Mieczyslaw Weinberg : flûte et cordes à l’unisson de l’expressivité 

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Mieczyslaw WEINBERG (1919-1996) : Concertos pour flûte et cordes n° 1 op. 75 et n° 2 op. 148bis ; Symphonie n° 7 pour cordes et clavecin op. 81. Lukas Dlugosz, flûte ; Aleksandra Gajecka-Antosiewicz, clavecin ; Orchestre de chambre de Silésie, direction Robert Kabara. 2019. Livret en polonais et en anglais. 62.45. Dux 1589.

Bis repetita placent ? Le label Dux est très attaché à l’œuvre de Weinberg, dont nous avons, dans ces colonnes, présenté l’une ou l’autre gravure. Sans être des doublons, le Concerto pour flûte n° 2 et la Symphonie n° 7 se trouvent déjà, le premier dans un album comprenant aussi les Symphonies de chambre n° 2 et 4, la seconde couplée à la Symphonie n° 2. Les interprètes ne sont pas les mêmes sur le plan orchestral, ni au clavecin, mais c’est bien le flûtiste Lukas Dlugosz que l’on retrouve dans les concertos. Nous voici donc enrichis d’autres propositions interprétatives. On rappellera que le label Naxos (8. 573931) a gravé de son côté l’an dernier une belle version des deux concertos pour flûte par Claudia Stein et le Philharmonique de Szczecin dirigé par David Robert Coleman. La moisson est riche !

Le Concerto pour flûte n° 1 est dédié au flûtiste Aleksander Korneyev, qui en donne la première audition publique au Conservatoire de Moscou en novembre 1961, sous la baguette de Rudolf Barshai à la tête de l’Orchestre de Chambre de Moscou dont les qualités interprétatives séduisent alors maints compositeurs. D’une grande simplicité, l’Allegro initial est fringant dans ses rythmes répétés, le soliste s’insinuant dans la diaprure des cordes avec une délicieuse expressivité. Le Largo qui suit s’inscrit dans un climat maussade, que les commentateurs ont attribué à des réminiscences de la période douloureuse de la Seconde Guerre mondiale ; c’est une mélodie stylisée aux accents plaintifs et sombres. Les souvenirs sont peut-être encore plus présents dans le mouvement final, Allegro comodo, mais ils sont plus joyeux ; des motifs de valses de type klezmer que le père de Weinberg jouait dans les théâtres juifs de Varsovie y sont utilisés, la virtuosité clôturant une séquence aux riches harmonies. De son côté, le Concerto pour flûte n° 2 op. 148bis de 1987 présente un aspect globalement plus heureux que bien des partitions de Weinberg. Il contient des passages d’une douceur infinie, signe possible d’une introspection du créateur sur lui-même, comme on peut le constater dans le Largo central au cours duquel est entamé un processus de contemplation et de réflexion que la flûte rend hypnotique. Le soliste, Lukas Dlugosz, a étudié à Munich puis à Paris et à New-York, et il est lauréat de plusieurs concours internationaux. Il a joué à plusieurs reprises le Concerto pour flûte de Penderecki sous la direction du compositeur. Il est à l’aise face aux volutes et aux arabesques de Weinberg que sa flûte dessine avec efficacité. Il a donc enregistré pour Dux deux versions du Concerto n° 2 ; celle-ci, avec l’Orchestre de Silésie sous la direction précise de Robert Kabara, date de septembre 2019, alors que sur l’autre CD (1632/33) du même label, la gravure a été réalisée quatre mois auparavant avec l’Orchestre de Chambre de la radio polonaise. Elles ont en commun la même fluidité et la même capacité d’envoûtement. 

La Symphonie n° 7, qui complète le programme, date de 1964 et est dédiée à Rudolf Barshai qui en assura la création. L’œuvre est en cinq mouvements joués sans interruption. Un clavecin entre en scène dès le début, donnant une singulière atmosphère immédiate à cette partition qui fait penser à un concerto grosso, et dont le traitement souvent sombre et poignant montre à quel point l’âme du compositeur est pleine de tourments et d’une insurmontable tristesse. Le clavecin n’est pas utilisé comme instrument soliste, il double parfois le premier violon ou le second alto, tout en faisant silence dans l’Andante (joué avec sourdines) et l’Adagio sostenuto (3e et 4e mouvements) ; ce n’est que dans le vertigineux Allegro final qu’il réapparaît, en soliste, avec des rythmes exacerbés, avant que la musique n’entame des effets spéciaux (comme les cordes frappées avec la baguette de l’archet) et n’évolue dans un climat mystérieux et envoûtant que le clavecin d’Aleksandra Gajecka-Antosiewicz vient en quelque sorte cristalliser, avant une coda qui conduit au silence. Cette version de l’Orchestre de Chambre de Silésie, gravée en septembre 2019, est enlevée par Robert Kabara avec un peu plus de vitalité que celle de l’Orchestre de Chambre Amadeus de la Radio polonaise mené par Anna Ducmal-Mroz en juin 2019 (autre CD Dux,1631). Mais les deux versions atteignent une même intensité émotionnelle et offrent à chaque fois le visage émouvant d’un compositeur dont l’œuvre entière est une passionnante et bouleversante aventure.  

Son : 9  Livret : 8  Répertoire : 10  Interprétation : 10

Jean Lacroix

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