Edition Vivaldi, volume 67 : neuvième volet des Concerti per violino

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Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerti per violino, volume IX ‘Le nuove vie’ : RV 194, 211, 281, 283, 346 et 365. Boris Begelman, violon ; Concerto Italiano, direction Rinaldo Alessandrini. 2020. Notice en français, en anglais, en italien et en allemand. 73.15. Naïve OP 7258.

Le label Naïve poursuit l’entreprise ambitieuse qui consiste à enregistrer environ 450 compositions de Vivaldi, retrouvées dans les archives de la Bibliothèque nationale universitaire de Turin, couvrant tous les genres musicaux et demeurées à l’état de manuscrits autographes. Dans la série consacrée aux concerti, le hautbois, la flûte, le basson ou le violoncelle ont déjà été mis en évidence. Le violon n’a bien sûr pas été oublié, puisque cet album est déjà le neuvième réservé à l’archet. Le programme de chacun des volumes porte un nom : L’Imperatore, La boemia, Per il castello ou Il teatro, assemblant les œuvres à partir d’un thème. Le nouvel album est intitulé Le nuove vie que le titre de la notice traduit par « Nouvelles perspectives ». 

Dans cette présentation, Cesare Fertonani, de l’Université de Milan, signale que Vivaldi tente toujours d’apporter à chaque composition une physionomie particulière, ce qui explique sa modernité et dément la remarque déplacée bien connue selon laquelle il aurait écrit quatre cents fois le même concerto. A partir du milieu des années 1720, Vivaldi s’efforce d’accorder son écriture aux exigences d’allègement de la texture […], de simplification harmonique, de construction périodique, d’ornementation de la mélodie, caractéristiques au nouveau style « galant » mis à la mode. Cette nécessité de s’adapter à ce goût naissant est idéalement concentrée dans les concerti pour violon, animés d’une virtuosité lyrique et mélodique d’un grand raffinement

La différenciation des affects de chaque partition est prise en considération par le compositeur, ce qu’illustre le présent programme, en proposant six concerti dont le charme le dispute à la délicatesse et à l’intensité. Le RV 194 en ut majeur baigne dans une atmosphère de légèreté et de vitalité marquée par un court Largo central, de nature quasi improvisée, qui précède un Allegro dans lequel, fait peu courant, le soliste reprend, en le ramassant, le rythme serré du ritornello jusqu’à en faire une sorte de mouvement perpétuel. Si le RV 281 en mi mineur apparaît plus sombrement dramatique, avec des séquences contrastées et un Largo d’une absolue beauté diaphane, le RV 211 en ré majeur, dont la durée approche les quinze minutes, sollicite particulièrement l’interprète en raison de difficultés techniques et de cadences improvisées. On ne peut que souscrire à l’avis de l’auteur de la notice qui souligne l’onirisme du Larghetto dans un rythme de sicilienne. Et à sa conclusion que ce concerto a sans doute été destiné à un grand virtuose du temps.

Avec le RV 283 en fa majeur, tout aussi virtuose et de même vastes dimensions, on découvre un Allegro marqué par la fantaisie, avant un Largo d’une éloquente hauteur de vues, l’impression d’improvisation étant elle aussi présente. La dynamique contrastée de l’Allegro final ne néglige pas des traits ironiques. Le RV 346 en la majeur renferme à la fois le pouvoir de séduction, la qualité de la légèreté et un Presto final installé dans un registre suraigu ; nous avouons avoir un faible pour ce concerto où circule avec force l’expressivité lyrique. La dernière page est le RV 365 en si bémol majeur, une partition pleine de finesse dont le commentateur souligne le ciselé de l’écriture et la veine mélodique inépuisable, ainsi qu’une sorte de mélancolie qui traverse le concerto entier. 

Le soliste de ce délicieux programme, dont la richesse musicale est nourrie de multiples sentiments qui traduisent la personnalité aux facettes kaléidoscopiques de Vivaldi, est Boris Begelman (°1983), diplômé du Conservatoire de Moscou en 2007. Il collabore avec divers ensembles et est aujourd’hui premier violon solo du Concerto Italiano dont l’aisance dans ce répertoire se confirme encore ici. Begelman, qui dirige aussi l’une ou l’autre formation baroque comme chef invité, a créé en 2015 son propre ensemble avec lequel il a déjà gravé des sonates de Telemann, puis des Sonates et Partitas de Bach. Il apporte à ces concertos de Vivaldi une virtuosité lumineuse et chaleureuse, tout en veillant à traduire les nuances de ces « nouvelles perspectives » auxquelles le compositeur se consacre aux approches de la cinquantaine. Ce disque, à la fois radieux et élégant, mené avec sa vitalité habituelle par Rinaldo Alessandrini, est un bel apport à la discographie vivaldienne. 

Son : 10  Notice : 10  Répertoire : 10  Interprétation : 10

Jean Lacroix

 

  

 

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