L'ONB en grande forme !

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Alexandre Raskatov

Pour célébrer à sa façon le centenaire de la Première guerre mondiale, l’ONB a eu l’excellente idée de demander à dix compositeurs d’aujourd’hui d’écrire chacun une pièce inspirée par les terribles événements d’il y a maintenant un siècle.

Vendredi dernier, c’était au tour du compositeur russe Alexandre Raskatov de faire créer, en première mondiale, sa Valse-adieu par l’Orchestre national et son chef Andrey Boreyko. L’œuvre est écrite pour une formation où les vents et la percussion sont en formation symphonique complète, alors que les cordes (à l’exception d’un quatuor à cordes en coulisse) sont représentées par les seules contrebasses. Commencée par les sons d’une sirène qui semble annoncer une catastrophe prochaine, la pièce se poursuit par une valse dans un premier temps hésitante, écrite dans le style de tant de musiques populaires et de films de la période soviétique, et qu’on aurait volontiers imaginée interprétée par une vaillante harmonie militaire se produisant sur le kiosque à musique d’une ville de garnison. (On félicitera d’ailleurs les vaillants cuivres de l’ONB d’avoir adopté la couleur un peu « sale » qui sied à merveille à cette musique qui n’a que faire d’un excès d ’élégance.) Les bribes et de valse et l’obsédante sirène qui s’obstine à les réduire à néant continuent d’alterner jusqu’au moment où de terrifiants coups de grosses caisse font taire pour de bon la valse vainement guilllerette. L’oeuvre de Raskatov ne manque pas de séduction et le compositeur fut chaleureusement applaudi par le nombreux public qui remplissait la salle Henry Le Boeuf.
C’est Gautier Capuçon qui était le soliste du concerto pour violoncelle d’Elgar, oeuvre encore assez rare au concert dans nos régions. Il faut saluer la magnifique maîtrise du violoncelliste français qui, au-delà de la perfection technique de son jeu, se montra capable de résister aux pièges du sentimentalisme, des envolées lyriques et la fausse profondeur qui en aurait tenté plus d’un, pour offrir au public bruxellois un Elgar étonnamment clair, lisible, équilibré, et en somme bien français. Il bénéficia en outre d’un accompagnement très soigné de la part des musiciens de l’ONB et de leur chef, en particulier dans les passages où le soliste joue le rôle de coryphée par rapport au pupitre de violoncelles de l’orchestre.
La deuxième partie du concert commença par la "Représentation du chaos" par laquelle débute La Création de Haydn. L’orchestre fit preuve d’une totale concentration dans cette page visionnaire. Mais là où dans l’original intervient le baryton qui entonne les premiers vers de la Genèse, Boreyko choisit de passer sans transition au solo de basson qui marque le début du Sacre du printemps de Stravinsky, dont l’ONB et son chef donnèrent une très belle interprétation, au caractère clair et analytique. Même si on a connu versions plus fiévreuses ou plus sauvages, l’approche de Boreyko ne dégénéra jamais en vaine démonstration de virtuosité orchestrale, le chef réussissant à toujours maintenir la continuité du discours de ce chef-d’œuvre, aidé en cela par un Orchestre national en excellente forme.
Patrice Lieberman
Palais des Beaux-Arts, le 23 janvier 2015

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