A Genève, Markus Poschner et l’Orchestra della Svizzera Italiana

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Grâce à une invitation du Service Culturel Migros, apparaît pour la première fois, à La Chaux-de-Fonds et à Genève, le chef munichois Markus Poschner à la tête de l’Orchestra della Svizzera Italiana dont il est le directeur musical depuis 2015. La presse s’est largement fait l’écho de leur projet commun ‘Rereading Brahms’ (Relire Brahms) qui s’est concrétisé ensuite par l’enregistrement des quatre symphonies. 

Pour ces deux concerts, le programme comporte d’abord l’ouverture que Gioacchino Rossini avait élaborée pour L’Italiana in Algeri, créée triomphalement au Teatro San Benedetto de Venise le 22 mai 1813. Par un lent pizzicato de cordes, se dessinent les huit mesures d’introduction d’où se dégage le hautbois en rubato libre auquel répond la flûte ; suit un allegro enlevé comme un presto que domine un piccolo brillant suscitant le contraste des phrasés.

Entre alors en scène la pianiste géorgienne Khatia Buniatishvili, amplement médiatisée pour son look de star rehaussé d’une robe rouge à corset pailleté. A la distance d’une semaine, elle s’attaque au Troisième Concerto en ut mineur op.37 de Beethoven qu’Elisabeth Leonskaya venait de présenter avec l’Orchestre de la Suisse Romande. A la première de ces dames, toute de sobriété réservée, succède une belle jeune femme au style maniéré avec déhanchement du buste à vous donner le mal de mer ! A la longue introduction orchestrale où le chef privilégie la partie des vents pour donner ardeur au legato, la soliste répond par un jeu perlé peu expansif mais qui a au moins le mérite d’être précis. La volonté délibérée d’opposer à outrance les coloris fait passer d’un pianissimo épuré à un lyrisme boursouflé cravaché par le mors aux dents qui lui permettra ensuite d’exhiber une technique aguerrie dans la cadenza.  Le Largo se cherche d’abord dans un motif morcelé qui restera à fleur de clavier tandis que se développera une série d’arpèges presque imperceptibles nimbant le dialogue de la flûte et du basson. Et le Rondò est livré à l’arraché avec la nervosité de la virtuose malaxant ses octaves pour conférer de l’éclat à la stretta. En bis, l’Impromptu en sol bémol majeur op.90 n.3 de Schubert à la sonorité chichiteuse comme s’il émanait d’un rêve lointain. 

Quel tout autre relief prendra la Quatrième Symphonie en ut mineur dite ‘Tragique’ de Franz Schubert. Et c’est effectivement à ce qualificatif qu’est rattachée la sombre Introduction  ponctuée par les cordes graves, alors que l’Allegro vivace  devient cinglant par la tension dynamisant le propos et rendant la stretta véhémente. L’Andante est empreint de mélancolie retenue où les cordes tentent de répondre aux souffleurs, avant de parvenir à la section médiane qui produit ici l’effet d’un véritable coup de théâtre. Par l’insistance sur l’accentuation, le Menuetto Allegro vivace affiche une vigueur qu’atténueront les bois voulant faire chanter le Trio, tandis que le Finale profitera du serpentement des cordes pour répandre une frénésie émoustillante, entrecoupée de longs silences  étranges…

Notons aussi que, depuis le début de saison, chaque concert est précédé d’un prologue d’une dizaine de minutes permettant à de jeunes artistes, finalistes du Concours de musique de chambre du Pour-cent culturel Migros, de se produire devant un large public. Ce fut le cas avec le magnifique Barvinsky Piano Trio réunissant deux musiciens ukrainiens, le pianiste Andriy Dragan et le violoniste Vasyl Zatshikha, et le violoncelliste sicilien Alessio Pianelli, interprétant avec panache Reperto n.12 de Giovanni Sollima et le finale du Deuxième Trio avec piano de Dimitri Chostakovitch. Bon vent à eux trois !                                                                   

Paul-André Demierre

Genève, Victoria Hall, le 20 février 2020

Crédits photographiques : Reinhard Winkler                                                                                           

Un commentaire

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    Jean Montambeault

    Madame Buniatishvili est la seule pianiste qui a su du bout de ses doigts nous toucher au cœur, ma femme et moi, et ce bien avant que nous n'ayons la moindre idée de son apparence, ses façons, pas même de son âge. Elle est une immense artiste. Sa grande différence est qu'elle donne de la matière à la musique. Que la grande tradition des éthérés refuse de lui laisser la place qui lui revient est sans conséquence; leurs doigts de fantômes ne peuvent la toucher.

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