Hommage à Herbert Blomstedt (1927-2026)

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Le chef d’orchestre Herbert Blomstedt s’est éteint le 4 novembre 2026 à son domicile de Göteborg, entouré des siens, à l’âge de 99 ans. Avec lui disparaît l’un des derniers tenants d’une direction fondée sur l’effacement devant la partition — et une carrière dont la singularité tient à son couronnement tardif.

La destinée de Blomstedt aura été celle d’une reconnaissance venue sur le tard. Chef solidement installé dès les années 1950, titulaire des plus belles maisons scandinaves et allemandes, il n’accède pourtant au rang de figure vénérée, sollicitée par les premiers orchestres de la planète, que passé quatre-vingts ans. C’est au grand âge — quand la plupart de ses confrères ont depuis longtemps quitté le podium — qu’il a connu sa plus belle partie de carrière, invité fidèle et attendu du Philharmonique de Berlin, du Philharmonique de Vienne ou de l’Orchestre de Paris, où chacune de ses apparitions prenait l’allure d’un événement.

Né en 1927 dans le Massachusetts de parents suédois, revenu enfant en Suède, il bâtit d’abord sa réputation dans le Nord : Orchestre symphonique de Norrköping, Orchestre philharmonique d’Oslo (1962-1968), Radio danoise, Radio suédoise. Sa nomination à la tête de la Staatskapelle de Dresde (1975-1985), en pleine RDA, marque un tournant : il y affine une discipline sonore et une science de l’équilibre orchestral qui resteront sa signature. Suivent la direction musicale du San Francisco Symphony (1985-1995), un bref passage à la NDR de Hambourg (1996-1998), puis le poste de Gewandhauskapellmeister à Leipzig (1998-2005). Autant de maisons dont il demeurera le chef honoraire et l’hôte régulier sans pedre de vue ses liens étroites avec l'Orchestre royal du Concertgebouw d'Amsterdam ou les Berliner Philharmoniker.

Son répertoire fut d’une ampleur considérable, du baroque au XXe siècle. Interprète de premier ordre d’Arthur Honegger, il abordait avec la même autorité les pages les plus rares — on se souvient d’une Troisième Symphonie « Liturgique » couplée à la Troisième de Brahms au fil d’un même programme. Avec les années, il l’a resserré autour d’un socle : Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, Bruckner surtout — dont il fut l’un des grands interprètes de sa génération — sans renoncer à quelques sommets mahlériens, telle cette Neuvième Symphonie qu’il dirigeait encore au printemps 2026, à l’orée de sa centième année.

On lui doit aussi d’avoir oeuvre comme peu de chefs pour la reconnaissance internationale Carl Nielsen. Deux intégrales symphoniques en témoignent : la première à la tête de l’Orchestre symphonique de la Radio danoise (Warner), la seconde avec le San Francisco Symphony, magnifiée par une prise de son Decca qui fit date et contribua, autant que la direction, à la diffusion internationale du compositeur danois. Parmi les sommets d’une discographie considérable, on retiendra ses intégrales Beethoven et Schubert avec la Staatskapelle de Dresde (Eterna / Edel), Sibelius et Nielsen (Decca) avec le San Francisco Symphony, Brahms (Pentatone) et Bruckner (Accentus) avec le Gewandhaus de Leipzig.

Adventiste du septième jour, d’une humilité qui tranchait avec la figure du chef-démiurge, Blomstedt incarnait l’exact contraire du maestro autoritaire : la conviction qu’un chef sert la musique plutôt qu’il ne s’en sert. Sa présence au pupitre fut, jusqu’au bout, celle d’un musicien manifestement heureux de l’être : un bonheur de faire de la musique qui se lisait sur son visage et qu’il communiquait aux orchestres. Actif jusqu’à ses derniers mois, distingué en 2026 par le Praemium Imperiale, il espérait diriger encore à cent ans. Il aura manqué ce rendez-vous de quelques mois ; il laisse l’image d’un juste du podium.

Crédits photographiques : Renske Vrolijk

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