A Faust, Faust à demi

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Le Petit Faust
(Hervé)
“ L'argument du Petit Faust tient en peu de mots. Faust est un vieux maître d'école qui tient une classe de garçons et de filles. Marguerite lui est amenée par son frère Valentin, qui part pour la guerre; elle met l'école sans dessus dessous et se sauve. Faust, rajeuni par Méphisto, court après sa belle, la trouve dans un bal public, l'enlève dans un fiacre après avoir tué son frère. Le spectre de Valentin apparaît aux coupables et les entraîne aux Enfers. ” Sur cette trame désopilante concoctée par Crémieux et Jaime fils, Hervé a composé l'une de ses plus célèbres opérettes. Né Florimond Ronger, Hervé (1825-1892) est un quasi-contemporain d'Offenbach à qui il offrit ses premiers succès dans son théâtre des "Folies nouvelles" -que lui avait offert le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, théâtre qui devint l’actuel Théâtre Déjazet. Il était donc un peu émouvant de revoir cette oeuvre dans son cadre originel. Offenbach est resté le maître absolu de l'opéra-bouffe, plus tard rebaptisé "opérette", mais il ne faut pas oublier que le genre fut inventé par Hervé. Plus tard, celui-ci connut de grands succès avec Chilpéric, L'Oeil crevé, et surtout Mam'zelle Nitouche (1883). Créé en 1869, ce Petit Faust a été fort joué avant de tomber dans l'oubli, écrasé peut-être par la verve musicale, certes bien supérieure, d'Offenbach. Il était donc bon que le lieu de sa création le fît revivre dans les meilleures conditions, ce qui fut le cas dans cette production de la compagnie des Frivolités parisiennes. L'oeuvre est parodique à souhait et la pièce fort drôle. Musicalement, il faut noter de beaux numéros comme l'air d'entrée de Méphisto, la scène de la mort à répétition de Valentin ou la berceuse qui débute le dernier acte. Attention: Gounod n'est repris que deux fois, la parodie est plus littéraire que musicale. La mise en scène de Rémy Préchac, amusante et enlevée, manquait de folie déjantée. Heureusement, les chanteurs-acteurs s'en donnaient à coeur joie pour le plus grand bonheur d'un public nombreux. Parmi eux, la palme échoit à Sandrine Buendia, Méphisto travesti remarquable d'aisance et de charme, à qui je souhaite une belle carrière. Voilà un futur Oscar, Urbain ou Stéphano de rêve. La Marguerite de Céline Laly, blonde pas vraiment idiote, a bien réussi son numéro et le Valentin d'Arnaud Marzorati réincarnait ces acteurs rigolos qui se piquaient de chanter. Quant à Faust, Safir Behloul semblait nettement plus à l'aise en vieux professeur à l'acte I qu'en amoureux transi par la suite. Un grand bravo pour les "élèves" de la classe, choristes des plus déchaînés. L'orchestre se réduisait à une vingtaine de musiciens (dont un ophicléide), et s'est parfaitement débrouillé, sous l'alerte direction de Julien Leroy, pour tenir tout son monde, public compris, en haleine. Après L'Ambassadrice d'Auber l'an dernier, le Théâtre Déjazet nous a fait découvrir une nouvelle (petite) perle de la musique française.
Bruno Peeters
Paris, Théâtre Déjazet, le 18 janvier 2014

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