Kent Nagano boucle son Brahms hambourgeois sans emporter l'adhésion

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Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n° 1 en ut mineur, op. 68 ; Symphonie n° 2 en ré majeur, op. 73. Philharmonisches Staatsorchester de Hambourg, direction Kent Nagano. 2019-2023. Notice en français, anglais et allemand. 92'. BIS-2474 (2 SACD hybrides).

Voici la suite et fin de l'intégrale Brahms que Kent Nagano a enregistrée en concert avec son ancien orchestre, le Philharmonisches Staatsorchester de Hambourg, qu'il a dirigé de 2015 à 2025. Le précédent volume, consacré aux Troisième et Quatrième Symphonies, n'avait pas du tout convaincu notre collègue Christophe Steyne. Ce nouvel album, centré sur les Première et Deuxième Symphonies captées à l'Elbphilharmonie, se révèle tout aussi peu convaincant.

On a commencé le parcours par l'écoute de la Deuxième Symphonie, qui se présente solidement construite et de belle facture. Le tempo y est plutôt retenu — mais pas trop — et conserve un certain élan ; on y admire un réel étagement des plans sonores. Le fini instrumental est solide, et, orchestralement, la phalange hambourgeoise se présente comme un collectif puissant, ponctué de quelques belles interventions. Mais au-delà d'une lecture séduisante qui peut faire son effet en concert, on passe son chemin.

On descend ensuite les marches avec une Première Symphonie qui frappe d'emblée par une forme d'ampleur renvoyant aux grandes interprétations des années 1950 et 1960. La chose est d'autant plus étonnante que Kent Nagano travaille de plus en plus en version historiquement informée, comme en témoigne son cycle Wagner mené avec le Concerto Köln. On a ici, au contraire, un Brahms large et privé d'élan véritable. L'orchestre reste solide, mais sans particulièrement éblouir, et l'on perçoit que la mécanique tourne à vide, complètement à vide, sans que l'enjeu dramatique de la partition n'affleure jamais.

Au bout du compte, cette intégrale laisse sur sa faim. Ce nouvel album complète un premier volume — les Troisième et Quatrième — qui n'apportait déjà pas grand-chose : l'ensemble est décevant. Depuis plusieurs années, Kent Nagano a recentré sa discographie sur le grand répertoire ; on le préférait lorsque, dans ses plus jeunes années, il parcourait les modernités pour le label Virgin et défrichait le répertoire méconnu avec l'Orchestre de l'Opéra de Lyon. Ces lectures brahmsiennes s'oublient, et l'on peine à leur trouver un intérêt dans un répertoire aussi concurrentiel, où la discographie abonde en références incontournables.

Son 9 – Livret 8 – Répertoire 10 – Interprétation 6

Pierre-Jean Tribot

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