Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

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L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo a prévu cette saison un plus grand nombre de récitals prestigieux afin de renouer avec une riche tradition qui s'étaient trop perdue. Le violoniste Frank Peter Zimmermann et le pianiste Martin Helmchen viennent ainsi proposer l’intégrale des sonates pour violon de Beethoven dont ils gravent actuellement, pour le label Bis, une version qui s'impose déjà  comme une nouvelle référence.
Au concert, ils nous offrent pour cette première soirée les sonates n°1, n°2, n°4, la célèbre sonate n°5 "Le Printemps", ainsi que la sonate n°9 "A Kreutzer".

Les deux premières sonates sont encore très classiques et imprégnées du style Mozartien. Elles sont jouées avec la légèreté et la joliesse requises. La sonate n°4 offre un rôle équivalent au violon et au piano. D’une riche diversité de climats, elle affirme aussi avec éclat un style et une personnalité qui sont ceux d’un Beethoven parvenu à la maturité. Notre duo de virtuoses y est à son aise et il en fait ressortir toute la force de la structure.  La Sonate n°5 "Le Printemps" est remplie d’allégresse printanière et de joie de vivre. Zimmermann et Helmchen y prennent un immense plaisir et le transmettent au public.

A Genève, de jeunes talents pour la musique française

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A côté des séries de concerts organisés par l’Orchestre de la Suisse Romande, le Service Culturel Migros et l’Agence Caecilia, le Victoria Hall de Genève accueille chaque semaine les formations les plus diverses. De nos jours, l’Orchestre de la Haute Ecole de Musique (HEM) en est l’une des meilleures par la qualité de ses prestations, ce dont a attesté l’enregistrement intégral de l’Ascanio de Saint-Saëns publié par B Records. Et c’est en collaboration avec le Chœur de l’Université de Genève sous la direction de son chef, Pierre-Antoine Marçais, qu’a été présenté, le 21 octobre, un programme de musique française sortant des sentiers battus. 

Y figure d’abord Les Djinns, une page brève du jeune Gabriel Fauré datant de 1875, dont le canevas instrumental suggère l’étrangeté mystérieuse, alors que les voix égrènent les vers de Victor Hugo si difficiles à comprendre (ce qui toujours été le cas dans toute exécution). Mais au moins se répand un climat de terreur sur une pulsation haletante qui atteint le paroxysme du tragique avec Cris de l’enfer ! voix qui hurle et qui pleure !, avant de retomber avec C’est la plainte Presque éteinte D’une sainte Pour un mort.

A Genève, une cheffe et un violoncelliste de classe 

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Pour le premier concert de sa saison, le Service Culturel Migros et son directeur artistique, Mischa Damev, ont eu bien du fil à retordre car il a fallu changer trois fois de programme. Dans l’impossibilité de faire venir à Genève Ivan Fischer et l’Orchestre du Festival de Budapest avec le jeune pianiste français Alexandre Kantorow en soliste, ils ont sollicité l’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg qui a fini par être lui aussi confiné. Et en dernière ressource, le 20 octobre sur la scène du Victoria Hall, est parvenu l’Orchestre de Chambre de Lausanne sous la direction de la chef australienne Simone Young avec le violoncelliste munichois Daniel Müller-Schott en soliste.

D’emblée vous surprend l’ampleur sonore quasi symphonique qu’affiche la formation dans les tutti fougueux contrastant avec le canevas ourlé accompagnant le Concerto pour violoncelle en la mineur op.129 de Robert Schumann ; Daniel Müller-Schott en aborde les soli dans un son racé, à première vue pas grand, que l’originalité du phrasé réussit à déployer progressivement comme un éventail qu’irisent les subtilités rythmiques. Le Langsam médian se teinte d’une amertume nostalgique qu’émiettera le finale dessiné à la pointe sèche par un jeu nerveux enchaînant les traits rapides, tout en sachant user du ritenuto sur les arpèges conclusifs. Avec une palette de demi-teintes serties d’émotion, il délivre, à titre de bis, un message de sérénité avec l’admirable Cant dels ocells retranscrit par Pablo Casals.

A Dijon, dernier concert avant le couvre-feu

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Un beau programme, associant de façon surprenante Duparc, Tchaïkovski à Mendelssohn, nous était proposé par l’Orchestre Dijon Bourgogne, associé à l’Opéra. C’était l’occasion de découvrir Nicolas André, jeune chef français, assistant de Kent Nagano à Hambourg ces deux dernières années, puis choisi par Hervé Niquet pour associé à Bruxelles. Sans oublier Istvan Vardai, étoile montante du violoncelle hongrois, lauréat de prix prestigieux.

Pour commencer, une pièce rare de Duparc, écrite pour son projet d’opéra (Roussalka) en 1874 puis révisée en 1911 : Aux étoiles, poème nocturne. Ces douze pages d’orchestre méritent pleinement de sortir de l’ombre même si le père Franck et d’Indy se devinent en filigrane. Sur une pédale des basses s’installe l’atmosphère paisible du nocturne, avec d’amples phrases, confiées aux cordes aux splendides modelés, auxquelles prennent part le violon solo, suivi de trois de ses voisins. Un beau motif confié à l’unisson de la clarinette, du hautbois et du cor conduit à quelques bouffées d’exaltation avant de retrouver la sérénité initiale. La page, à peine antérieure à Lénore, est défendue avec conviction par la direction de Nicolas André et l’engagement des musiciens.

Bertrand Chamayou crée la nouvelle version révisée des deux Concertos de Ravel

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Ces 2 et 3 octobre a eu lieu à l’Auditorium de Radio France (Paris) la création des deux Concertos pour piano de Ravel, en sol et pour la main gauche, dans la version révisée désormais disponible dans Ravel Edition chez XXI Music Publishing. L’événement était attendu, d’autant que le pianiste des deux soirées, Bertrand Chamayou, a participé à la révision du Concerto pour la main gauche.
Outre ces deux Concertos, on a entendu la création mondiale des deux Etudes pour piano de Yann Robin (le 2), La Mer de Debussy (le 2) et Ma Mère l’Oye de Ravel (le 3) dirigés par Mikko Franck. Deux soirées de musique française par l’Orchestre Philharmonique de Radio France, que peut-on rêver de mieux ? La nouvelle version des Concertos est-elle différente de celle à laquelle nous sommes habitués ? L’attente est palpable, mais peut-on entendre des interprétations à la hauteur de cette attente ?

Beethoven et le Quatuor Ébène : une histoire d’amour partagée

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Pour ses vingt ans d’existence, et à l’occasion du 250e anniversaire de la naissance du compositeur, le Quatuor Ébène s’est lancé dans une entreprise exaltante : jouer, et enregistrer cette somme fabuleuse qu’est l’intégrale des quatuors à cordes de Beethoven, aux quatre coins du monde. Nom du projet : « Beethoven around the world » (Beethoven autour du monde).

C’est ainsi qu’ils ont donné une quarantaine de concerts, sur les six continents, des salles de concerts les plus prestigieuses aux villages les plus reculés. Pour leur enregistrement, ils ont puisé dans sept étapes de ce parcours. C’est ainsi que chaque CD vient, successivement, de Philadelphie, de Vienne, de Tokyo, de São Paulo, de Melbourne, de Nairobi, et de Paris. 

Leur but : le partage. La dimension humaniste, tellement forte chez Beethoven, a été leur fil d’or. Et c’est bien ce que nous avons ressenti, très intensément, à l’occasion des deux premiers concerts de leur intégrale donnée à la Cité de la Musique en cette fin d’année 2020.

Autour de Görge le rêveur, le Salon des Dissonances

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Il est exceptionnel d’entendre au concert un programme moderne, ambitieux, composé exclusivement d’ouvrages écrits pour instruments à vent (avec le piano pour la deuxième pièce). Aussi, quelle heureuse idée d’offrir ces œuvres au lendemain de la première dijonnaise de Görge le rêveur [Der Traumgörge], le troisième opéra de Zemlinsky, achevé en 1906 mais créé seulement en 1980 à Nuremberg, et donné pour la première fois en France, à Nancy et Dijon, coproducteurs ! Ce soir, les musiciens des Dissonances -par ailleurs solistes de formations prestigieuses- jouent sans la présence tutélaire de David Grimal. Il est vrai qu’aucune œuvre ne fait appel au violon, et que les interprètes n’ont plus à faire la démonstration de leur indépendance, comme de leur capacité à se fondre dans les ensembles les plus harmonieux.

Le Quintette à vent opus 26 de Schönberg est redoutable. Par son exigence de virtuosité, de précision, déjà, mais aussi par son écriture, première œuvre d’importance où l’artiste-théoricien ose appliquer sa toute nouvelle musique à douze sons à une ample composition qui épouse le moule le plus conventionnel. Dès le premier mouvement, l’écoute mutuelle, la dynamique, l’articulation forcent l’admiration. La complexité rythmique semble un jeu d’enfant pour les musiciens. Le scherzo, où la petite flûte apparaît, est délicieux, souriant, chargé de bonne humeur. L’adagio se signale par la lisibilité de ses échanges et de ses contrepoints, qui participent à l’expression. Le rondo qui tient lieu de finale, pour n’être pas celui d’un concerto de Mozart, permet à l’auditeur de retrouver le refrain avec bonheur. Une œuvre-clé, trop peu connue, a trouvé là des interprètes exemplaires.

Mozart à Genève avec Leonardo García Alarcón 

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Pour le troisième concert de sa série d’octobre, l’Orchestre de la Suisse Romande avait fait appel à Ton Koopman pour un programme Mozart père et fils. Dans l’impossibilité de venir à Genève le 14 octobre, le chef néerlandais a été remplacé par Leonardo García Alarcón  qui réside en ces lieux et qui, au pied levé, respecte scrupuleusement le choix des œuvres annoncées en commençant par l’Ouverture pour Die Zauberflöte. Limitant le pupitre des cordes à une quinzaine de musiciens, c’est avec la précision du chef baroque qu’il attaque les accords initiaux pour laisser ensuite courir l’Allegro pris à tempo rapide. Puis avec une fluidité des lignes qui révèle néanmoins une sensibilité au moindre accent, il brosse la toile de fond enveloppant le Concerto pour hautbois en ut majeur K.314 où intervient Nora Cismondi, chef de pupitre de l’orchestre, qui enlève l’Allegro aperto en un phrasé pimpant où chaque trait virtuose est négocié avec adresse ;  l’Andantino médian est dominé par une ligne de chant magnifique qui rend expressive toute formule d’ornementation, alors que le Finale prend un caractère décidé, en glissant une note humoristique dans la cadenza où lui répond la flûte, comme si Papageno s’était faufilé dans les coulisses. Face au tonnerre d’applaudissements qui accueille sa performance, Nora Cismondi dialogue avec l’un des contrebassistes pour un bis jazzy de son cru poussant jusqu’à l’extrême ses ressources techniques, ce qui décuple les hourras.

Passions baroques, du début à la fin, à Montauban

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C’est l’intitulé du 6e festival qu’organisait en cette année incertaine l’Ensemble Les Passions, orchestre baroque de Montauban, qu’anime Jean-Marc Andrieu. Du 3 au 11 octobre, se sont succédés concerts, récital, animations, masterclasses et conférences, sous les formes les plus variées et dans les cadres les plus appropriés. Ainsi, emblématique, l’ancien Palais épiscopal qui surplombe le Tarn, devenu Musée Ingres Bourdelle, du nom de ses deux artistes les plus illustres, accueillait-il Sylvie Bouissou, spécialiste du baroque et de Rameau en particulier, en dialogue avec Florence Viguier-Dutheil, conservateur en chef du patrimoine et directrice du musée, et le chef des Passions (le 8 octobre). Suivait un concert centré sur l’aboutissement de cette riche période, avec des œuvres de Carl Philipp Emanuel Bach, de son frère cadet, Johann Christian, et de Mozart. Gilone Gaubert au violon et Elisabeth Joyé au clavecin peinent à donner toute leur expression aux premières sonates de leur programme. La lecture en paraît sage et appliquée, particulièrement pour la Sonate en ut mineur Wq 78 de Carl Philip Emanuel. La richesse expressive de l’opus 16 n°1 de Johann Christian n’est pas mieux traduite. Si la rondeur, la chaleur du timbre du violon séduisent, le clavecin, appliqué, demeure en-deçà. L’arioso suivant, du premier, ne valorise pas assez les changements de plans. Ce n’est qu’à partir de la désuète et touchante toute première sonate de Mozart (K 9, en sol majeur), que les musiciennes trouvent pour partie l’esprit attendu. Celle de CPE Bach, plus ambitieuse, avec son finale empruntant à la sicilienne, nous réconcilie avec les interprètes. Elles confirment enfin leur savoir-faire dans le bis adressé à un public chaleureux : une autre sicilienne, celle qui ouvre la 4e Sonate de Johann Sebastian.

Au Festival Chopin, un fougueux Alberto Nosè 

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Durant la semaine où se déroule son festival, la Société Frédéric Chopin de Genève organise ses manifestations dans des lieux très diversifiés. Ainsi pour un récital, a-t-elle la bonne fortune de bénéficier de la somptueuse Salle des Nations de l’Hôtel des Bergues au plafond cintré avec un piano trônant au centré, entouré de son public d’élection, comme dans les grands salons parisiens du XIXe.

Ce vendredi était invité le pianiste italien Alberto Nosè, diplômé du Conservatorio di Musica de Vérone à l’âge de dix-sept ans, lauréat du ‘Jugendwettbewerb’ de Salzbourg en 1991, du Concours Chopin de Varsovie en 2000, Prix Vendôme de Paris la même année, Prix du World Piano Competition de Londres en 2002. 

Aujourd’hui quadragénaire sympathique, il ouvre son programme avec la Première des Grandes Polonaises op.26 en ut dièse mineur en mettant immédiatement en valeur son sens inné des contrastes lui faisant attaquer à l’arraché les premiers accords aussitôt atténués par le lyrisme pathétique du motif ascendant qui utilise les volatine en petites notes pour aérer le discours, alors que le Meno mosso prend un caractère implorant qui émeut. La Barcarolle en fa dièse majeur op.60, abordée à tempo retenu, affiche un cantabile mélancolique que le double trille fait avancer en lui innervant une fluidité permettant la progression vers des sommets souvent anguleux. Les Trois Mazurkas trop peu connues de l’opus 56 en constituent la contre-épreuve par le legato rêveur qui imprègne le trait d’une fébrilité presque maladive, tandis que la deuxième a la véritable verve folklorique truffée d’audacieuses harmonies quand la troisième aspire avec tendresse à un monde lointain quelque peu étrange. Sous une lancinante mélancolie, la Première Ballade en sol mineur op.23 fait déferler la houle descendante sur les basses charpentées, tandis que le chant large en accords fait rapidement place à un volubile scherzando débouchant sur un Presto con fuoco effréné.