« Messiah » d’Händel : la métamorphose des Monteverdi Choir et English Baroque Soloists sous l’impulsion racée de Rousset

par

Georg Friedrich Händel (1685-1759) : Messiah. Ana Vieira Leite (soprano), Dame Sarah Connolly (mezzo-soprano), Andrew Staples (ténor), William Thomas (basse) ; Monteverdi Choir ; English Baroque Soloists, direction Christophe Rousset. 2025. Livret en français, anglais et allemand. 2h12. harmonia mundi HMM905428.29, 2 CD.

L'éviction de Gardiner de ses ensembles fétiches les a laissés bien orphelins, avec un calendrier de concerts importants à assumer (le chef britannique a fondé entre-temps de nouveaux ensembles, réunis sous le nom de Constellation Choir & Orchestra). Dans cette optique, Christophe Rousset s'est vu proposer le Messiah de Händel, un choix logique quand on connaît la grande familiarité du chef français avec les ensembles anglais. L'occasion était trop belle de travailler avec le formidable Monteverdi Choir, et son éditeur en a profité pour capter l'événement. Diffusé en radio, le concert avait révélé de réelles accointances entre les artistes anglais et le chef français. Il faut bien admettre que ce dernier réussit à donner une lecture très personnelle en utilisant à plein les capacités des chanteurs et musiciens anglais : une souplesse ailée qui dynamise le propos, un sens inné de la répartie entre solistes instrumentaux et chanteurs, un engagement direct qui va au cœur de la partition.

À ces qualités typiques d'un grand ensemble anglais, Rousset ajoute une ductilité ensorcelante. Merveilleusement impliquée, sa direction fait un sort radical au texte, vécu de l'intérieur et servi avec ce sens révélateur de la diction qui le rend incomparable, dans un tout autre répertoire, chez Lully. Son interprétation raconte réellement une histoire et épouse avec un mimétisme immédiat la musique de Händel, qui aura rarement sonné aussi naturelle. Pas d'effets inutiles, mais une grandeur racée, des arias savamment typés et un chœur d'une plasticité libérée.

Les solistes s'intègrent parfaitement à cette vision globale, qui sert de près la ligne de chant tout en permettant des envolées aux moments clés. La mezzo de Sarah Connolly est particulièrement émouvante, là où le ténor Andrew Staples s'affiche comme un efficace meneur de jeu. Mais il faut le dire clairement : davantage qu'un étalage de talents réels, la lecture de Rousset s'impose par sa lisibilité et sa fluidité d'ensemble. Un véritable régal.

Son 9 Livret 9 Répertoire 9 Interprétation 9

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