La musique symphonique spiritualiste de Rihards Dubra

par Click Here

Rihards DUBRA (1964) : Symphonie n° 2 ; Mystère de sa naissance. Eriks Kirsfelds, violoncelle ; Orchestre Symphonique de Liepaja, direction : Atvars Lakstigala. 2020. Livret en anglais et en letton. 48.07. Skani LMIC/Skani 080. 

Né à Riga en 1964, le compositeur letton Rihards Dubra a accompli ses études musicales d’harmonie et de composition à Jurmala, à quelques kilomètres de Riga, et les a achevées dans sa cité natale. Il y tient le poste d’organiste à l’église Notre-Dame de la Souffrance et à l’église Sainte Marie-Madeleine, où il est aussi chef de chœur. Son œuvre est d’inspiration globalement religieuse et spiritualiste ; il a notamment écrit un Te Deum, une Cantate pour la nativité du Seigneur et des motets, dont le contenu l’a fait comparer à son compatriote Arvo Pärt ou à l’Anglais John Tavener, d’autant plus qu’il mélange les aspects minimalistes au grégorien et au style Renaissance, dans un langage postromantique. On trouve des enregistrements de ses partitions chorales chez Hypérion (CDA 67799), chez Meridian Records (Northern Lights, CDE 84408) ou sous étiquette Skani, qui propose ici une autre facette de son art, la musique symphonique. L’Orchestre Symphonique de Liepaja, ville côtière de la Lettonie, située sur la mer Baltique à deux cents kilomètres de Riga, a déjà passé des commandes à Rihards Dubra, notamment des concertos. Le chef de cette formation, Atvars Lakstigala, âgé de 38 ans, lui aussi originaire de Riga, a dirigé à plusieurs reprises des œuvres du compositeur, dont il est familier. La notice du livret consiste en un long entretien (neuf pages) avec Dubra. Ce dernier explique notamment qu’il ne s’est consacré que tardivement à la dimension orchestrale, à la manière de son professeur, le compositeur et pédagogue Adolfs Skulte (1909-2000), lui aussi originaire de Riga et dont les symphonies 5 et 9 ont été gravées sous la même étiquette Skani. 

Les deux œuvres de Dubra présentées ici ont été enregistrées en public, sans précision de date, dans la salle de concert du Great Amber de Liepaja, une structure en forme de cône dont tout le contour est une façade vitrée inclinée, une belle réussite architecturale dont les proportions semblent être bien adaptées à une partition comme la Symphonie n° 2, à l’écriture fondamentalement mélodique, traversée par de grands élans orchestraux qui font parfois penser à de la musique de film, avec des percussions sonores et une instrumentation colorée ; dans le second des trois mouvements, le hautbois, accompagné d’un cor anglais auxquels viennent bientôt se joindre des flûtes, est bien mis en évidence dans une atmosphère à dimension naturaliste. Composée en 2015, cette partition d’une grande accessibilité affiche un titre pour chacune de ses parties, qui rappellent une fois encore la dimension spirituelle : VisioCantusEt vidi…, offrant à l’orchestre un espace philosophique et dramatique très prenant qui s’inspire de réflexions sur la Bible, en particulier de l’Apocalypse. Le ton est majestueux, ascensionnel, voire grandiose, avec un gong qui ajoute une dimension lumineuse au final d’une partition qui semble faire corps avec l’édifice où elle a été enregistrée. 

Dans l’entretien, Dubra explique que les titres suggèrent mais n’expliquent pas, et qu’il laisse à l’auditeur la latitude d’accorder à la musique la signification de la sensation qu’il éprouve. Il insiste sur le fait que sa composition est de forme sonate, qu’il est très attiré par la musique baroque, dont il aime la couleur, tout en étant plus « fan » de Haendel que de Bach. Il cultive la beauté du timbre, ne cache pas qu’avant sa vingtième année, il était amateur de rock, qu’il aimait le rythme du groupe Gentle Giant qui n’hésitait pas à faire des emprunts au classique et à la musique ancienne, et que sa musique en a été marquée. La symphonie est suivie par une composition orchestrale de 2014, d’un peu plus de onze minutes, Mystery of His Birth, un flux musical lancinant aux effets magiques, un solo de violoncelle, languissant et rêveur, venant ajouter une note féerique à un contexte avec ostinato et rappel de la tendance minimaliste. Glass et Adams ne sont pas loin, Rihards Dubra confirme d’ailleurs que leur influence sur sa production n’est pas négligeable. Un compositeur à découvrir. 

Son : 8  Livret : 9  Répertoire : 8  Interprétation : 9

Jean Lacroix 

 

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