Carrefour des orchestres à Lille : l'Orchestre de Liège

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Leos Janacek (1854-1928) : Danses moraves
Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano n°2 en fa mineur op.21
Karol Szymanowski (1882-1937) : Symphonie n°2 en si bémol majeur op.19
Orchestre Philharmonique Royal de Liège, Antoni Wit, direction – Yulianna Avdeieva, piano – Jolente De Maeyer, violon solo
Invité par l’Orchestre National de Lille, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège jouait ce samedi dans l’auditorium du Nouveau Siècle. Programme polonais pour l’occasion. Emmené par le chef Antoni Wit, grand spécialiste de ce répertoire (ancien directeur artistique de l’Orchestre Philharmonique de Varsovie, vainqueur du Concours international de direction d’orchestre Herbert von Karajan), l’OPRL débute la soirée avec les cinq Danses moraves de Leos Janacek. Relativement courtes, chacune a son style, sa mélodie et sa rythmique chers à la tradition folklorique polonaise. A l’instar de Dvorak, le Siècle des Lumières influencera Janacek et ses collègues compositeurs. L’idée de nationalisme s’anime en chacun d’eux et le programme de ce soir en est le reflet. Janacek étudie alors les chants populaires qu’il affectionne en parcourant diverses contrées. Comme Bartók, il transposera ce folklore dans sa musique. Les Danses moraves alternent caractères vifs, rythmés, mélodiques, joyeux… L’OPRL saisit cette musique avec souplesse et respiration. Beaux contrastes entre les pièces tandis que la battue précise et énergique d’un chef qui dirige de mémoire entraîne les musiciens dans une vague expressive. Moderne et populaire à la fois, cette série de danses ouvre le concert avec délicatesse et émotion.
Entre la Pologne et la France, le Concerto n°2 pour piano de Frédéric Chopin s’enchaîne avec la même passion. Sous les doigts du 1er Prix du Concours Chopin 2010 de Varsovie Yulianna Avdeieva, l’œuvre s’inscrira comme une longue phrase poétique. Dans la tonalité sombre de fa mineur, l’orchestre installe une introduction expressive et animée lors des passages plus dynamiques. Si le tempo pensé par les artistes est un peu lent, ce sera l’occasion pour le chef et l’auditeur de tendre l’oreille vers les mélismes et inflexions mélodiques qui font de cette œuvre un véritable petit bijou. La pianiste se place aisément au sein de l’orchestre, même si on sent parfois un manque de respiration. Mais technique redoutable et jeu expressif chez cette jeune pianiste. Après ce premier flot de notes, le second mouvement est plus poétique. Très intime, le piano chante tandis que l’orchestre est mené d'une baguette légère et douce. Aucun à-coups mais une belle construction de la phrase et de ses dynamiques. Le troisième mouvement se rapprochera plus encore de la vague nationaliste. Alternant plusieurs motifs dansants, on y retrouve la virtuosité du premier mouvement, mais avec davantage rythmique ici. Précision, imagination et émotion teinteront le mouvement. C’est la Valse … qui conclut cette première partie avec animation. Peut-être aurait-on souhaité plus de respiration entre les différentes parties, même si l’exécution reste excellente.
La seconde partie nous réservait la redoutable Symphonie n°2 de Karol Szymanowski. Ecrite en 1910, cette œuvre en deux mouvements s’inspire principalement du travail de Richard Strauss. Les premières notes s’apparentent d’ailleurs très vite aux poèmes symphoniques de ce dernier, clin d’œil aux deux séries consacrées à Strauss par l’ONL. Le compositeur polonais impressionne par ses capacités à travailler sur le matériau instrumental. Entre les parties lentes et dynamiques, un vrai travail est fait sur les mélodies, le rythme et sur la continuité du discours. Également saisi par les tutti massifs, le chef (dirigeant à nouveau par cœur) contrôle chaque pupitre avec résolution. Toujours aussi précis, il dialogue avec l’orchestre en rectifiant certaines dynamiques et nuances. Attentif, il laisse une certaine liberté aux musiciens et son humilité face un orchestre composé essentiellement de jeunes est impressionnant. Grâce à son travail, l’OPRL donne à cette œuvre ses lettres de noblesse. Le premier mouvement est chantant, passionné, comme chez Strauss. Le second est un Thème avec variations et Fugue finale. Virtuosité, exaltation et engouement pour ce mouvement. Redoutable, la fugue et ses cinq sujets sont présentés avec intelligence. Chaque variation est différenciée et l’effort de l’orchestre pour le rendu des dynamiques est appréciable. Saluons également le beau travail de Jolente De Maeyer pour ses parties de soliste.
Beau succès donc pour l’OPRL en voyage à Lille, vite acclimaté à la nouvelle salle du Nouveau Siècle. Un orchestre au mieux de sa forme et détendu. L’acoustique exceptionnelle de l’auditorium semble améliorer de beaucoup les prestations de chaque musicien, tant en soliste qu’en grande formation. L’Orchestre National de Belgique se déplacera également dans la métropole lilloise le 22 février prochain avec son directeur musical. D’autres séries sont en préparation pour l’ONL, notamment une Carte blanche à Maxime Pascal le 31 janvier, un anniversaire Wagner et un Ciné-concert Fantasia en février.
Ayrton Desimpelaere
Lille, Nouveau Siècle, 24 janvier 2014

 

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