A l’assaut de sommes pianistiques signées Messiaen

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Olivier Messiaen (1908-1992) : Entre plumes et lumières. Cassandre Marfin. 63’13 – 2021 – Livret en : français. Soond. SND 21017.

Deuxième Prix du Concours Honda 2019 à 26 ans, arrivée à Messiaen par un mémoire sur le Quatuor pour la fin des temps, suivi du récital de fin d’études consacré au Catalogue d’oiseaux (dans un premier temps, « ça ne lui parle pas tellement », mais après avoir travaillé Le coulis cendré, elle y voit « un puits sans fond d’idées »), Cassandre Marfin crée Entre plumes et lumières le 3 février 2020 à Flagey pour la journée Propulse Classique, où elle accompagne son interprétation d’une projection des textes, poétiques et documentés, où le compositeur présente chaque oiseau (le « soliste »), dans son habitat.

On sait la passion d’Olivier Messiaen pour la foi et la nature, en particulier les oiseaux, lui qui se voit « ornithologue autant que compositeur », de même qu’on connaît sa synesthésie -phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés durablement, où la note (le son, l’accord) est accolée involontairement à une couleur (ou à son nom, pour le cas de l’oreille absolue ; alors que d’autres perçoivent lettres ou chiffres « en couleurs »), probable connexion inhabituelle entre réseaux neuronaux adjacents, souvent pénible car irrépressible-, synesthésie qui, réelle ou mythique, impacte son œuvre, puis son enseignement, en profondeur.

Dans le « style oiseau », que Messiaen fait alibi naturel (voire divin : c’est la gorge des « petits serviteurs de l’immatérielle joie » qui est à l’œuvre) pour la mélodie atonale, et qu’elle s’approprie, Marfin sélectionne (et réordonne), lors de l’enregistrement dans l’acoustique privilégiée d’Arsonic, quatre extraits du Catalogue…, puisés essentiellement dans les derniers livres de cette somme pour piano de deux heures trente : L’alouette Lulu, Le courlis cendré, L’alouette calendrelle et La buse variable, occasion d’un itinéraire, aux antipodes des bruits de la ville (exécrés) et mêlant lui aussi les sens, des Hautes-Alpes (la buse) à l’île d’Ouessant (le courlis), de l’un à l’autre des oiseaux emblématiques des provinces de France, toujours en interaction avec les voisins écologiques, plus ou moins actifs, virulents, apaisés en fonction des heures du jour et de la nuit.

Avec Vingt Regards sur l'Enfant Jésus, c’est un autre monument pour piano de Messiaen, complémentaire au Catalogue d’oiseaux, grand cycle spirituel, qui s’installe dans la première partie du disque, paru chez Soond : avec le même à propos, la pianiste opère une sélection et chahute l’ordre originel des pièces, dont chacune parle d’une étape de la vie du Christ, du solennel Regard du Père à la douceur de la Première Communion de la Vierge, en passant par l’exotique -d’une force truculente- Regard des prophètes, des bergers et des Mages, l’ouvragé Regard du silence (celui de la crèche et des mystères de Jésus, mais aussi cette unité rythmique calculée chez le compositeur) et Noël, où le velouté de la célébration alterne avec la ferveur martelée des cloches et du carillon.

Entre plumes et lumières (double et réciproque métaphore : les plumes parent oiseaux et anges ; la lumière est celle du divin et des moments privilégiés du chant des oiseaux, les lever du jour et coucher du soleil), ce premier disque est le pari, osé (et réussi), d’une jeune interprète frondeuse qui se permet de piocher dans l’œuvre d’un grand, finalement pas si souvent joué aujourd’hui, d’en proposer son propre regard, qui s’approprie avant de partager… et, déjà, transmettre.

Son : 8 – Livret : 6 – Répertoire : 8 – Interprétation : 8

Bernard Vincken

 

 

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