Le désert de Baudouin de Jaer sur un livret de Stéphane Arcas

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Ce jeudi 13 avril, le public du Namur Concert Hall a pu assister à la création de l'œuvre Le désert de Baudouin de Jaer, sur un livret de Stéphane Arcas, également à la mise en scène et à la scénographie. Deuxième acte d’un opéra en triptyque dont chaque partie peut être interprétée séparément, Le désert est la dernière section de l'œuvre à être créée, après La forêt et L’argent. Il aura fallu douze ans au compositeur belge pour arriver au bout de son projet. 

Ni une pièce de théâtre, ni totalement un opéra, l'œuvre de Baudouin de Jaer allie un jeu théâtral très développé, un chant principalement monocorde à la limite du récitatif et un accompagnement musical tantôt fourni, tantôt fort réduit. Le texte de Stéphane Arcas est plutôt déroutant, passant d’un sujet à l’autre assez brusquement. Il est divisé en trois grandes parties : une déclaration d’amour, une scène de guerre dans le désert et la vie amoureuse de deux personnes dans une banlieue. Souvent drôle, toujours déconcertant, quelques passages laissent entrevoir la réflexion profonde derrière cette abondance d’informations diverses. 

Très bien interprété par l’ensemble Besides sous la direction de Diego Borrello, l’accompagnement musical voyage d’une époque à l’autre. Tantôt plus “classique”, avec notamment une passacaille pour débuter l'œuvre, tantôt plus contemporaine avec, par exemple, l’utilisation de sons électroniques, la musique est beaucoup moins présente que d’ordinaire. L’effectif instrumental sort lui aussi des sentiers battus, avec une flûte, un saxophone, une guitare électrique et une acoustique, une harpe, diverses percussions, un clavier, les sons électroniques, un violon et un violoncelle. 

L’amico Fritz de Mascagni à Florence, un bain de jouvence sur DVD 

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Pietro Mascagni (1863-1945) : L’amico Fritz, comédie lyrique en trois actes. Salome Jicia (Suzel) ; Charles Castronovo (Fritz Kobus) ; Teresa Iervolino (Beppe) ; Massimo Cavalletti (le rabbin David) ; Chœurs et Orchestre du Mai Musical Florentin, direction Riccardo Frizza. 2022. Notice et synopsis en italien et en anglais. Sous-titres en italien, en anglais, en français, en allemand, en japonais et en coréen. 103’00’’. Un DVD Dynamic 37960. Aussi disponible en Blu Ray.

Autour du hautbois, un vibrant hommage à J.F. Fasch, Kapellmeister de la Cour de Zerbst

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Fasch’s Oboe. Music at the Zerbst Court. Johann Friedrich Fasch (1688-1758) : Ouverture et Fugue FaWV K:d4 ; Lamento FaWV O:F1 ; Prélude FaWV K:G19 ; Concerto pour deux hautbois FaWV L:g4 ; Sonate en canon FaWV N:d4 ; Quatuor FaWV N:d3 ; Concerto pour hautbois FaWV L:a1. Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Concerto pour hautbois TWV 51:G2. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sinfonia de la cantate BWV 21 ; Sinfonia de la cantate BWV 156. Musica Gloria. Nele Vertommen, hautbois et direction. Evgeny Sviridov, Anna Dmitrieva, violon. Lena Rademann, alto. Evan Bottar, violoncelle. Nathalie Petibon, hautbois. Isabel Favilla, basson. Beniamino Paganini, clavecin. Avril-mai 2021. Livret en anglais, allemand. TT 61’22. Pan Classics PC 10435 

Eric Sleichim, BL!NDMAN et les ICONS 

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L’ensemble belge BL!NDMAN fait paraître un coffret titré ICONS et qui rend hommage aux grandes figures de la musique minimaliste :  Steve Reich, Philip Glass, Terry Riley. Chacun de ces compositeurs est à l’honneur dans l’un des trois albums de ce coffret événement. En prélude à des concerts de lancement d’ICONS, Crescendo-Magazine est heureux de s’entretenir avec le formidable Eric Sleichim, fondateur et animateur de BL!NDMAN.

La présentation de cette nouvelle parution énonce “La musique minimale est une source d'inspiration pour Eric Sleichim depuis les années 1980.“ En quoi la musique minimaliste est-elle une source d’inspiration pour vous ? Quel a été votre premier contact avec cette musique ? 

J’ai découvert Steve Reich et la musique minimaliste en 1983, lorsque avec Thierry De Mey, Peter Vermeersch et Walter Hus nous avons travaillé sur la musique de "Rosas danse Rosas" d'Anne Teresa De Keersmaeker. Dans ses deux chorégraphies précédentes, la démarche structurelle de Anne Teresa s’était déjà nourrie de la musique de Steve Reich.

Pour la musique de Rosas, nous avons combiné les mécanismes de composition des minimalistes avec une recherche de textures sonores originales à partir d’un effectif instrumental ‘Arte Povere’ -c’est à dire l’utilisation de cadres de pianos démantelés, ressorts de suspension de voitures et autres objets ’trouvés’ amplifiés si nécessaire. De cette collaboration est né Maximalist! appelé par la presse d'alors ‘Le groupe de rock post-moderne à ne pas manquer'.

A cette époque, j'étudiais aux conservatoires de Bruxelles et de Liège et j’étais à la recherche d’une musique (in)pertinente et surtout d'un répertoire pour mon instrument, le saxophone. Mécontent du répertoire existant pour l’instrument en ce temps, une vision maximaliste de la musique ainsi qu’une démarche rebelle (le punk était encore bien présent) formaient la clef de voûte pour le projet que je fonderai quelques années plus tard : BL!NDMAN. La musique minimaliste était et représente encore toujours un pont entre une attitude ‘rock-alternative’ et une musique classique contemporaine.

Des courants musicaux nés dans la seconde moitié du XXe siècle, la musique minimale reste l’un des plus populaires et l’un des rares mouvements issus de la musique savante à avoir franchi les barrières très étroites entre les styles. Qu’est-ce qui, selon vous, continue de séduire le public dans la musique minimale ?

De prime abord, le fait que cette musique est principalement consonante -même plus d’un siècle après les premières œuvres atonales de Schoenberg, le public qui se complait de l'atonalité et de l’esthétique weberniène reste fort réduit. 

Et la manipulation de phrases mélodiques plus ou moins simples qui, de par leur répétition, deviennent très reconnaissables et élaborées dans une structure longue avec une pulsation souvent monolithique, en font une musique dans laquelle un large public se sent réconforté de par sa prévisibilité.

De plus c’est une musique qui se prête à des effectifs très variables utilisant des instrumentations ‘modernes’ et/ou empruntées aux musiques du monde. On se trouve souvent loin du son traditionnel de l’orchestre symphonique ou de diverses formations de musique de chambre classique.

Alessandro Marangoni, intégralement Rossini au piano  

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Cette année, le jury des International Classical Music Awards (ICMA) récompense le pianiste italien Alessandro Marangoni avec un prix spécial pour son enregistrement de l’intégrale des Péchés de vieillesse de Rossini. Nombreux sont les pianistes qui ont abordé, ces quinze dernières années, les pièces et bribes curieuses et provocantes des quatorze volumes de Péchés de vieillesse, l'énigmatique testament musical du vieux Rossini. L’intégrale de Marangoni est cependant la première vraiment complète, s'étendant à toute la musique de chambre et à toutes les pièces vocales (presque toutes enregistrées avec des chanteurs italiens), y compris des pièces contemporaines des Péchés mais absentes des volumes de la collection officielle, ainsi qu'une vingtaine de pièces inédites récemment découvertes. C'est une œuvre exigeante, pleine de surprises, car les quelque deux cents pièces de ce corpus sont stylistiquement très hétérogènes et dessinent le portrait d'un compositeur sournois et ironique. Le musicien, passionné par les découvertes et les répertoires rares, s’entretient avec Nicola Cattò et Luca Segalla du magazine Musica

Comment est né ce projet ? Et comment a-t-il évolué en cours de route ?

Le projet est né un peu par hasard : je ne connaissais pas cette énorme quantité de musique rossinienne. Alors que j'étudiais avec Maria Tipo, elle m'a dit un jour qu'elle avait joué des Péchés quand elle était jeune, et qu'elle pensait que ça me conviendrait. J'ai donc commencé à faire des recherches et j'ai réalisé l'ampleur de cette production : j'ai compris que ce serait un excellent travail non seulement en tant que pianiste, mais aussi en tant que chercheur, ce qui me passionnait beaucoup. Les partitions n'étaient pas facilement disponibles, souvent épuisées… J'ai donc commencé -c'était en 2008- à penser à rassembler une sélection de Péchés pour un seul CD ; mais j'ai remarqué qu'il n'existait pas de véritable version complète de ce répertoire, alors j'ai proposé à Naxos, ma maison de disques, de combler cette lacune. Ils ont réagi avec enthousiasme. Mais le projet initial a grandi au fil des années, grâce aussi à la contribution d'amis du calibre d'Alberto Zedda, Bruno Cagli (qui a été le premier à me donner quelques manuscrits qu'il possédait) et au travail avec la Fondation Rossini, qui a mis les manuscrits à ma disposition. Nous, les pianistes, avons l'habitude de travailler avec des partitions publiées. C'était inhabituel et passionnant. Certaines pièces de cette intégrale n'avaient jamais été enregistrées, d'autres étaient vraiment inconnues, comme le Tema e variazioni qui se trouvait, entre autres, à la Fondation Rossini et avait échappé à tout le monde (il ne figurait pas dans le catalogue de Péchés que Rossini lui-même avait compilé).

Combien de pages ont été données en première mondiale ?

Vingt. Et ce n'est pas tout. Il y a quelques pièces découvertes plus tard. L'une le fut même le lendemain de la fin des enregistrements. Ce sont deux petites choses, mais je les aurais incluses sur les CD ! Et il y aura probablement d'autres découvertes.

Pages sacrées de Frank Martin et Maurice Duruflé : sérénité et fluidité

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Frank Martin (1890-1974) : Messe pour double chœur a cappella ; Maurice Duruflé (1902-1986) : Requiem op. 9. Juliette Mey, mezzo-soprano ; Alain Buet, baryton ; Jérôme Cuvillier, violoncelle ; William Fielding, orgue ; La Maîtrise de Toulouse, direction Mark Opstad. 2022. Notice en français et en anglais. Textes sacrés en latin, en français et en anglais. 67.08. Regent REGCD557.

Intégrale du Songbook de 1611 : le radieux chant du cygne de Byrd

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William Byrd (c1540-1623) : Psalmes, Songs and Sonnets. The Eagle's force ; Of Flattering Speech ; In Winter Cold ; Whereat an Ant ; Who Looks may Leap ; Sing ye to our God ; I have been young, but now am old ; In crystal towers ; The sweet and merry month of May ; Let Not The Sluggish Sleep ; A feigned friend ; Awake mine eyes ; Come jolly swains ; What is life, or worldly pleasure? ; Fantasia a 4 ; Come Let Us Rejoice ; Retire, my soul ; Arise Lord into thy rest ; Come, woeful Orpheus ; Sing we merrily unto God our strength ; Blow up the trumpet ; Crowned with flow'rs and lilies ; Wedded to will is witless ; Make ye joy to God all the earth ; Have mercy upon me, O God ; Fantasia a 6 ; This Day Christ was Born ; O God that guides the cheerful sun ; Praise our Lord, all ye Gentiles ; Turn our captivity ; Ah silly Soul ; How vain the toils. The Sixteen, dir Harry Christophers. Fretwork. Emily Ashton, Richard Boothby, Jacob Garside, Reiko Ichise, Joanna Levine, Asako Morikawa, viole. Livret en anglais (avec paroles des chants). Juin 2021. TT 46’52 + 42’43. Coro COR 16193.