Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

Le Kitgut Quartet, tout en sensibilité, nous emmène à Vienne de 1780 à 1814

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Pour son 29e concert, les Musicales de Normandie avaient invité le Kitgut Quartet en l’Église de Barentin (près de Rouen). Il nous a proposé un programme d’œuvres composées à Vienne autour de 1800.

Le Kitgut Quartet a été créé en 2015 par Amandine Beyer, Naaman Sluchin, Josèphe Cottet et Frédéric Baldassare. Ils jouent sur instruments d’époque (ou sur des copies), avec, pour ce concert, des archets classiques, sans pique pour le violoncelliste, sans épaulières pour les autres, et sur cordes en boyau. Leur nom vient d'ailleurs de là : « gut » signifie « boyau », et on parle de « catgut » pour ce que l’on fabrique, tels que fils chirurgicaux ou cordes, pour des raquettes de tennis ou des instruments de musique, avec des boyaux. Ce terme viendrait peut-être de « kitgut », où « kit » désignerait un petit violon de poche. C’est donc ce mot qu’a choisit cette formation.

20 ans du Festival de Rocamadour : une célébration d’éternité musicale

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Sous le thème du « Chemin d’éternité », Rocamadour célèbre, du 15 au 26 août, la 20ᵉ édition de son festival. Haut lieu de spiritualité, si cher à Francis Poulenc, la basilique Saint-Sauveur — avec sa célèbre Vierge noire —, et la Vallée de l’Alzou, en contrebas du sanctuaire, ont déjà vibré au rythme de deux soirées aux visages contrastés : les deuxième et troisième Sonates de Brahms et la transcription pour violon de la Sonate n° 2 pour alto et piano, portées par Renaud Capuçon et Guillaume Bellom, puis, le Requiem de Mozart par l’orchestre Consuelo.

Soirée Brahms au violon et au piano

En ce 16 août brûlant, le thermomètre avait frôlé les 40 degrés. Même à la tombée de la nuit, la basilique Saint-Sauveur, lieu de pèlerinage sur le chemin de Compostelle, gardait une chaleur lourde et vibrante. Dans ce climat étouffant, l’écoute de Brahms se modifie profondément : les murs, baignés d’une acoustique généreuse, amplifient chaque son et imposent aux musiciens une adaptation permanente. Renaud Capuçon, sur son Guarneri del Gesù « Panette » — ce violon légendaire jadis appartenu à Isaac Stern — a dû modeler ses phrasés avec minutie, parfois au prix d’une certaine uniformité. L’intensité dramatique, atténuée par l’espace, cède la place à une fluidité continue, comme un courant d’eau.

À ses côtés, Guillaume Bellom, au piano Bechstein, se fait pilier et contrepoids. Par la densité de ses accords, il cherche à maintenir la tension, à compenser ce que l’acoustique dilue de l’élan brahmsien. Si certains passages perdent leur vigueur, les mouvements lents s’épanouissent au contraire avec une grâce : le chant trouve dans la résonance une couleur d’harmoniques généreuses. Ainsi, l’ « Adagio » de la Troisième Sonate op. 108 déploie toute sa tendresse, s’étirant dans un lyrisme lumineux.

Musique de chambre de haut vol aux Rencontres musicales internationales d’Enghien

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Comme l’expliqua en peu de mots et avec modestie Olivier Roberti —fondateur, cheville ouvrière et âme des Rencontres musicales internationales d’Enghien - IMUSE— cela fait déjà 33 ans que le cadre idyllique du château d’Enghien accueille pendant une semaine au mois d’août des master classes de haut niveau où des aspirants-musiciens venus du monde entier peuvent profiter du savoir et des conseils d’enseignants de haut niveau (violon, alto, violoncelle, piano et chant) et que se tiennent parallèlement des concerts de musique de chambre où se retrouvent enseignants et invités, alors que les jeunes talents peuvent s’y faire entendre à deux reprises : une fois pour les jeunes chanteurs, l’autre pour les instrumentistes.

Le concert d’ouverture tenu dans les impressionnantes anciennes Écuries du château offrait à un public regroupant mélomanes et participants aux cours la possibilité d’entendre dans une ambiance chaleureuse et décontractée des artistes de grand talent dans un répertoire de musique de chambre sortant résolument des sentiers battus. 

La soirée s’ouvrait sur la Rhapsodie pour Violoncelle et piano n° 1 de Bartók (écrite à l’origine pour violon et piano, quoique rapidement adaptée pour le violoncelle par le compositeur lui-même). Comme souvent dans son œuvre, le compositeur s’y base sur d’authentiques mélodies de ces folklores hongrois et roumain auxquels il vouait une vraie passion. Cette œuvre captivante et accessible permit de découvrir une compatriote du compositeur de grand talent, la violoncelliste Ildikó Szabó. Son approche spontanée et volontaire ainsi que sa parfaite compréhension du style du compositeur hongrois nous valut une interprétation très convaincante, d’autant qu’elle bénéficia d’une partenaire non moins impliquée qu’elle en la personne de la pianiste Christia Hudziy (même si l’acoustique assez particulière du lieu, à la fois réverbérante et assez dure, n’est pas à l’avantage des pianistes).

Lui succédèrent le violoniste Philippe Graffin (au nombre des professeurs de ces Rencontres) et la pianiste Marisa Gupta -partenaires à la scène comme à la ville- qui se firent d’abord entendre dans une véritable rareté “l’Andante rubato alla zingaresca”, extrait des Ruralia Hungarica d’Ernõ Dohnányi, brève et langoureuse pièce de style tzigane où le violoniste se montra particulièrement charmeur, avant que le duo ne passe à la version pour violon et piano du Boeuf sur le toit (1919) oeuvre délicieuse de Darius Milhaud, compositeur par trop négligé. Milhaud se base sur une chanson brésilienne qui porte ce titre, traitée ici dans un style années folles, mêlant lyrisme, modernisme, impertinence et une irrésistible touche de café-concert. Les interprètes y firent preuve d’un mordant et d’un chic fou, la pianiste maîtrisant parfaitement l’acoustique un peu traîtresse du lieu.

Le Trio Pantoum au Manoir d'Ango : public subjugué, à très juste titre !

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Pour sa cinquième édition, le festival « Concerts-Passion au Manoir d’Ango » se déroulait sur cinq soirée consécutives, avec comme thème : « Piano mon amour ». Avant le Trio Pantoum, il y avait eu « Piano Tango » (un duo avec bandonéon), puis « Piano Concertant » (les quintettes avec vents de Mozart et Beethoven). Après le Trio Pantoum, il y aura « Piano Roi » (un récital Chopin), et enfin « Piano Folia » (six pianistes sur deux pianos). Le titre de notre concert, c’était « Piano Partenaire ». Avec, donc, le Trio Pantoum.

Formé en 2016, cette jeune formation s’est révélée au public en 2023, avec plusieurs Premiers Prix dans de prestigieux concours internationaux. En 2025 est paru leur premier enregistrement (Modern Times : Ravel, Arensky & Srnka), salué avec beaucoup d’enthousiasme par la presse spécialisée.

Ils le disent eux-mêmes : « Le Trio Pantoum revendique une approche de travail proche de celle du quatuor à cordes : exigence absolue dans la construction de l’œuvre, souci extrême du détail, et quête permanente de la cohésion. » Et, de fait, le résultat est admirable : variété de jeu (que ce soit dans les couleurs, les équilibres, les attaques, le vibrato), homogénéité incomparable, contrastes sonores (des piano les plus ténus, mais toujours incarnés, aux forte les plus puissants, mais toujours sans dureté). Par ailleurs, leur conscience harmonique extrêmement aboutie, alliée à leur liberté rythmique de chaque instant (un rubato collectif parfaitement maîtrisé, par exemple), nous emmène dans des paysages sans cesse changeants. Notre plaisir d’auditeurs est renforcé par leur prise en compte de la résonnance, à la fois des instruments et de l’acoustique. Les trois musiciens sont reliés entre eux par des ondes sonores presque visibles !

Sarah ? Oui, Jean-Luc, la respiration, c’est has been

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A l’italienne, le Théâtre Jacques Huisman (j’y étais il y a deux jours pour La tragédie comique de Yves Hunstad – sentiment : mitigé) accueille de rouge velours et d’or ornement un public qui ne ressemble guère à celui qu’on voit d’ordinaire dans les concerts de musique contemporaine : la raison, simple, en est qu’il ne s’agit pas d’un concert de musique contemporaine, mais d’une pochade, I Hate New Music, au titre provocateur – comme l’était celui du manifeste Why Do The Residents Hate The Beatles? imprimé sur la pochette de l’album The Third Reich 'N' Roll, paru en 1976, du groupe d’avant-garde de San Francisco –, qui pourrait faire croire, de la part d’une chanteuse lyrique qui y est intensément immergée (tout chez elle est intense), à une trahison envers le milieu qui la nourrit – si toutefois la pitance abondait, si toutefois la soupe n’était pas si souvent claire et froide, et si le propos acéré, parfois féroce, s’avérait dénué de tendresse : l’affection est au second plan, l’attachement parfois désespéré, mais le lien résiste et la passion réémerge toujours – Sarah châtie bien ce que Defrise aime.

Cela dit, le spectacle-qui-n’est-pas-un-concert s’entame sur une musique, dans le noir (avec un éclairage – magique, clownesque – qui me rappelle la Light Music de Thierry De Mey – les mains, les mains !), celle de la Sequenza III de Luciano Berio, issue de la série dans laquelle le compositeur italien dresse le portrait (en trois dimensions, tel une sculpture) d’un instrument solo (ici, la voix), qui va au-delà de son histoire, de son répertoire et qui exige – une virtuosité de l’interprète dont le public non averti n’a probablement pas conscience.

Une nuit d’été au Festival Savall : Vespro della Beata vergine, de Monteverdi

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Pour sa cinquième édition, le Festival Savall a rappelé son public vers le cadre enchanteur du parvis du monastère cistercien catalan de Santes Creus avec son arc en plein cintre surmonté d’une belle ogive qui nous évoquent tout de suite transition et voyage dans le temps. Sous la devise « Hommage à la diversité », il nous propose cette fois-ci un périple qui va bien au-delà des recherches bien connues de Jordi Savall sur les concomitances entre la musique ibérique ou italienne et ses consœurs des bords de la Méditerranée ou du Moyen Orient, pour retrouver des inspirations sur la route la soie et les voyages de Marco Polo vers la Chine, thème auquel était consacré l’un des concerts les plus attirants du Festival de cette année. Dans la foulée, le concert dédié aux Vespro della Beata Vergine était, sur le papier, l’un des plus intéressants. Monteverdi les avait publiées en 1610 à Venise, centre mondial de l’imprimerie musicale à l’époque. Des recherches de Jordi Savall, justement, situent cependant la première à la cathédrale de Mantoue en 1607. On sait que le compositeur postula avec cette œuvre imposante par sa longueur et sa densité pour devenir maître de chapelle à Rome et à Venise. Il deviendra maître de chapelle à Saint Marc en 1613. Ces Vêpres constituent la plus grande œuvre religieuse avant les grandes Passions de J. S. Bach et ont séduit un nombre impressionnant de musiciens au XXème siècle : on compte près de quarante enregistrements de l’œuvre, celui de Savall en 1988 étant l’un des phares. 

Je trouve assez frustrant ce terme tant galvaudé de « baroqueux » appliqué à Savall : le nombre de chemins qu’il a débroussaillé à nos oreilles, en éveillant notre curiosité vers des voisins et des époques plus ou moins lointaines auxquels nous devons une bonne part de nos racines musicales, est presque infini. Et le talent qu’il a déployé en se servant au départ d’un instrument aussi peu tape-à-l’œil que la viole de gambe est d’un tel ordre que l’on peut parler d’une des carrières musicales les plus riches et diversifiées de notre temps. Pour ne pas rallonger le panégyrique bien connu d’un tel artiste, je dois aussi avouer que le concert d’hier était décevant à bien des égards. Certes, son métier de chef (il est invité cette saison pour un concert avec les Berliner Philharmoniker ) est indiscutable et le langage polyphonique de Monteverdi n’a pour lui le moindre secret : il peut y déployer une pensée musicale d‘une clarté et d’une luminosité absolues. Cependant, les Vêpres ne sont en aucun cas une œuvre durchkomponiert, sinon un amalgame de psaumes, des chants et danses madrigalesques plus ou moins pieux adressées à la Vierge Marie, certes, mais parfois d’un ton tellement colloquial -voire érotique- qu’on pourrait se croire dans une célébration absolument païenne :  Pulchra es, amica mea, / Averte oculos tuos a me / Quia ipsi me avolare fecerunt (Tu es belle, ma mie, retire tes yeux des miens car ils m’éblouissent…). 

Trois visages du piano à La Roque d’Anthéron

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Le 45ᵉ édition du Festival international de piano de La Roque d’Anthéron illustre, une fois encore, la richesse et la diversité de l’univers de cet instrument. Les trois soirées que nous avons passées au Parc du Château de Florans en seraient, à elles seules, la preuve éclatante.

Nuit du piano avec Hayato Sumino alias Cateen

Hayato Sumino faisait, le jeudi 7 août, sa première apparition au Festival — et quelle apparition ! Il assurait à lui seul les deux concerts de la Nuit du piano : à 20 h, un programme « classique » (Bach, Mozart, Chopin) ; à 22 h, un programme « Cateen» — pseudonyme de sa chaîne YouTube suivie par 1,5 million d’abonnés —, orienté vers le jazz, mêlant arrangements de pièces célèbres et compositions personnelles.

Demi-finaliste de la dernière édition du Concours Chopin de Varsovie, il s’est montré relativement « sage » dans la première partie. Dans le Concerto italien de Bach, il distingue clairement les plans sonores, donnant ainsi l’illusion, sur un seul clavier, d’un véritable concerto baroque. Dans la Sonate “alla turca” de Mozart, il introduit dès l’exposition du thème des ornements parfois substantiels, ce qui ne sert pas toujours la lisibilité lors des reprises, qu’il joue toutes. La Deuxième Ballade et la Polonaise héroïque de Chopin, malgré une virtuosité indéniable, restent dans une interprétation assez conventionnelle.

Mais l’essentiel de son art éclate dans la seconde partie. Dès ses Variations sur la Marche turque, on comprend que son rapport au clavier est aussi naturel que la parole : le piano devient le prolongement de son expression. S’enchaînent le Prélude et fugue de Friedrich Gulda, des extraits des Huit études de concert de Nikolaï Kapustin, et deux pièces de sa composition inspirées de thèmes et formules mélodiques d’Études de Chopin. Il les interprète toutes avec une originalité et une aisance déconcertantes. Le sommet de la soirée reste toutefois son arrangement du Boléro de Ravel : débutant sur un piano droit préparé, placé perpendiculairement au piano de concert, il en module minutieusement sonorités, volumes et timbres, recréant la chatoyance de l’orchestration. Son arrangement met en lumière sa maîtrise des couleurs et des effets orchestraux.

Un dimanche à Fécamp avec Les Musicales de Normandie : 2 églises, 2 concerts, 2 mondes

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Les Musicales de Normandie, ce sont, pendant tout l’été, cinquante concerts dans plusieurs dizaines de lieux caractéristiques du patrimoine architectural des départements de Seine-Maritime et de l’Eure. En ce dimanche, ce festival était à Fécamp, pour deux concerts le même jour, dans deux sublimes églises de cette ville portuaire : l’immense Abbatiale de la Trinité, chef-d'œuvre du gothique primitif, l’après-midi, et l’église Saint-Étienne, de dimensions moindre et un peu plus récente mais non moins admirable, le soir.

16 h : Benjamin Alard au grand orgue de l’Abbatiale de la Trinité

Le seul récital d’orgue de ce festival a été confié à Benjamin Alard. Si sa réputation est maintenant internationale, il est né, et a fait ses premières études musicales en Normandie, avant de partir à l’étranger. Sa mère étant originaire de Fécamp, peut-être connaît-il bien l’orgue de cette abbatiale. Entièrement reconstruit par Aristide Cavaillé-Coll en 1883, il comportait alors 34 jeux, répartis sur 3 claviers. En 1910, un clairon a été ajouté. L’ensemble a été restauré en 1997.

Seule pièce non française de ce récital, Jean-Sébastien Bach. Benjamin Alard prépare actuellement une intégrale de son œuvre pour clavier (orgue, clavecin, clavicorde...) de Bach, qui devrait contenir une soixantaine de CD. C’est dire s’il connaît bien l’univers de Bach !

Benjamin Grosvenor, une clôture magistrale du 16ème Biarritz Piano Festival 

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Créé il y a quinze ans par le pianiste Thomas Valverde, le Biarritz Piano Festival s'est imposé comme un des grands rendez-vous estival dédié au clavier. Sa programmation éclectique est à l'image du directeur artistique lui-même, qui est à l'affiche de la première des deux fins d'après-midi gratuites en extérieur prolongées par un DJ set, ainsi que de la soirée de danse, à la gare du Midi, avec l'une des institutions du genre, le Malandain Ballet Biarritz. Les récitals à l'Espace Bellevue, promontoire sur l'océan, accueillent les grands noms de la nouvelle génération du piano, tels Lucas Debargue en ouverture, ou encore le jeune prodige Ryan Wang. L'accent sur la jeunesse se retrouve avec Gabriel Durliat, qui, à 24 ans, se confirme comme l'un des talents les plus prometteurs d'aujourd'hui. Élargi également à la musique de chambre, avec le duo formé par Simon Ghraichy avec le contrebassiste Marc André, ou le trio I Giardini, le festival se referme avec Benjamin Grosvenor, pour une clôture qui se révèle comme un condensé de son excellence artistique.

A l'exception peut-être du pittoresque de plein air, on évoque rarement assez la place et les interactions de l'environnement avec le concert en lui-même. Avec ses nuances de confession intimiste comme sait si bien les dessiner Schumann, les pastels expressifs de la première pièce de la soirée, Blumenstück op. 19, que révèle avec fluidité le soliste britannique, s'harmonise avec la blancheur du crépuscule entourant les spectateurs de la rotonde de l'Espace Bellevue. Équilibrée entre élans et pudeur, l'interprétation de ce double thème et variations écrit alors que le père de Clara Wieck s'opposait encore à son mariage avec Robert Schumann, et qui évoque les effusions de l'amour à la manière de l'éclosion des fleurs, se fait comme l'antichambre naturel d'une œuvre majeure composée à la même époque, la Fantaisie op.17.

Festival Bach à Saint-Donat: tradition et modernité en résonance

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À Saint-Donat-sur-l’Herbasse, entre les vallées de la Drôme, le Festival Bach a célébré sa 63ᵉ édition sous le thème « Héritage, Transmission, Filiation ». Né dans l’après-guerre pour sceller l’amitié franco-allemande, il trouve son cœur dans la musique de Bach et dans un orgue inspiré des instruments allemands de son époque, devenu le symbole sonore et historique de la manifestation.

De l’accent français à l’héritage universel de Bach

Dirigé depuis cinq ans par Franck-Emmanuel Comte, également directeur artistique du Concert de l’Hostel-Dieu et de La Chapelle de la Trinité à Lyon, le Festival Bach de Saint-Donat conjugue la musique du Cantor avec des esthétiques plus contemporaines. Le dernier jour de cette 63ᵉ édition, deux concerts illustraient cette ouverture : un récital orgue-clavecin par Jean-Luc Ho autour du programme « Bach francophone » et le concert de clôture « Bach to minimalism » par le Concert de l’Hostel-Dieu.

Dans la Collégiale Saint-Pierre & Saint-Paul, Jean-Luc Ho ouvre son récital en évoquant un souvenir marquant : sa première venue en 2001 pour écouter Rinaldo Alessandrini sous le thème de Bach à l’italienne. En contrepoint à ce souvenir, il propose cette fois une exploration de « l’accent français ». Dans son commentaire introductif, quelques exemples au clavecin montrent comment Bach copiait et ornait les œuvres de maîtres français. Puis l’organiste prend place à la tribune de l’orgue, construit en 1968 grâce aux recettes des premières éditions du Festival et inauguré par Marie-Claire Alain. Il enchaîne la Pièce d’orgue BWV 572, la Canzona en ré mineur BWV 588 et An Wasserflüssen Babylon BWV 653b, entourées du Trio en sol d’André Raison et du Récit de tierce en taille de Nicolas de Grigny. Ho rappelle que la passacaille de Raison inspira directement Bach, et qualifie la Pièce d’orgue de « fantaisie à la française ».