Des attentes surréalistes avec un minimum de ressources et de personnel, des licenciements non fondés et une charge de travail trop élevée avec des semaines de travail moyennes de 50 heures.
C'est le sens de la motion de défiance que le personnel du Palais des Beaux-Arts (Bozar) a déposée contre Paul Dujardin, le directeur artistique, et Albert Wastiaux, le directeur opérationnel.
La lettre précise que ce ne sont pas les qualités artistiques de Paul Dujardin qui sont remises en question, mais bien la pression sur le personnel pour réaliser les nombreux rêves dans des délais surréalistes et avec un minimum de moyens.
Toujours selon celle-ci, Albert Wastiaux ne contribuerait pas non plus à amortir la dérive irréaliste de P. Dujardin.
L'absence d'une vision claire de l'avenir crée également beaucoup d'incertitude parmi le personnel, mentalement et physiquement épuisé. Toute forme d'humanité semble avoir quitté le Palais des Beaux-Arts.
La lettre du front commun syndical est un vote officiel de défiance à l'égard de la direction de la part de plus de 300 membres du personnel.
C'est un malaise qui prévaut depuis des années, déclare Marie-Isabelle Joris, représentante syndicale de la VSOA. Du personnel important est licencié mais pas remplacé. Nous avons des statistiques qui montrent que les employés doivent souvent travailler 11 heures par jour pour pouvoir exécuter les instructions de la direction.
Ainsi, les employés seraient soumis à de fortes pressions sur les ventes de billets, mais les programmateurs devraient également être disponibles presque jour et nuit.
Le malaise est encore plus grand dans le département des communications, précise Madame Joris. Il est actuellement très perturbé par le licenciement soudain d'un employé apprécié et expérimenté. En effet, Xavier Verbeke (rédacteur et traducteur au département COM) a été licencié avec effet immédiat et moyennant indemnité compensatoire de préavis le 23 avril dernier en fin d’après-midi, suite à une décision prise par tout ou partie du Comité de Direction le matin même pour des motifs restés obscurs à ce jour et, en tout état de cause dépourvus de toute objectivité. La Direction aurait estimé que le profil de Xavier ne cadrait pas avec les projets d’évolution future (?) de Bozar et ses collègues se seraient plaints de lui (ce qui s’est avéré faux). Xavier travaillait depuis 21 ans pour la Philharmonique d’abord, pour Bozar ensuite. Son travail, de grande qualité, était unanimement reconnu dans la maison. Xavier laisse un vide énorme au sein de son département et ses tâches ne peuvent actuellement plus être remplies. Sous le choc, ses collègues de divers départements ont rédigé et signé un courrier à l’attention de Paul Dujardin. Ils tenaient à manifester leur incompréhension, leur mécontentement et leur inquiétude face cet acte brutal et violent. Ils exigeaient également d’obtenir des réponses aux multiples questions suscitées par cette décision ressentie par tous comme profondément injuste et injustifiée
Ils n'auraient pas reçu de réponse à leurs préoccupations mais un discours vague qui semblait menaçant et qui n'a fait que renforcer les inquiétudes et la colère du personnel.
Le syndicat impute la responsabilité au "triumvirat" : le directeur artistique (Paul Dujardin), le directeur opérationnel (Albert Wastiaux) et le directeur des ressources humaines Ignace De Breuck.
Actuellement, Paul Dujardin termine son troisième mandat.
Au départ, les statuts n'autorisaient que deux mandats, mais ceux-ci ont été modifiés en 2013 par le Conseil fédéral des Ministres (Bozar est une institution culturelle fédérale) pour permettre un troisième mandat à Paul Dujardin. (ce 3e mandat, de 6 ans, a débuté en janvier 2014). En même temps, Albert Wastiaux est arrivé comme COO de Bozar.
Le personnel s'est toujours opposé au nouveau mandat de P. Dujardin, dit le syndicat. Maintenant que ce mandat touche à sa fin, les travailleurs, par leur vote de défiance, veulent augmenter la pression pour qu'il soit impossible de le nommer à nouveau.
Les syndicats exigent également la nomination d'un gestionnaire de crise indépendant, une réorganisation de la charge de travail et une vision claire de l'avenir. Ils attendent ces réponses du Président du Conseil d'Administration, le Vicomte Etienne Davignon.
Mais il y aura des actions, assure le syndicat qui soumettra prochainement un avis de grève. Le personnel ne veut pas annuler les représentations pour l'instant mais il veut par exemple retarder les représentations pour consolider et renforcer sa position.
Bozar a réagi au vote de défiance mais n'a pas voulu faire de commentaires : Une rencontre est prévue entre Etienne Davignon, Président du Conseil d'Administration et du Comité Paritaire, et les représentants du personnel au cours de la semaine du 4 juin.