Las Palmas, délicieuse terre de festival

par elite dangerous cqc matchmaking takes forever

L'auditorium Alfredo Kraus

Les Canaries ! Spontanément, elles évoquent les retrouvailles du soleil et de la mer au plein coeur de l'hiver plus qu'un haut lieu de musique, classique de surcroît ! C'est mal connaître la philosophie des Iles : « le plaisir de tous les sens ».

L'hiver prochain, le Festival de Musique des Canaries fêtera son 30e anniversaire; un festival qui se promène d'île en île de la mi-janvier à la mi-février. Invités cette année, le Philharmonique de Londres et son chef Vladimir Jurowski, le Mariinsky de Valery Gergiev, le Quatuor Emerson, Europa Galante et Fabio Biondi, la Camerata Salzbourg, sans compter l'Orchestre Symphonique de Tenerife et l'Orchestre Philharmonique de Grande Canaria qui se posent de plus en plus sur la scène internationale.
J'ai pu assister au Concert de l'Orchestre du Théâtre Mariinsky au nouvel auditorium Alfredo Kraus, un hommage au grand ténor né à Las Palmas en 1927: un superbe audititorium donnant sur la mer, inauguré en décembre 1997, doté d'une acoustique très pure. Un concert du Mariinsky n'est pas toujours réussi: un chef et un orchestre capables du pire et du meilleur mais dont, secrètement, on attend quand même toujours le meilleur. C'est ce qu'ils nous ont donné dans la 10e Symphonie de Chostakovitch que Gergiev interprète au profond sens du terme, avec ses couleurs, ses timbres, son langage, sa rythmique pulsionnelle constante, sa puissance intérieure; une symphonie qui suit de peu la mort de Staline et dont les deux derniers mouvements signent le DSCH de façon obsessive. Certains reprochent à Gergiev de fonctionner en "pilote automatique" avec son orchestre. Il y a du vrai, mais aussi quelque chose de fascinant dans la perfection; et c'est de cette perfection que naît l'émotion... un peu comme on peut être ému par le jeu parfait de Maurizio Pollini. Fascinante musique et diverses voies d'émotion. En première partie, le concert proposait une création, une commande du festival à Nino Diaz, compositeur canarien né en 1963. Plus qu'un concerto pour clarinette -le 2e selon son titre-, l'oeuvre en trois mouvement mêle humour et introspection, solennité et dérision; richement contrepointée, elle se rattache plutôt au genre concerto avec instrument obligé, ce que défend admirablement le clarinettiste espagnol Cristo Barrios, un des plus doués de sa génération. Une oeuvre d'une très grande difficulté par la virtuosité requise tant dans l'écriture que dans les timbres et l'étendue des registres, les dialogues avec le tuba, les clins d'yeux des percussions.... Cette très belle soirée avait été quelque peu entâchée par la partie concertante qui proposait le 1er Concerto de Tchaikovski avec le pianiste russe Alexeï Volodin. Erreur de casting? Volodin n'a pas la puissance intérieure indispensable à ce concerto, son jeu n'a pas de projection et se découpe à l'horizontale, sans grand intérêt. Un concerto qui, sous ces doigts, paraît terriblement long et ennuyeux, d'autant qu'on le connaît par les plus grands. Par contre, après une interprétation très intense et tendue de l'Ouverture de Lohengrin, émanant du silence et donnée en bis, une vraie émotion se lisait sur le visage de Valery Gergiev.
Le second concert du festival auquel j'ai pu assister était un récital du Quatuor Emerson au Théâtre Pérez Galdos -du nom du grand écrivain canarien. Qualité "first class" avec ce quatuor fondé à New York en 1976, l’année même où son fondateur, Eugene Drucker, emportait un 8e prix au Concours Reine Elisabeth. Avec Philip Setzer, ils échangent les parties de violon, Lawrence Dutton est un exceptionnel altiste et David Finckel n'est plus à présenter. Au programme, le Quatuor en ré mineur de Dvorak, l'op. 40 n°3 de Schumann et le 12e Quatuor de Chostakovitch: pureté et aisance sonores, équilibre des pupitres, sens incessant du dialogue, juste expression, la salle en redemande... Rendez-vous donc l'hiver prochain pour des retrouvailles canariennes. Un vent favorable nous dit que, séduit par l'accueil, la qualité du public, le lieu et l'ambiance, Valery Gergiev s’est d'ores et déjà réservé un tour des îles à l'occasion du 30e anniversaire...!
Bernadette Beyne
Las Palmas, les 20 et 21 janvier 2013

 

 

 

Les commentaires sont clos.