C'est Ossip Mandelstam qui notait qu'en Union Soviétique, la poésie était considérée avec le plus grand sérieux puisqu'on tuait même les poètes.
En Corée du Nord, ce 17 août, une douzaine d'artistes furent arrêtés et fusillés trois jours plus tard. Ils faisaient partie du Unhasu Orchestra (voir notre vidéo) et du Wangjacson Light Music Band; ils étaient chanteurs, danseurs, musiciens, sous la direction du chef d'orchestre Mun Kyong-jin qui, en 2005, avait obtenu un Premier Prix d' une compétition international en Hongrie et qui fut décoré par l'Etat nord-coréen. Hyon Song Wol, elle, était chanteuse du Pochombo Electronique Ensemble réputé pour ses chants révolutionnaires et de propagande, un des groupes les plus populaires de Corée du Nord. La petite histoire dit que Hyon Song Wol était la petite amie du jeune dictateur il y a une dizaine d'année mais que cette relation avait été censurée par son père. Son actuelle épouse était également membre de l'Unhasu Orchestra. Les sources ne disent pas si elle a joué un rôle dans l'exécution des artistes.
Raison invoquée de ce massacre: des vidéos de relations sexuelles des victimes vendues notamment en Chine, violant la loi nord-coréenne contre la pornographie. Selon les sources, certaines victimes étaient en possession de la Bible, autre une violation de la loi.
Il y a peu, Mun Kyong-jin, le chef d'orchestre assassiné, avait mis au répertoire d'un spectacle auquel assistait Kim Jong-I -le jeune dictateur- des personnages de Disney et des chants occidentaux, espérant ouvrir l'esprit du dictateur à l'étranger. Vain espoir...
Pour corser le tout, l'exécution sauvage a eu lieu devant les familles et les membres des divers orchestres, toutes personnes envoyées des camps de détention selon le principe de la "culpabilité par association".
Selon les mêmes sources, Kim Jong-I élimine sauvagement toute personne qu'il juge être un défi à son autorité, signe qu'il est obsédé par la consolidation de son leadership.