Après ses rayonnants concertos de Mozart, la flûte d’Anna Besson récidive avec les quatuors

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Les quatre quatuors avec flûte ; Sonate pour piano n° 9 K.311, arrangement pour quatuor avec flûte de Franz Anton Hoffmeister. Anna Besson, A Nocte Temporis. 2025. Notice en français, en anglais et en allemand. 69’04’’. CD Alpha 1259.
L’année dernière, Anna Besson illuminait, pour le même label, les concertos pour flûte K. 313 et 314 de Mozart, dialoguant idéalement avec l’ensemble A Nocte Temporis, mené par Reinoud Van Mechelen. Nous avions alors souligné le jeu souple et racé de la soliste, le dynamisme et la grâce instillés aux harmonies, les traits virtuoses et la poésie du propos, qualités qui faisaient de ce programme, auquel s’ajoutait le Concerto pour flûte et harpe K. 299, avec Clara Izambert pour complice, une référence de premier plan. Il coulait presque de source qu’après ces gravures de très haut niveau artistique, Anna Besson se penche sur les quatre quatuors avec flûte, formant ainsi une somme de l’inspiration mozartienne pour l’instrument. Voilà qui est chose faite, avec cet enregistrement effectué en novembre 2025 en l’église de Saint-Trond, en Limbourg belge. Les trois partenaires d’Anna Besson sont issus d’A Nocte Temporis, leur virtuosité et leur engagement étant en osmose avec le jeu de la flûtiste française.
Mozart est à Mannheim au cours des deux derniers mois de 1777 et des trois premiers de l’année suivante. Alors qu’il écrit à son père Léopold, dans une lettre de février 1778, qu’il n’est guère attiré par la flûte, il accepte néanmoins une commande du riche Willem van Britten de Jong (1731-1797), dit Ferdinand Dejean, flûtiste à ses heures et médecin de la Compagnie hollandaise des Indes orientales. S’il préférerait sans doute écrire pour la jeune cantatrice Aloysia Weber, de quatre ans sa cadette, dont il tombe amoureux, comme le rappelle Nicolas Derny dans la notice, Mozart honore largement la commande, avec des concertos et des quatuors : l’aversion de Mozart pour la flûte n’a pas eu raison de son génie et de sa plume délicate, précise Anna Besson, qui ajoute qu’elle a joué ces quatuors lors de sa toute première tournée, à quinze ans, sur un bateau lors d’une croisière en Égypte. La soliste, à vingt ans de distance, renouvelle tout son plaisir face à ces œuvres pleines de fraîcheur et de charme.
Mozart achève son Quatuor K. 285 le 25 décembre 1777. Il est en trois mouvements, alors que les deux suivants, K. 285a et 285b, qui datent du 14 février 1778, n’auront que deux mouvements. Dans chaque œuvre, on retrouve la manière élégante avec laquelle Anna Besson soigne les lignes : dans le K.285, de la flûte, qui agit de façon quelque peu concertante, on admire le galbe accordé à la précision des thèmes et à la finesse des échanges. L’Adagio central est une merveille, malgré sa brièveté (2’45’’), l’enchantement est au rendez-vous, l’expressivité et l’émotion étant soulignées par le pizzicato des cordes. Tout ici - nous englobons l’ensemble des quatuors - est au service de la finesse du dialogue, de la maîtrise des nuances (l’Andante du K. 285, empreint de beauté mélodique), de l’irrésistible séduction et de l’éloquence raffinée.
Le Quatuor K. 298, composé près de dix ans plus tard, sans doute à Vienne, contient des aspects ludiques, à la manière d’une plaisanterie musicale, destinée à des réunions amicales autour de la famille von Jacquin, dont le fils joue de la flûte. Un thème emprunté à Franz Anton Hoffmeister (1764-1832), An die Natur, et ses variations, offrent la possibilité à chaque partenaire d’avoir son moment soliste. La parodie se nourrit aussi d’une chanson française et d’une cavatine d’un opéra de Paisiello. L’œuvre permet aux membres du quatuor de l’album de faire étalage de leur technique sans faille, de leur complicité et de la légèreté que réclame ce divertissement. Au-delà de l’impeccable Anna Besson, on salue les hautes qualités de Louis Créac’h au violon, de Manuela Bucher à l’alto et de Ronan Kernoa au violoncelle.
Ce produit exemplaire est complété par un arrangement, signé par Hoffmeister. Mozart a dédié à cet ami franc-maçon, qui écrivit 66 symphonies et 24 concertos pour flûte, son Quatuor à cordes n° 20, K. 499, terminé à Vienne en août 1786. Hoffmeister, de son côté, a transcrit pour quatuor avec flûte la Sonate pour piano n° 9 K.311/284C, composée sans doute à Paris en 1778. En situation avec le programme, auquel il s’adapte très bien, cet arrangement offre aux quatre solistes la possibilité de déployer leur capacité de fine séduction, mais aussi leur dynamique vitalité, notamment dans un final réjouissant. Cet album magnifique est à thésauriser sans réserve.
Son : 9 Notice : 10 Répertoire : 10 Interprétion : 10
Jean Lacroix



