Fidélité et justesse

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0126_JOKERGustav Mahler (1860-1911)
Symphonie n°5
GewandhausOrchester Leipzig, Riccardo Chailly, direction
2013-DVD-102’-Textes de présentation en anglais, allemand et français-Accentus Music ACC202840

« La voix humaine serait tout à fait hors de propos ici. Il n’est nul besoin de mots, tout est dit en termes purement musicaux ». Avec cette phrase, Mahler démontre que sa Cinquième symphonie est non seulement l’une des plus abouties mais l’une des plus complexes. Si la symbolique de la mort se traduit ici par une marche funèbre, un jeu de trompette solo, imitation de la Cinquième symphonie de Beethoven et de spectres sinistres environnant, l’œuvre en entier s’oriente vers le mouvement final de forme rondo. Pourtant, le quatrième mouvement – Mahler développe une nouvelle forme, cinq mouvements en trois parties – est sans nul doute un chant d’amour pour Alma, rencontrée un peu plus tôt. Ici, Mahler se transforme en architecte. C’est d’ailleurs à cette période que l’œuvre de Jean-Sébastien Bach entoure les pensées du compositeur. Il y travaille tellement que sa partition subit plusieurs révisions où précision et justesse sont les mots-clés. Plus besoin de programme, d’explication. Chaque motif travaille à l’émancipation de l’œuvre et pour la première fois, l’auditeur a devant lui une œuvre où s’émancipe peu à peu le son tel un paramètre. Ce paramètre n’est d’ailleurs audible qu’après une longue réflexion et une approche de la plus grande intelligence d’où les nombreux commentaires de la main de Mahler. Comprendre l’œuvre et la jouer avec justesse est donc possible que pour ceux dont l’héritage d’un tel patrimoine est respecté. Riccardo Chailly et son magnifique orchestre de Leipzig saisissent l’importance d’enregistrer cette symphonie de la façon la plus fidèle possible. De la violence du second mouvement à la sérénité absolue du quatrième, une seule énergie se crée ici tel un noyau central. L’agitation naturelle de Chailly convient donc logiquement à l’œuvre, un flot de notes ininterrompu. Mention spéciale pour tous les pupitres de l’orchestre d’une précision remarquable. Ce travail esthétique exige d’un orchestre la plus grande concentration et une discipline sans faille. Dans les moindres détails, la structure est claire, les phrasés justes, la technique instrumentale irréprochable et surtout une énergie commune fulgurante. Cette version de la Cinquième symphonie de Mahler – accompagnée des commentaires de Chailly sur son interprétation - trouve sa place à côté de Willem Mangelberg, témoin fiable de cette musique. Enfin une version fidèle au texte dans une réalisation acoustique et cinématographique excellente.
Ayrton Desimpelaere

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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