La délicieuse vitalité d’Olga Pashchenko pour trois concertos de Mozart 

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concertos pour piano n° 6 en si bémol majeur KV 238, n° 8 en ut majeur « Lützow » KV 246 et n° 18 en si bémol majeur KV 456. Olga Pashchenko, pianoforte et piano à tangentes ; Il Gardellino. 2024. Notice en anglais, en français et en allemand. 73’ 30’’. Alpha 1199.

Née en 1986 à Moscou, où elle a été l’élève, au Conservatoire, d’Alexei Lubimov pour le piano et d’Olga Martynova pour le clavecin et le pianoforte, Olga Pashchenko propose un troisième volet d’une probable future intégrale des concertos de Mozart. Après les n° 9 et 17 en 2021, puis les n° 20 et 23 en 2024, elle s’attarde ici à deux pages de 1776, puis au quatrième des six concertos composés en l’an 1784. Avec un choix d’instruments dont la fraîcheur et les sonorités correspondent bien à la vitalité qu’elle imprime toujours à ces interprétations.

Le Concerto n° 6, écrit à Salzbourg en janvier 1776, se présente comme un plaisant divertissement, dont les qualités lyriques sont complétées par des passages Sturm und Drang dans les mouvements extrêmes, ce que souligne la soliste dans une note de présentation. Dans cette partition simple et sans fioritures, qui n’a pour but que de séduire, avec son instrumentation pleine de charme, le Rondeau final de style galant apparaît comme d’une exquise finesse. Olga Pashchenko a choisi pour traduire ces caractéristiques une copie d’un piano à tangentes de 1794 réalisée par Chris Maene, qui, avec son mécanisme de projection verticale d’une languette de bois contre la corde, une fois la touche enfoncée, se révèle d’une subtile souplesse. On se situe, de façon très agréable, entre le son du clavecin et celui du pianoforte.

Avec le même instrument, le Concerto n° 8 du printemps de 1776, commande de la comtesse Maria Antonia Lützow, épouse du commandant de la citadelle de Salzbourg et nièce du prince Colloredo, se révèle encore quelque peu de style galant, mais avec une orchestration plus recherchée. On se régale de la prestation doucement soyeuse de la virtuose, en particulier dans l’Andante central, dans lequel, rappelle Nicolas Derny dans sa notice, Olivier Messiaen voyait « la calme douceur d’un jardin de paradis ».

Changement d’instrument pour le Concerto n° 18, achevé le 30 septembre 1784, peut-être destiné à la pianiste aveugle Maria Theresa von Paradis, âgée de 25 ans, interprète talentueuse alors célèbre dans toute l’Europe, qui se préparait à donner des concerts à Paris. Le choix d’Olga Pashchenko s’est porté ici sur la copie d’un pianoforte Anton Walter du début des années 1790, réalisée par Paul McNulty. Elle livre une version des plus séduisantes de l’Allegro vivace, avec une finesse imaginative qui bride son tempérament que l’on sait parfois fougueux. L’Andante un poco sostenuto exprime une tristesse aux accents mélancoliques, alors que l’Allegro vivace s’épanouit dans un lyrisme joyeux. 

Olga Pashchenko livre ici un programme que l’on pourra considérer comme le meilleur des trois qu’elle a déjà consacrés aux concertos de Mozart. Son inspiration aux saveurs discrètes, son investissement sensible et raffiné servent à merveille ces partitions. Elle est accompagnée par Il Gardellino, qui, comme les fois précédentes, se joint à la cérémonie avec dynamisme, mais aussi parfois avec quelques légers soucis de mise en place dans le Concerto n° 18. Ce qui enlève peu à la séduction de cet album. 

 Son : 8,5    Notice : 9    Répertoire : 10    Interprétation : 9

Jean Lacroix  

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