Ouverture de saison à l'OPMC
Le concert inaugural de la nouvelle saison de l'OPMC était placé sous la direction de Bertrand de Billy, déjà venu à Monaco en janvier 2025.
Au programme, deux jalons de la musique française du XXᵉ siècle : Tout un monde lointain… de Dutilleux et Daphnis et Chloé de Ravel.
Henri Dutilleux travaillait longuement chacune de ses œuvres. Son catalogue est restreint, mais chaque partition témoigne d'une inspiration soutenue. Exigeant et perfectionniste, il n'hésitait pas à détruire toute page qu'il n'estimait pas suffisamment aboutie. Sa musique, d'une réelle richesse expressive, retient par son pouvoir évocateur.
Composée entre 1967 et 1970 pour Mstislav Rostropovitch, Tout un monde lointain… figure parmi les partitions maîtresses de Dutilleux. Chacun des cinq mouvements s'inspire d'un poème de Charles Baudelaire, figure du symbolisme et du décadentisme français. À l'instar de nombreuses compositions de Dutilleux, l'œuvre baigne dans une atmosphère onirique et mystérieuse, portée par une texture orchestrale travaillée, riche en strates sonores.
Le violoncelliste Truls Mørk et Bertrand de Billy, à la tête de l'OPMC, livrent une lecture engagée de cette partition. Truls Mørk a traversé, il y a une quinzaine d'années, une grave maladie neurologique qui l'a contraint à interrompre sa carrière pendant environ un an et demi. Après une longue période de rééducation, il a retrouvé les scènes internationales et poursuit aujourd'hui une carrière au premier plan. Cette épreuve donne peut-être à son interprétation une résonance particulière, sans jamais en altérer la subtilité.
Ce géant, au sens littéral comme au figuré, aborde cette œuvre singulière avec une intensité tout en retenue. On perçoit véritablement l'étrangeté de cet environnement insolite et inquiétant. L'orchestre n'accompagne pas le soliste et ne lutte pas davantage avec lui : il agit comme une extension du violoncelle, son prolongement naturel.
Le public est conquis. Mørk prolonge le moment avec une page de Bach, offerte en bis.
En seconde partie, Bertrand de Billy propose le ballet intégral Daphnis et Chloé de Ravel, malheureusement sans les chœurs.
La couleur de l'écriture ravélienne trouve ici un terrain d'élection. Ravel demeure une référence en matière de composition et d'orchestration. L'orchestre répond présent, avec notamment les solos de flûte et de piccolo.
L'interprétation de Bertrand de Billy est tonique, aérienne et ludique. Le chef et l'orchestre ont saisi le fil conducteur de l'œuvre et le suivent sans relâche pendant près de cinquante-cinq minutes. Les effets orchestraux surgissent avec naturel ; ils sont empreints de sens musical et de couleur.
Son sens de l'accentuation, qui contribue à orienter la perception, est sûr. Mais ce qui retient sans doute le plus l'attention, c'est sa capacité à modeler une masse orchestrale en perpétuelle mutation, évoquant une transformation topologique à l'œuvre.
Il conduit ainsi l'auditeur dans un parcours où l'écoute se laisse peu à peu porter vers une forme d'élévation.
Auditorium Rainier III, Monte-Carlo — 13 septembre 2026.
Crédits photographiques : Manuel Vitali / Direction de la communication



