Erotisme et infidélités dans les cordes du Quatuor Prazak

par click here

Leoš Janáček (1854 - 1928)
Quatuor à corde n°1 & 2, Concertino pour piano
Prazak Quartet et Slavka Pechocova-Vernerova (piano), Milan Polak (clarinette), Lukas Korinek (basson), Jan Voboril (cor d’harmonie).
2014 – DDD – 59,48’ – Textes de présentation en anglais, français et allemand – Praga Digitals PRD/DSD 250301.
Au-delà des considérations linguistiques entre Moravie et Bohème, ce sont bien les couleurs de la République tchèque que revêtent aujourd’hui les célèbres quatuors du compositeur morave. En effet, le Quatuor Prazak, fondé au Conservatoire de Prague dans les années '70, après avoir joué de nombreux compositeurs allemand (Schoenberg, Berg, Beethoven et Brahms pour leurs intégrales) revient aux sources avec cet enregistrement des dernières œuvres de musique de chambre de Janacek. Le programme est simple et suit un ordre chronologique : premier quatuor (1923), Concertino (1926) et deuxième quatuor (1928). Ces trois œuvres présentent deux grands points communs. Le fait d'abord qu’elles sont ce que l’on appelle de la « musique à programme ». Le programme des deux quatuors est lié à la féminité voire à l’érotisme alors que le Concertino traîte plutôt d’images animalières. Ensuite, au-delà de la forme du quatuor ou du concerto, il y a la structure interne de la musique qui joue sur l’opposition de plusieurs blocs (harmoniques, mélodiques et/ou rythmiques), caractéristique de la dernière période de Janacek.
Le premier quatuor retrace l’histoire de la Kreutzer Sonata de L. Tolstoï. Cette nouvelle sur l’amour, le mariage, l’infidélité, la jalousie et la mort est particulièrement bien rendue. La musique respire et les blocs contrastants sont là, nous faisant osciller sans cesse entre rudesse et délicatesse. Et il est important de noter que pour les deux quatuors, le Quatuor Prazak opte pour un son rugueux et puissant, même dans les phrases plus légères. L’effet est réussi et assumé, et il sera donc du goût de chacun de l’apprécier ou non.
Le deuxième quatuor ne repose, lui, sur aucune base littéraire mais relève du témoignage de la récente relation du septuagénaire avec l’épouse d’un de ses amis. Le quatuor raconte donc, lui aussi, aussi la passion et l’infidélité des deux amants et c’est donc sans surprise que les interprètes reprennent les mêmes éléments d’interprétation. Notons que, parfois, la tension semble tomber et les musiciens nous accrochent un peu moins.
Enfin, le Concertino est constitué d'une série d’images par mouvement (scarabée, daim, grillon et ruisseau) sur un instrumentarium moderne qui oppose les timbres. L’accent est mis sur la richesse dégagée par l’association d’un petit groupe d’instruments à cordes et vents avec un piano. Oeuvre particulièrement inscrite dans son temps, ce concertino peut esthétiquement renvoyer aux œuvres de musique de chambre de Poulenc. Ici, l’interprétation est respectable et le son rugueux adouci par les instruments à vents et le piano. Nous regrettons pourtant deux choses. D'abord, le jeu de la pianiste qui, de manière inégale, oscille entre des phrases superbes et très inspirées et des phrases qui ne vivent que par leur technicité. Ensuite, le cor d’harmonie manque de nuances, met peu la musique en valeur, alourdit l’ensemble du premier mouvement.
Mais dans l’ensemble, l’interprétation reste juste et prenante malgré quelques inégalités.
Xavier Falques

Son 10 – Répertoire 10 – Livret 9.5 – Interprétation 8

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