Kakhi Solomnishvili et Jorge Luis Prats à l'OPMC : une soirée éblouissante
L'Auditorium Rainier III a accueilli ce dimanche un nouveau concert de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo (OPMC), avec le chef d'orchestre Kakhi Solomnishvili et le pianiste Jorge Luis Prats. Trois compositeurs majeurs du répertoire russe étaient à l'honneur : Igor Stravinsky, Sergueï Rachmaninov et Sergueï Prokofiev.
Kakhi Solomnishvili avait déjà dirigé l'OPMC dans le cadre d'un concours organisé en 2022 et avait alors laissé une forte impression. Depuis, sa carrière a pris un nouvel essor. Il a été nommé chef principal de l'Orchestre philharmonique slovène en 2024, puis du Philharmonique de Géorgie et de l'Opéra de Tbilissi. Depuis 2022, il est également l'assistant de Charles Dutoit et collabore activement avec l'Orchestre philharmonique de Buenos Aires et le Teatro Colón, où il a fait ses débuts en dirigeant The Rake's Progress d'Igor Stravinsky.
C'est précisément avec Feu d'artifice de Stravinsky qu'il ouvre le concert. Une miniature de cinq minutes, composée en 1908, qui attira l'attention des membres des Ballets russes et contribua à ouvrir la voie au premier des grands ballets de Stravinsky, L'Oiseau de feu (1910). Feu d'artifice annonce déjà la maturité du compositeur. On y trouve des effets instrumentaux précurseurs de l'orchestration de ses futurs ballets, ainsi qu'une asymétrie métrique et une imprévisibilité qui deviendront des marques de fabrique de son langage musical. Sous la baguette du jeune chef, l'OPMC en livre une lecture nette et colorée.
Le pianiste d'origine cubaine Jorge Luis Prats retrouve ensuite Monaco avec le Troisième Concerto pour piano de Rachmaninov. Lors de sa précédente venue, il avait interprété le concerto de Gershwin, une œuvre qui lui allait comme un gant. Le Troisième Concerto de Rachmaninov compte parmi ses chevaux de bataille, même si son interprétation ne fait pas l'unanimité.
Prats n'a rien perdu de sa virtuosité, mais sa palette dynamique semble se déployer principalement entre le doux et le fort. C'est toutefois son jeu franc et direct qui séduit. L'artiste a connu la gloire et, même si sa présence sur la scène internationale s'est faite moins fréquente, le public monégasque continue de l'apprécier et de l'acclamer.
En guise de bis, il offre trois pièces de compositeurs cubains, Ernesto Lecuona et Ignacio Cervantes, que peu de pianistes savent faire vivre avec autant de naturel. Son interprétation mêle sensualité, humour, délicatesse, mélancolie, saveur et passion. Dans ce répertoire, Jorge Luis Prats révèle une personnalité musicale attachante.
Après l'entracte, nous plongeons dans l'univers tourmenté de Prokofiev, entraînés dans un parcours intérieur. Beauté et laideur, harmonie et dissonance, tension et apaisement s'y confrontent dans une œuvre de vastes dimensions. La Cinquième Symphonie, la plus vaste des sept symphonies du compositeur, est une œuvre marquée par le contexte patriotique et guerrier de sa création.
Le premier mouvement s'ouvre comme un portail, chargé d'une menace sourde et d'une résolution héroïque. Les alliages de cuivres et de cordes y déploient leur puissance. Kakhi Solomnishvili dirige au millimètre et transmet la musique avec autant d'énergie que de raffinement.
Les mouvements centraux sont peut-être les plus personnels. L'Allegro est du pur Prokofiev : sarcastique, mordant, vivement rythmé. L'Adagio, quant à lui, se déploie comme une longue plainte, tantôt déchirante, tantôt glacée, parfois aux frontières de la tonalité. L'interprétation, sûre sur le plan rythmique, sait aussi se faire lyrique lorsque la musique l'exige.
Le finale s'ouvre, lui aussi, sur une simplicité trompeuse. Une douceur émanant des bois s'assombrit peu à peu, tandis que le jeu espiègle des cordes et des cors cède la place à la clarinette, puis à une succession de danses moqueuses et enjouées. Une note solennelle surgit brièvement avant que la danse ne reprenne, gagnant en frénésie et ponctuée d'interventions percutantes, jusqu'à une coda entraînante, au grotesque marqué. La clarté de l'articulation et la rigueur rythmique de ce quatrième mouvement retiennent l'attention.
Kakhi Solomnishvili sait insuffler à l'orchestre passion et confiance. Ses intentions sont claires, sa maîtrise affirmée et sa direction précise. L'OPMC semble en phase avec lui, répondant à chaque impulsion avec une cohésion et une énergie communicative.
Une prestation dense et maîtrisée. Kakhi Solomnishvili est un chef à suivre !
Auditorium Rainier III — dimanche 11 octobre 2026
Crédits photographiques : Stephane Danna / Direction de la communication



