L’Opéra de Poznań propose une version chaleureuse de Halka de Moniuszko

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Stanislaw Moniuszko (1819-1972) : Halka, opéra en quatre actes. Dominik Sutowicz (Jontek), Magdalena Molendowska (Halka), Lukasz Goliński (Janusz), Rafael Korpik (Stolnik), Magdalena Wilczyńska-Goś (Zofia), Damian Konieczek (Dziemba) ; Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Poznań, direction Gabriel Chmura. 2019. Notice en anglais. Pas de texte du livret, mais synopsis. 117.10. Un album de deux CD Naxos 8.660485-86. 

Dans le contexte du XIXe siècle musical polonais, deux noms figurent au premier plan, celui de Chopin, bien sûr, et celui de Stanislaw Moniuszko dont nous avons présenté dans ces colonnes, le 17 juin 2020, un enregistrement de l’opéra en un acte Le Batelier créé en 1858, juste après l’excellent accueil de la seconde version de Halka. Nous renvoyons le lecteur à ce texte pour ce qui concerne la biographie de ce créateur de talent, auteur d’opérettes et d’une douzaine d’opéras dont Le Manoir hanté est le plus apprécié. Nous rappellerons simplement qu’après avoir étudié le piano à Varsovie, puis à Minsk et à Berlin, Moniuszko devient organiste à Vilnius à partir de 1840. Il compose beaucoup, dont des recueils de mélodies. A Varsovie, il rencontre le jeune écrivain Wlodzimierz Wolski (1824-1882), auteur du poème Halszka, inspiré d’une légende populaire. En raison de l’interdiction de la censure, le poète transpose son texte en livret d’opéra. Moniuszko en écrit la musique, en deux actes, dont la création a lieu en version de concert au début de l’année 1848, puis six ans plus tard en version scénique, chaque fois avec un accueil poli. Conscient des améliorations à apporter à sa partition, le compositeur la révise après avoir rencontré à Saint-Pétersbourg Alexandre Dargomijski, auteur du Convive de Pierre

Le 1er janvier 1858, la nouvelle version en quatre actes de Halka est jouée au Grand Théâtre de Varsovie, avec un vif succès. L’événement est même national, sinon à portée patriotique. Moniuszko est nommé directeur du même Théâtre dès l’année suivante. Il est utile de préciser que la Pologne connaît à cette époque une situation historique délicate. Elle est coincée entre les grandes puissances dont le vaste Empire autrichien ; des mouvements sociaux, des manifestations, voire des émeutes ont lieu. Cela a été le cas en 1846 lorsque ce que l’on a nommé « le soulèvement de Cracovie » a résulté d’une révolte paysanne contre les riches. Le problème de l’inégalité sociale entre les classes est très présent au quotidien, de même que le servage qui pèse lourdement sur une partie de la population. Dans ce contexte, Halka peut être considérée comme un récit dramatique à portée sociale, soulignant l’injustice de la société polonaise du temps.

Même s’il n’est pas d’un haut niveau d’écriture, même si un certain côté pathétique se révèle brossé à gros traits, le livret de Wolski -qui n’est pas sans quelques accointances avec La Muette de Portici d’Auber- a inspiré Moniuszko. Le récit en est simple. Le guide Kobbé l’expédie en quelques lignes : Il raconte l’histoire de l’amour passionné d’une jeune fille pour son maître, le seigneur d’un domaine, qui la quitte pour épouser une jeune fille de son rang. La jeune serve ne peut admettre que son amant l’ait trompée ; elle n’écoute aucun conseil et devient folle avant de se noyer dans un torrent de montagne, près de l’église où se déroule le mariage de son amant (Paris, Laffont/Bouquins, 1989, p. 619). L’essentiel de l’action se trouve dans ces lignes, certes. Mais il est utile d’ajouter que Halka est enceinte du seigneur Janusz, et qu’un jeune homme épris d’elle, Jontek, va tenter de l’aider ; désespérée, certaine que son enfant va mourir, elle veut se venger en mettant le feu à l’église avant de se raviser, préférant se sacrifier elle-même. Sur cette trame, Moniuszko a composé une partition dynamique, pleine de mélodies bien tournées, au sein desquelles il mélange des éléments populaires. L’audition apporte un réel plaisir dès l’ouverture, ardente et enlevée. L’Acte I s’ouvre par une Polonaise et se conclut par une Mazurka ; des danses folkloriques, dont une autre Polonaise, imagent le contenu global et lui donnent une belle saveur. Moniuszko fait chanter les instruments qu’il orchestre avec finesse et intelligence, y ajoutant un orgue, et assurant à l’ensemble une cohérence formelle, en particulier dans la capacité à embellir l’écriture chorale. Une même vivacité anime les quatre actes, avec des airs dont l’intention est de faire participer l’auditeur aux émotions de l’héroïne et à son destin malheureux. Même si le contexte est clairement situé dans le cadre de la lutte des classes, ce n’est pas lui qui est prioritaire ; la portée des airs n’est pas du niveau de la revendication, elle s’attache d’abord aux sentiments douleureux et aux affres par lesquelles passe Halka. 

Cet opéra emblématique a été bien servi par le disque. Jerzy Semkow, à la tête des Chœurs et de l’Orchestre de la Radio Polonaise, en a laissé une belle version au Chant du Monde à la fin des années 1980, avec un excellent Wieslaw Ochman en Jontek, mais une Stefania Woytowicz mal distribuée en Halka. Le bouillant Kiril Kondrashin l’avait précédé en 1952 chez Melodiya, dans une version russe, avec les forces du Bolshoï, une magnifique Natalia Sokolova et un magistral Georgi Nelepp, Pavel Lisitsian complétant le trio principal. On signalera, entre autres réalisations, celle du Théâtre de Varsovie (Polske Nagrania Muza, 1992), celle de l’Opéra de Wroclaw (Dux, 2005) ou, plus près de nous, une étonnante version en italien menée par Fabio Biondi (Challenge Records, 2018). La présente production propose un plateau où l’on trouve de très bons solistes, des chœurs investis et un orchestre dirigé avec vaillance et lyrisme par Gabriel Chmura. Tous proviennent de l’institution de qualité qu’est l’Opéra de Poznań, dans une version live du 11 novembre 2019. C’est aussi en quelque sorte un hommage à Gabriel Chmura, directeur artistique de la même maison depuis 2012 et décédé le 17 novembre 2020, à l’âge de 74 ans. Ce remarquable chef d’orchestre, qui s’est produit sur de nombreuses scènes internationales, est à la tête d’une riche discographie au sein de laquelle figurent en lettres d’or des symphonies de Mieczylsaw Weinberg.

Le rôle de Halka, très exposé tout au long de l’opéra, est confié à la soprano Magdalena Molendowska qui s’est déjà distinguée dans Mozart, Verdi ou Martinú (La Passion grecque) ; ses aigus sont bien maîtrisés, ce qui est un peu moins le cas de son vibrato. Elle insuffle beaucoup d’émotion à sa prestation et dépeint avec une même vérité la modestie de sa condition de paysanne, les rêves insensés auxquels elle s’attache naïvement, son désespoir inconsolable et la folie destructrice qui en découle. Les airs qui lui sont dévolus sont typés et émouvants, notamment, à l’Acte I, le chant éploré dont le titre français est « Tel un arbrisseau », ou, à l’Acte IV, la déchirante plainte avec violoncelle solo « Oh, mon petit ! ». Les autres rôles sont bien distribués. Même si l’on ne comprend pas le polonais (ce qui est notre cas), on dispose d’un synopsis assez détaillé en anglais. On se laisse bercer par cette langue colorée et imagée et l’on savoure les subtilités des mélodies, des récitatifs, des ensembles et la poésie simple qui s’en dégage. Janusz, le seigneur qui délaisse Halka, c’est le baryton Lukasz Golinski qui a fait ses débuts professionnels dans l’autre succès de Moniuszko, Le Manoir hanté. On l’a vu sur plusieurs scènes internationales, notamment avec Antonio Pappano à Rome ; il a été, entre autres, un vaillant Escamillo. Il campe le rôle de celui qui bafoue l’amour pur de Halka avec l’ambigüité et le cynisme requis. Zofia, celle qu’il va épouser au détriment de la paysanne, c’est la mezzo Magdalena Wilczyńska-Goś, présence crédule face aux affirmations de fausse innocence de Janusz. Le ténor Dominik Sutowicz incarne Jontek avec beaucoup d’aplomb et une voix claire et noble. Ce chanteur qui s’est illustré essentiellement dans son pays en interprétant Cavaradossi dans Tosca ou Pinkerton dans Madame Butterfly, est idéal dans ce personnage amoureux de Halka. Il est crédible de bout en bout et il est à son meilleur dans l’air de l’Acte IV, « Des sapins murmurent sur les cimes », lorsqu’il déplore son espérance d’amour perdue, accompagné d’un joueur de cornemuse évoqué par un hautbois. Les personnages secondaires sont tous de bon niveau, en particulier la basse Damian Konieczek dans le rôle de Dziemba, subalterne dévoué à Janusz. Quant aux parties chorales, elles exaltent avec grandeur cette musique éminemment romantique. Nous avons dit plus avant les qualités du chef d’orchestre, Gabriel Chmura, précis et chaleureux. 

Voilà une très bonne version, à prix doux, qui ne déparera aucune discothèque lyrique. Mais les amateurs de visionnement à domicile n’oublieront pas qu’il existe deux DVD très réussis. Le premier, filmé à l’Opéra de Varsovie en septembre 2005, bénéficie de la présence touchante de Tatiana Borodina. Le second, le plus remarquable, date de 2019 et propose le spectacle de l’Opéra de Bydgoszcz réalisé pour commémorer le bicentenaire de la naissance du compositeur, avec une exaltante Jolanta Wagner, de plus excellente comédienne, dans le rôle-titre. On y retrouve Lukasz Golinski en Janusz. Il s’agit de deux productions du label polonais Dux. On aura aussi la curiosité d’écouter un CD Naxos (8.573610) qui propose de la musique de ballet de Moniuszko dont deux extraits de Halka. Antoni Wit est à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Varsovie pour d’irrésistibles Danses montagnardes, tirées de l’Acte III.

Son : 8,5   Livret : 8  Répertoire : 9  Interprétation : 9

Jean Lacroix

 

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