Les Agrémens et Jodie Devos : premier temps fort du festival de Namur

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Henri Joseph De Croes (1756-1842): Symphonie en mi bémol majeur (1782)
(Adagio, Allegro molto-Andantino-Menuetto allegro-Rondeau presto)
Franz Joseph Haydn (1732-1809):
- Symphonie n°53 en ré majeur « L'Impériale »
(Largo maestoso, Vivace-Andante-Menuetto-Finale : Presto)
- Concerto pour trompette et orchestre en mi bémol majeur
(Allegro-Andante-Allegro)
- Cantate « Miseri noi, miseria patria » pour soprano et orchestre
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791): Air de concert « Vorrei Spiegarvi Oh Dio Ari » pour soprano et orchestre
Les Agrémens, dir.: Guy Van Waas, Jodie Devos (soprano), Jean-François Madeuf (trompette)

Un public nombreux s'est réuni ce samedi 5 juillet dans l'église Saint-Loup pour entendre les Agrémens et Jodie Devos. Un concert de l'ensemble dirigé par Guy Van Waas est toujours un événement qui plus est quand il convie la magnifique soprano belge, récent second prix du concours Reine Elisabeth. Et c'est un compositeur d'origine anversoise qui ouvre le programme. Henri Joseph de Croes (1756-1842) a été maître de Chapelle de la famille princière Turn und Taxis à Ratisbonne. Cette ville de Bavière est située à une centaine de kilomètres de Münich est est baignée par le Danube. Le musicologue flamand, Miel Pieters, violoniste à l'Orchestre Philharmonique d'Anvers, a découvert ses oeuvres à la bibliothèque de Ratisbonne. Après avoir confié le concerto pour clarinette à Vlad Weverbergh, il s'est adressé à Guy Van Waas pour la création d'un petit bijou qu'est la Symphonie en mi bémol majeur. La musique de De Croes appartient au classicisme viennois. Elle est résolument positive voire jubilatoire. On apprécie le jeu rythmique du troisième mouvement ou le déplacement de l'accent sur le troisième temps crée un piquant décalage.
Cette symphonie supporte la comparaison avec la Symphonie n°53 en ré majeur de Franz Joseph Haydn (1732-1809). Baptisée L'Impériale, elle est parmi les plus célèbres et les plus jouées du maître. Une fois encore, l'équilibre offert par l'ensemble est parfait. Les couleurs sont magnifiques avec une mention spéciale pour le pupitre de flûtes aux sonorités chaudes. Guy Van Waas dirige à merveille. Il est sans conteste une personnalité artistique exceptionnelle. Son charisme est à la hauteur de son talent et on est frappé par le respect des artistes et du public dont il fait preuve.
La deuxième partie débute avec le célèbre concerto pour trompette en mi bémol majeur de Haydn avec Jean-François Madeuf en soliste. Ce dernier est professeur au CNSM de Lyon et spécialiste de la trompette naturelle. Il interprète en effet le concerto sur une trompette quasi semblable à celle qui a servi à sa création en 1793 par Anton Weidinger, à savoir une trompette naturelle munie de quelques clés. A cette époque, on tente d'imiter le système de la clarinette pour développer la trompette naturelle. L'instrument devient chromatique et séduit Haydn, Kozeluch et Hummel qui lui consacrent un concerto. Rappelons que la trompette moderne munie de pistons sera totalement au point en 1813 avec des oeuvres de Blühmel. La prestation de Madeuf nous rappelle la modernité et la difficulté de ce concerto qui, à l'époque, atteignait les limites de l'instrument.
Une partie du public s'était déplacée pour entendre Jodie Devos et l'impatience était palpable quand elle est montée sur scène pour interpréter tout d'abord une cantate méconnue de Haydn : « Miseri noi, miseria patria ». Cette cantate profane relate les événements d'une ville assiégée par l'ennemi. Si le texte est terrible, la musique de Haydn est dans le mode majeur. L'intensité est présente mais plutôt intérieure, sans effets de manches ou de théâtre pour évoquer la guerre. Il n'y a donc pas de moment de bravoure vocale. Jodie Devos se défend très bien dans cette oeuvre a priori pas totalement adaptée à sa voix. L'air final exploite la tessiture médium et pourrait presque être chanté par une mezzo. La jeune soprano démontre une belle maturité musicale et une expressivité tout en retenue mais juste ! Avec l'air de concert « Vorrei Spiegarvi Oh Dio Ari » pour soprano et orchestre de Mozart, Jodie retrouve le registre et les prouesses vocales qui lui ont permis de briller au concours : charme, fraîcheur de la jeunesse, fluidité et souplesse, maîtrise exceptionnelle du suraigu. Elle est parfaitement servie par Les Agrémens dans ce finale qui enflamma un public il est vrai conquis d'avance !
Michel Lambert
Namur, Eglise Saint-Loup, le 5 juillet 2014

 

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