Minimalisme et mysticisme

par

Arvo PÄRT (° 1935)
Stabat Mater
Goeyvaerts String Trio
DDD–2014-53’–Texte de présentation en anglais, allemand et français–Challenge CC72616

Te Deum–Wallfahrtslied–Berliner Messe–Dopo la Vittoriahttp://www.esv-haiti.org/
Chor des Bayerischen Rundfunks, Münchner Rundfunkorchester, dir. : Peter DIJSTRA
DDD-2015-67’ 06’’-Texte de présentation en allemand et anglais-BR Klassik 900511

Au fil des années, la discographie d’Arvo Pärt est devenue imposante – près d’une centaine de disques que doivent sans doute posséder ses admirateurs les plus fervents aux quatre coins de la planète. Car le compositeur estonien a, quoi qu’il écrive, ses inconditionnels, alors que ses détracteurs lui reprochent de tourner sans cesse en rond au milieu de ses tintinnabuli, ce style qui lui est si propre et qui rend sa musique d’emblée si reconnaissable. Les beaux Stabat Mater ne manquent tout au long du XXe siècle – Karol Szymanowski, Francis Poulenc, Krzysztof Penderecki… –, et celui d’Arvo Pärt, qui date de 1985, en est assurément l’un d’eux, avec son alternance de dissonances et d’harmonies exprimant tour à tour la souffrance et le réconfort, conformément à ce que doit être un Stabat Mater (ces deux mots latins peuvent être traduits par « la mère qui se tenait debout »), et selon le texte écrit par le franciscain italien Jacopone da Todi au XIIIe siècle. L’œuvre a été enregistrée ici par le trio à cordes Goeyvaerts « en gamme naturelle », une forme ancienne de gamme permettant, selon Philippe Grisar, « dans chaque tonalité de chaque gamme » la tonalité la plus pure, la plus parfaite.
Sur ce disque figure aussi une pièce religieuse d’Ivan Moody, Simeron. Né à Londres en 1964, Ivan Moody a étudié la théologie orthodoxe et a effectué de nombreuses recherches musicales en ce domaine. L’orthodoxie irradie d’ailleurs toutes ses compositions, à l’instar de celle-ci, dont on ne sait trop si elle constitue un hommage à Arvo Pärt ou un habile démarquage. Elle prouve en tout cas qu’Arvo Pärt, qu’on a souvent présenté comme un minimalise mystique, a fait des émules.

Son 8 – Livret 7 – Répertoire  7  – Interprétation 7

Composé pour trois chœurs, un orchestre à cordes, un piano préparé et des bandes magnétiques, un an avant le Stabat Mater, le Te Deum est sans doute une des grandes œuvres emblématiques d’Arvo Pärt. Il est, en effet, bien difficile de ne pas y être sensible et, en l’écoutant, religieusement ou non, de ne pas se dire qu’il porte un projet musical d’une incontestable sincérité. Projet dont on retrouve les divers éléments fondamentaux dans les trois autres œuvres que contient le présent CD : Wallfahrtslied (1984), un poème pour chœur d’hommes et orchestre à cordes, Dopo la Vittoria (1996), une petite cantate a cappella, et Berliner Messe (1990), pour chœur mixte et orchestre à cordes – une messe en cinq parties plutôt brèves (de deux à quatre minutes). Chose bizarre, inexplicable et malheureuse, on ne l’entend pas ici en continu, le kyrie et le gloria étant séparés du credo, du sanctus et de l’agnus Dei (tout en intériorité) par Dopo in Vittoria… Ce bémol mis à part, l’ensemble est magnifique.

Son 9 – Livret 6 – Répertoire  9 – Interprétation 10

Jean-Baptiste Baronian

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