ayant débuté en décembre 2022 dans cette fosse, le maestro fête donc ses noces de cire avec l'orchestre et réussit à laisser respirer la phalange tout en conservant une attention particulière vis-à-vis du plateau.

Ce dernier se distingue ce soir par une conception pour le moins libérale des temps, l'accent étant particulièrement mis avec cette distribution sur les aspects comiques, quitte à flirter avec le pantomime. Au panthéon des truculents, supplément guitariste, figure ainsi en bonne place le Figaro de Huw Montague Rendall. La projection est très bonne dès les premières notes hors plateau et la présence scénique qui s'ensuit est incontestable. On note cependant une tendance à légèrement précéder les tempi du chef ainsi qu'une articulation certes solide mais ébranlée par la mitraille verbeuse de la fin du « Largo al factotum ».

En comte Almaviva, Jack Swanson déploie une tessiture dramatique ainsi qu'un timbre relativement large pour le rôle. La technique, à défaut d'agilité naturelle, est maîtrisée et les voyelles claires, où l'airain est exacerbé par un vibrato sensiblement intense. On note également quelques légers soucis de justesse en fin de phrase longue, lorsque la projection décroît. La musicalité demeure toujours particulièrement remarquée, nonobstant une mise en exergue des aspects comiques du rôle. Dans son aria finale, particulièrement attendu, les vocalises les plus virtuoses sont abordées avec une précision particulièrement impressionnante, nonobstant une projection tendant à baisser en fin de phrase. La technique gagne alors considérablement en aisance et on note une prise d'ampleur des harmoniques aigus ; dommage qu'il tende alors à toujours légèrement devancer l'orchestre.

Dans le rôle de Rosina, Lea Desandre semble manifestement particulièrement à son aise et est volontiers outrancière, nonobstant une rondeur de timbre ainsi qu'une agilité vocale toujours aussi marquées. L'articulation est immaculée, à l'instar de la gestion des phrases longues, et la projection globalement fort bonne, abstraction faite de l'extrême grave de l'ambitus.

En Basilio, Adolfo Corrado déploie quant à lui un timbre large et une tessiture assurément lyrique, portés par une ample projection et surtout une excellente gestion des aspects récitatifs du rôle, que viennent sertir des voyelles claires et une mise en place rythmique impeccable.

Le Bartolo de Nicola Alaimo semble de prime abord plus sordide dans son stupre que loufoque et tend par moment vers la voyelle neutre. Fort heureusement, le timbre s'étoffe tout au long du premier acte et la tessiture, légère, est sertie d'une mise en place rythmique impeccable ainsi que d'une bonne articulation et d'une longueur de souffle particulièrement remarquable.

En Berta, il semble désormais d'usage de confier le rôle à un jeune de l'Académie malgré la vieillesse du personnage. Faisant la part belle à la gaudriole lors de sa présence sur le plateau, Isobel Anthony déploie en revanche dans son aria une tessiture dramatique ainsi qu'un timbre rond, à l'airain bien présent et au vibrato affirmé. Elle est également légèrement en avance par moment, mais compense par la musicalité avec laquelle elle aborde les notes longues. Enfin, on ne devinerait guère que le Fiorello d'Amin Ahangaran était malade si ce dernier ne portait pas un masque chirurgical, le métal du timbre étant encore intact et la projection demeurant bien assurée.

Le parti-pris comique associé au foisonnement scénique continue toutefois de faire opérer le charme, et c'est donc sous des applaudissements particulièrement nourris que vient se conclure le tombé de rideau final. Au-delà d'un début de saison assuré, gageons que ce Barbier a encore de beaux jours devant lui.

Paris, Opéra Bastille, 1er Octobre 2026

Crédits photographiques : Agathe Poupeney / Opéra de Paris

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