Le Journal

Tourangeau

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Sa renommée de professeur ne fut pas moins grande que celle d'interprète. Pour elle, la clé pour chanter en colorature est d’entendre toutes les notes dans sa tête, et cela s’apprend en travaillant toutes les notes lentement et avec méthode.
Méthode, technique et rigueur, c’est sans doute son legs majeur aux musiciens qui ont travaillé avec elle.

Mise au point de Julie Fuchs

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La soprano française Julie Fuchs, écartée à la dernière minute de la distribution de la Flûte Enchantée à l'Opéra de Hambourg, ne souhaite pas que les choses s'enveniment et apporte à son public les précisions qui lui semblent importantes. Voici ce qu'elle écrit :

Merci pour votre énorme soutien durant ces derniers jours un peu difficiles ! Mon intention n'était pas de créer de l'animosité ou une "tempête médiatique", mais simplement d'être honnête avec mes amis, fans et followers sur la raison pour laquelle je ne chanterai pas pamina à l'opéra de Hambourg ce mois-ci.
Cependant, ce poste m'a fait réaliser que j'étais loin d'être un cas unique, et je suis triste d'apprendre que beaucoup de mes collègues ont vécu et vivent des expériences similaires, sans avoir la possibilité de s'exprimer librement.

Je ne veux pas débattre de tous les détails mais je voudrais clarifier certains des points déjà mentionnés dans mon communiqué de presse : j'ai informé le théâtre de ma grossesse un mois avant le début des répétitions afin de donner à chacun le temps de résoudre tous les points nécessaires... On m'a assuré jusqu'au dernier moment que les quelques minutes de l'étape d'un éventuel changement pourraient être adaptées pour permettre ma participation.
Puis, le jeudi 19 avril, j'apprends que le théâtre me licencie, et celui-ci a finalement décidé que les changements induits par mon implication ont porté atteinte à l'intégrité artistique du spectacle. Pour être clair, mes répétitions devaient commencer 4 jours plus tard, le lundi 23 avril.
Vous comprendrez facilement que je ne me suis pas sentie respectée en tant qu'artiste. Cela m'a aussi fait réaliser à quel point il était facile pour un théâtre de renvoyer un artiste sans même offrir de compensation.

Bien que je comprenne, bien sûr, que les théâtres sont soumis à la loi, je crois fermement qu'une femme est capable de décider en accord avec ses médecins de ce qui est dangereux pour elle ou son bébé. D'autant plus que nous savons tous que les scènes sont généralement modifiées pour un artiste blessé, malade ou même en fonction de préférences personnelles.

Mon équipe travaille sur cette affaire et je ne suis pas en mesure de faire des commentaires plus précis en ce moment.
J'espère sincèrement que des progrès seront réalisés dans tous les domaines afin que tous ceux qui travaillent dans le domaine des arts, hommes et femmes, soient respectés dans leur travail.

Christopher Warren-Green à la baguette... et Decca aux commandes !

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C'est le chef britannique Christopher Warren-Green (62 ans) qui dirigera l'orchestre au cours de la cérémonie de mariage du Prince Harry avec Meghan Markle le 19 mai à la chapelle St. George's Chapel au Château de Windsor. L'annonce en a été faite par Kensington Palace.
Christopher Warren-Green, directeur musical du Charlotte Symphony (USA) et chef principal du London Chamber Orchestra, dirigera un ensemble composé de musiciens du BBC National Orchestra of Wales, de l'English Chamber Orchestra et du Philharmonia.
Se joindront à eux la violoncelliste Sheku Kanneh-Mason, Karen Gibson et The Kingdom Choir, la chanteuse Elin Manahan Thomas, le trompettiste David Blackadder, l'organiste Luke Bond et les State Trumpeters.

On apprend aussi que la cérémonie sera enregistrée en direct Decca Records, diffusée sur  dans les heures qui suivent puis disponible chez les distributeurs du monde entier à partir du 25 mai.
Decca Records (Universal Music) avait déjà enregistré et publié le mariage du Duc et de la Duchesse de Cambridge en 2011, le mariage du Prince et de la Princesse de Galles en 1981 et les funérailles de la Princesse Diana en 1997. Ce nouvel enregistrement unique et original, se réjouit le label, sera le prochain d'une ligne historique pour marquer les étapes importantes pour la Famille Royale et, à ce titre, il entrera dans les foyers de millions de personnes à travers le monde entier.

Hambourg s'explique mais ne convainc pas

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L’Opéra de Hambourg annonce que c'est à Olga Kulchynska qu'il confiera le rôle de Pamina (La Flûte Enchantée) à la place de la soprano française Julie Fuchs, "licenciée" parce que enceinte de quatre mois : Nous regrettons de ne pas être en mesure d'accorder le rôle de Pamina à la soprano Julie Fuchs. De nombreuses scènes demandent des efforts physiques dans cette production, y compris des scènes de vol aérien qui sont interdites en principe pour des femmes enceintes.
Tillman Wiegand, directeur artistique de l’établissement, a ajouté que les textes juridiques relatifs à la protection des futures mamans sont clairs, et nous ne prendrons jamais le moindre risque qui pourrait compromettre leur santé. Pamina doit en effet, à plusieurs reprises, être suspendue à plusieurs mètres au-dessus de la scène.

Il reste étrange que ce "danger" n'apparaisse que maintenant alors que la production a été créée en septembre 2016 et que Julie Fuchs se savait enceinte bien avant l'annonce officielle du 14 avril.
Quant à Jette Steckel qui en assure la mise en scène, il est peu probable qu'elle ait eu à intervenir : la production a été reprise dès le mois de novembre 2017, et Julie Fuchs n'était prévue que pour les 3 dernières représentations de la saison.
Alors...?

Nadine Sierra honorée au Met

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Le Metropolitan Opera vient de remettre son 13e Prix Beverly Sills à la soprano américaine Nadine Sierra.
Il s'agit d'un des Prix les plus prestigieux aux Etats-Unis. Il est décerné à des chanteurs  prometteurs, âgés de 25 à 40 ans, qui ont déjà chanté des grands rôles dans la maison.
Ses débuts au Met, Nadine Sierra les a faits en 2015 avec Gilda de Rigoletto, un rôle qu’elle y reprendra la saison prochaine.

Ce prix est un véritable cadeau pour les chanteurs car non seulement il honore la belle artiste Beverly Sills mais aussi parce qu'il cultive l'héritage qu'elle a laissé, a déclaré la jeune lauréate qui recevra aussi 50.000$.

Née à Fort Lauderdale en 1988, Nadine Sierra fréquente l'École des Arts Alexander W. Dreyfoos à West Palm Beach, se spécialise au Mannes College The New School for Music et à la Music Academy of the West de Marilyn Horne et devient en 2007 la plus jeune artiste à remporter le Prix de la Fondation Marilyn Horne.
Elle a commencé à chanter à 14 ans au Palm Beach Opera et elle a fait ses débuts deux ans plus tard dans Hänsel und Gretel (E. Humperdinck). À 15 ans, elle chantait O mio babbino caro (Gianni Schicchi) dans l'émission "From the Top" en radio.
Elle donne son premier concert à Helsinki en 2009 et en janvier 2012, elle aborde pour la première fois Gilda (Rigoletto, Verdi), au Florida Grand Opera avant de le retrouver en janvier 2016 à La Scala de Milan.
En 2016, elle assure le Concert du nouvel an à Venise et, l'année suivante, celui du Teatro Massimo Vittorio Emanuele de Palerme.
L'année dernière, elle était au Met pour Ilia (Idomeneo, Mozart) et, avec Gilda toujours, à l'Opéra Bastille puis aux Chorégies d'Orange avec Leo Nucci dans le rôle-titre.

Avant elle, le prix a été décerné à Joyce DiDonato en 2007, Matthew Polenzani en 2008, Angela Meade en 2012, Brian Hymel en 2013, Michael Fabiano en 2014 et Jamie Barton en 2017.

La Bijloke change de tête

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A partir du 1er octobre prochain, c'est Tom Janssens qui assurera la coordination artistique du Muziekcentrum De Bijloke Gent, succédant à Frank Pauwels qui a endossé la fonction en 2000 et prendra sa retraite à la fin de cette année.
Tom Janssens a étudié la musicologie à Louvain et à Berlin. Il a poursuivi sa formation avec des études théâtrales, culturelles et la philosophie.
Il a travaillé pour le Centre d'études pour la musique flamande et il a été pendant plusieurs années associé à l'Orchestre symphonique d'Anvers en tant que dramaturge.
Critique musical pour le quotidien De Standaard, il était en charge du classique et de l'opéra.
Il abandonnera bientôt tout cela au profit du Muziekcentrum.

Dernière minute !

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Le communiqué suivant vient de nous parvenir :

"Suite à la polémique suscitée par la remise d'un prix à des rappeurs accusés de textes antisémites, le principal prix musical en Allemagne, les "ECHOs", n'aura plus lieu, a annoncé l'organisateur de cet événement annuel.
On ne veut pas que ce prix de la musique puisse être considéré comme une plateforme pour l'antisémitisme, le mépris des femmes, l'homophobie ou la banalisation de la violence", a dit la Fédération de l'industrie musicale, organisatrice jusqu'ici des ECHOs.

L'IMEP se déploie

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Après les découvertes de la journée "Portes Ouvertes" du 1er mai (voir nos éditions précédentes), l'IMEP se déploie au Centre Culturel Marcel Hicter - La Marlagne (Chemin des Marroniers 26, 5100 Wépion) le samedi 5 mai.

A 16:00, le Foyer du Théâtre accueille un concert de musique de chambre.
Au programme :
Octuor à cordes en mi bémol majeur de Mendelssohn
Métamorphoses de R. Strauss
Fanfare for a bowl concert d'A. Schönberg
Canzone (arrangement pour ensemble de cuivres) de Gabrieli
Petite Symphonie de Gounod
Réservation souhaitée

A 20:00, place au Concert Symphonique
L'Orchestre Symphonique de l’IMEP, sous la direction de Ronald Zollman, propose
Initiale de Pierre Boulez (Création belge)
Chant Funèbre d'Igor Stravinsky (Création belge)
6e Symphonie de Gustav Mahler.

La particularité de ce projet exceptionnel, outre la rencontre musicale et humaine, réside dans le choix de l’oeuvre symphonique principale : la 6e Symphonie de Gustav Mahler, œuvre incontournable du répertoire nécessitant plus de 100 musiciens sur scène.
Avec cette oeuvre gigantesque, deux créations en Belgique de compositeurs importants du XXe siècle : Initiale, brève fanfare de Pierre Boulez (1987) et le Chant Funèbre d’Igor Stravinsky récemment retrouvé et qui a déjà fait le tour du monde avec les Berliner Philharmoniker, le Philharmonia de Londres, le Chicago Symphony.

Pierre Boulez est une personnalité unique dans l’histoire des arts aux XXe et XXIe siècles. Initiale est une fanfare pour sept instruments à vents composée en 1987 et créée à Houston le 4 juin 1987.
Le titre de la pièce fait référence à l’inauguration du musée de la collection Menil, tout en évoquant l’intention de Pierre Boulez d’élargir sa composition, conçue comme la partie "initiale" d’un work in progress. À l’auditeur, s’il le désire, d’imaginer le texte futur auquel cette initiale colorée aurait servi d’introduction, comme le faisaient les grands caractères calligraphiés des manuscrits enluminés. (Klaus Stichweh)

Le Chant Funèbre est une oeuvre de jeunesse de Stravinsky que l’on pensait détruite lors de la révolution russe de 1917 ou de la guerre civile qui suivit mais elle a été retrouvée -totalement par hasard- dans une pile de vieux manuscrits poussiéreux au Conservatoire de Saint-Petersbourg. Composé en 1908, peu de temps après la mort de Nikolai Rimski-Korsakov (Stravinsky suivait ses cours de composition), il n'a été jouée qu'une seule fois, en janvier 1909, au Conservatoire de Saint-Petersbourg. Le compositeur se la rappelait comme l’une de ses meilleures oeuvres de jeunesse mais n’avait plus aucun souvenir de ce qu’il avait écrit et se disait curieux de voir ce qu’il avait composé juste avant L’Oiseau de Feu, le ballet qui le fît instantanément connaître à Paris en juin 1910. Ce Chant Funèbre présente une lente procession invariable avec des timbres musicaux très contrastés.

La 6e symphonie de Mahler est son œuvre la plus noire, la plus désespérée. Elle succède au rondo final triomphal de la 5e, hymne à la joie de Mahler et se dresse soudain dans sa cruauté, son abîme absolu, comme un rappel que la mort est tapie en nous et ose pleurer en nous. Mahler révèle qu’il s’agit d’un combat que lui-même a mené : après la générale, un de ses amis l’interroge : Mais comment un être aussi bon peut-il exprimer dans son œuvre tant de cruauté et de dureté ? et Mahler de répondre : Ce sont les cruautés que j’ai subies et les douleurs que j’ai ressenties !  Elle sera la "Symphonie tragique" selon Mahler lors de la création viennoise en 1907. Elle se déploie en quatre mouvements, format habituel des symphonies classiques mais rarement suivi par Mahler.
C’est bien le paradoxe de cette œuvre que d’être la plus classique de Mahler et aussi une avancée étonnante vers la modernité. Bruno Walter écrira : La Sixième est d’un pessimisme blême : elle est issue de la coupe la plus amère de la vie humaine. Elle dit Non !, surtout dans son dernier mouvement… la tension montante et les climats du dernier mouvement font penser aux vagues énormes de la mer qui va inonder et tout détruire. L’œuvre s’achève dans le désespoir et la nuit noire de l’âme… »On ne sort pas indemne de l’écoute de cette symphonie… (Gil Pressnitzer)

Tarifs et Réservations
Adultes : 15€ - Jeunes (jusque 26 ans) : Gratuit - Seniors (60+) : 10€
Réservations : maud.casimir@imep.be ou 081/73 64 37 (du lundi au vendredi de 8:30 à 12:30 et de 13:00 à 16:30)
Confirmation de la réservation par paiement avant le 1er mai au compte BE62 3500 1539 7861 (en communication : nom et date du projet).
Placement libre.

Le Prix Echo 2018, la honte...

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En Allemagne, le prix musical Echo était jusqu'ici une véritable institution.
Décerné chaque année depuis 1992 par l'Association allemande de l'industrie de la musique, c'est un prix dit "du public" : il est en effet basé sur les chiffres de ventes des artistes au cours des douze derniers mois, seul critère de victoire puisque la qualité des productions n'entre pas en ligne de compte.

Depuis ce 12 avril et l'annonce du palmarès 2018, les choses se sont singulièrement délitées. Car celui-ci a rapidement suscité la polémique. Puis l'indignation s'est exprimée avec de plus en plus de véhémence et de nombreux artistes, actuels et anciens lauréats, ont exprimé leur colère et pris des décisions radicales.

En cause, le trophée du meilleur artiste hip hop décerné aux rappeurs Kollegah et Farid Band (200.000 ventes) accusés de provocation antisémite. Dans une de leurs chansons, ils se comparent aux prisonniers du camp d'extermination d'Auschwitz.

Rapidement, le Quator Notos, Echo Klassik en 2017, s'est dit profondément choqué. [...] Le prix Echo constituait à nos yeux la plus prestigieuse des récompenses allemandes. Ce prix a été décerné à un grand nombre de musiciens formidables. Le prix Echo Klassik est devenu un symbole de honte pour les jeunes Allemands qui ont décidé de rendre leur trophée.

Le pianiste germano-russe Igor Levit, lauréat en 2014, a fustigé sur Twitter une erreur incompréhensible et totalement irresponsable de la part du jury. Donner aux slogans antisémites une telle plate-forme et des récompenses est insupportable.

Dans une lettre ouverte (1 ci-dessous), les chefs Enoch zu Guttenberg et Andreas Reiner déclarent quant à eux considérer désormais comme honteux de continuer à détenir le trophée et l'ont rendu.

Mariss Jansons et l'Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise ont également rendu leur prix. Sur son site internet, l'Orchestre l'a retiré de sa biographie et aucun nouveau prix n'est actuellement accepté, a déclaré Nikolaus Pont, Directeur de l'orchestre.

Puis Fabio Luisi, directeur musical de l'Opéra de Zurich, s'est joint à ces réactions.
Les deux rappeurs, faisant des blagues sur l'Holocauste, se sont moqués de la souffrance de millions de personnes, a-t-il précisé dans une lettre ouverte (2).

Le chef Christian Thielemann et sa Staatskapelle Dresden ont eux-aussi rendu leurs prix ECHO et déclaré qu'un prix qui met les ventes au-dessus de tout et permet, le jour du souvenir de l'Holocauste, une performance en direct qui se moque des victimes du Troisième Reich, est un symbole d'une forme de cynisme que nous ne représentons pas.

A l'occasion de son 80e anniversaire, le bassiste Klaus Voormann a reçu cette année le Prix d'excellence pour l'ensemble de sa carrière mais, indigné, il l'a rendu quelques jours plus tard en signe de protestation : ce qui m'a semblé être un cadeau à l'occasion de mon 80e anniversaire s'avère être une grande déception.

Le chanteur, auteur-compositeur et guitariste Peter Maffay a, quant à lui, réclamé publiquement la démission des responsables.

Daniel Barenboim, la Staatskapelle de Berlin et le West-Eastern Divan Orchestra ont aussi rendu leurs prix. Daniel Barenboim s'en explique avec autant de rigueur que de nuances, rappelant qu'avec chaque liberté vient une responsabilité (3).

Quant au Gewandhaus de Leipzig, son Directeur Andras Schulz a déclaré au Sächsische Zeitung qu'il ne rendra pas ses prix mais retirera les trophées du foyer, les mettra sous clé et ne s'occupera plus activement des prix.

Et ce mardi, nous apprenons que, à son tour, le violoniste français Renaud Capuçon a rendu ses prix ECHO. Sur Twitter, il a annoncé qu'il protestait contre les textes racistes et antisémites d'un duo de rappeurs : Toute forme d'art, et bien sûr la musique, doit servir la réconciliation des peuples, le dialogue entre les cultures et le respect mutuel.

Du côté des sponsors, Voelkel -entreprise d'aliments biologiques- a affirmé qu'elle n'approuve pas le fait de dénigrer le génocide. Le constructeur automobile Skoda et le brasseur Köstritzer mènent actuellement une réflexion sur leurs options.

Pour le Ministre des Affaires étrangères Heiko Maas, les provocations antisémites (...) sont simplement répugnantes. Il est honteux que ce prix ait été remis le 12 avril, jour de commémoration de l'Holocauste.

Le Président du Conseil Culturel allemand, Christian Höppner, a annoncé qu'il se retire du comité consultatif du Prix : même si Gangsta-Rap, qui existe en tant que genre depuis plus de 30 ans avec ses formes d'expression et ses moyens stylistiques spécifiques, est conçu pour la provocation et le franchissement des frontières, je dis clairement : leur musique n'est pas la mienne et je trouve les paroles écoeurantes.

Dans Bild, un porte-parole du Mémorial de l'Holocauste Yad Vashem à Jérusalem a estimé que l'utilisation d'une terminologie ou d'images hors de leur contexte historique est une violence faite à la mémoire" des victimes de la Shoah.

Que les responsables de l'industrie musicale accordent leur blanc-seing à de tels textes sous couvert d'art et de liberté d'expression est scandaleux, a réagi le Président du Conseil central des Juifs d'Allemagne, Josef Schuster.

Dans la presse allemande, nombre d'éditorialistes s'interrogent :
- Echocauste - la solution finale à la question morale ?
- Le "Conseil d'éthique" n'est-il qu'un alibi, créé seulement parce que l'Association ne voulait pas se salir les mains ?
- L'Association Fédérale de l'industrie musicale allemande ayant déclaré que "les provocations sont un "instrument stylistique typique du battle rap", faut-il en conclure que la dignité humaine n'est pas un critère pour l'Association ?
- Pour preuve que les responsables n'ont toujours rien compris, les deux "artistes" qui appellent à la violence dans chacune de leurs créations et humilient les femmes, sont invités à se produire à Echo Pop...

... MAIS !!!
- Bertelsmann Music Group (BMG)
 vient de suspendre son contrat d'enregistrement avec les rappeurs... après les avoir publiés puis vendus tout au long de l'année et après avoir présenté et soutenu leur candidature au prix ;
- l'Association fédérale de l'industrie de la musique a laissé entendre qu'elle réviserait le concept du prix...;
- les deux rappeurs ont rejeté tout antisémitisme et proposé des entrées gratuites "à vie" à leurs concerts à leurs fans de confession juive.
_________

(1) Mesdames et Messieurs les membres du Comité exécutif de l'Association fédérale de l'industrie de la musique, Monsieur Drücke,

En 2008, l'orchestre KlangVerwaltung et moi-même avons reçu un Echo Klassik pour notre enregistrement de la Quatrième Symphonie d'Anton Bruckner. Mes collègues de l'orchestre et moi-même avons été très heureux de ce prix et nous l'avons souligné avec fierté jusqu'à ce jour.
Maintenant qu'un tel prix a été décerné en 2018 à des auteurs de diatribes répugnantes et antisémites et, qui plus est, approuvé sans hésitation par le "Conseil d'éthique" de votre association, nous aurions honte de continuer à détenir ce prix. L'ancien symbole du bon travail artistique est devenu un mauvais présage pour un développement de notre pays qui nous préoccupe profondément.
Avec cette lettre, nous vous informons du renvoi de nos Prix Echo respectifs.
De Enoch à Guttenberg
Andreas Reiner

(2) Zurich, le 18 avril 2018
En 2009, j'ai reçu l'ECHO Klassik avec la Staatskapelle Dresde pour l'enregistrement de la 9e Symphonie de Bruckner. Ce fut un grand honneur pour l'orchestre et pour moi. Aujourd'hui, par contre, comme d'autres, je dois prendre très clairement mes distances par rapport à ce prix. L'attribution de l'Echo aux rappeurs Kollegah et Farid Bang est, à mon avis, totalement inacceptable. Les deux musiciens n'ont pas seulement franchi une frontière ou fait de la provocation dans le cadre de la liberté artistique, mais ils ont ridiculisé dans leurs textes les terribles expériences de millions de personnes pendant le national-socialisme. Il est choquant de constater qu'un prix culturel n'a pas de normes éthiques, tolère le racisme et les contenus ignorants.
J'aurais aimé pouvoir considérer le prix comme une appréciation de notre travail et comme un prix pour les réalisations artistiques, mais je ne souhaite pas être honoré d'un tel prix aujourd'hui.
Fabio Luisi, directeur musical général de l'Opéra de Zurich

(3) J'ai suivi avec beaucoup de consternation la discussion sur le prix ECHO pour un album de rap dont les paroles sont clairement antisémites, anti-femmes, homophobes et généralement inhumaines. En tant que Juif qui a aimé vivre en Allemagne pendant de nombreuses années et considère la liberté dans les arts comme un grand bien, j'étais particulièrement préoccupé par le débat et j'attendais également de voir si les responsables y réagiraient de manière adéquate. La liberté d'expression et la liberté dans les arts comptent parmi les réalisations et les valeurs les plus importantes d'une société démocratique et ouverte. Mais avec chaque liberté vient une responsabilité : notre responsabilité d'utiliser les libertés acquises de telle sorte que la liberté de toute autre personne et dissidente puisse également exister - ainsi que la responsabilité de respecter et de respecter les autres personnes dans leur dignité. Cette conviction est au cœur de ma pensée en tant que personne et de mon travail d'artiste depuis de nombreuses années. L'antisémitisme, la misogynie, l'homophobie et le mépris ouvert pour les soi-disant plus faibles et les minorités constituent un abus de liberté que nous, en tant que société, ne devons jamais tolérer. Nous devons nous unir contre de telles voix et nous ne devons pas les encourager en leur décernant des prix et en les légitimisant ainsi. Au contraire, aujourd'hui plus que jamais, nous devons lutter pour l'humanité, le respect mutuel et l'empathie. C'est dans cet esprit que j'ai décidé, avec la Staatskapelle de Berlin et le West-Eastern Divan Orchestra, de remettre nos prix ensemble. Les intérêts commerciaux ne doivent pas prévaloir lorsqu'il s'agit de questions aussi essentielles que la décence et notre humanité.
Daniel Barenboim

 

Concours Menuhin, les palmarès

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Le Concours International Menuhin pour jeunes violonistes a pris fin à Genève.
Les lauréats parmi les 44 participants sont :

Lauréats Seniors (16-22 ans) 
1er Prix: Diana Adamyan (Arménie, 18 ans)
2e Prix: Nathan Mierdl (France/Allemagne, 20 ans)
3e Prix: Hyunjae Lim (Corée du Sud, 20 ans)
4e Prix: Tianyou Ma (Chine, 17 ans)
Prix du publicDiana Adamyan
Prix des internautes Arte concert: Nathan Mierdl

Diana Adamyan, élève du Professeur Tadevosyan au Conservatoire d'Erevan, est une ancienne lauréate du Concours TV Casse-Noisette russe et du Concours Tchaïkovski pour jeunes musiciens.

Lauréats juniors (moins de 16 ans) :
1ers Prix (conjoints) : Chloe Chua (Singapour, 11 ans) et Christian Li (Australie, 10 ans)
3e Prix : Ruibing Liu (Chine, 13 ans)
4e Prix : Clara Shen (Allemagne, 12 ans)
5e Prix : Hina Khuong-Huu (USA/Japon/France, 13 ans)
6e Prix : Guido Sant’Anna (Brésil, 12 ans)
Prix du public : Christian Li
Prix des internautes Arte concert : Guido Sant’Anna