Un éventaire de sensations fortes, placardées par l’ensemble Delirium Musicum

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Cabinet of Curiosities. Œuvres de Nicholas Roubanis (1880-1968), Erik Satie (1866-1925), Gabriella Smith (*1991), Jean-Féry Rebel (1666-1747), Florence Price (1887-1953), Philip Glass (*1937), Franz Schubert (1797-1828), Bernard Herrmann (1911-1975), Samuel Barber (1910-1981), Camille Saint-Saëns (1835-1921), Jisoo Lee (*2000), Arvo Pärt (*1935). Delirium Musicum, Étienne Gara. Livret en français, anglais, allemand. Mai 2024 et janvier 2025. 65’46’’. Warner 5021732844637

Trop tôt disparue, la Croate Dora Pejačević a laissé un intéressant catalogue orchestral 

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Dora Pejačević (1885-1923) : Intégrale des œuvres avec orchestre. Verwandlung, op. 37b ; Liebeslied op. 39 ; Zwei Schmetterlingslieder op. 52 ; Symphonie en fa mineur op. 41 ; Fantaisie concertante en ré mineur op. 48 ; Ouverture en ré mineur op. 49 ; Concerto pour piano et orchestre en sol mineur op. 33 ; Nocturne en do majeur op. 50/1, arrangement Igor Kuljerić. Annika Schlicht, mezzo-soprano ; Martina Filjak, piano ; Staatskapelle Weimar, direction Ivan Repušić. 2024/25. Notice en allemand et en anglais. 110’ 13’’. Un album de deux CD Audite 23.499. 

5 albums pour passer la semaine : la sélection du lundi

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1. Pájaros Mágicos par Dudamel et le LAPO

Heitor Villa-Lobos - Igor Stravinsky, Los Angeles Philharmonic, direction : Gustavo Dudamel. Platoon

Dudamel et le Los Angeles Philharmonic livrent une interprétation vibrante des œuvres de Villa-Lobos (ballet Uirapuru) et Stravinsky (Suire de 1919 de l'Oiseau de feu), où la précision orchestrale rencontre une énergie contagieuse. La direction incisive de Dudamel sculpte chaque phrasé avec une clarté remarquable, offrant une lecture à la fois fidèle et audacieuse. Le fini instrumental, d'une transparence impeccable, met en lumière la richesse des timbres et la dynamique explosive de ces oeuvres de démonstration. Dans Uirapuru, le chef plie le jeu discographique !

2. Haydn - Lalo avec Bruno Delepelaire

Haydn - Lalo : Concertos pour violoncelle. Bruno Delepelaire, violoncelle. Berliner Philharmoniker, direction : Michael Sanderling et Tugan Sokhiev. Berlin Phil Recording

Bruno Delepelaire, violoncelle solo des Berliner Philharmoniker, est ici documenté sous la direction de Sokhiev et Sanderling dans deux concertos pas si fréquents : le n°2 de Haydn et celui de Lalo. . Bruno Delepelaire brille par sa technique irréprochable et sa qualité de son, parfaitement secondé par les chefs et les pupitres des Berliner Philharmoniker.

ICMA 2026: Un concert de gala des grands soirs

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À l’issue d'une remise haute en couleurs des International Classical Music Awards de l'année, égayée par un « Happy birthday, dear Bambergers » entonné par la soprano américaine Melody Moore et repris en choeur par l’assemblée, le Bamberger Siymphoniker a livré un concert-marathon d'excellente tenue. Le programme, présenté par Annekatrin Hentschel (BR Klassik), rendait naturellement hommage aux lauréats de l’édition 2026 des ICMA, et en particulier à l’orchestre bavarois, récipiendaire d’un Special Achievement Award, qui célèbre cette année son quatre-vingtième anniversaire.

En poste depuis dix ans, son chef principal, le Tchèque Jakub Hrůša (sacré artiste de l’année), fut fougueusement accueilli par le public bambergois et ses autorités de tutelle. Il mit le feu aux poudres avec l’Ouverture Léonore n° 3 – celle-là même sur laquelle avait débuté, le 20 mars 1946, le premier concert donné par le Bamberger Tonkünstlerorchester, sous la baguette de Bertil Wetzelsberger. D’entrée de jeu, la sonorité homogène et détonante du Bamberger saisit nos oreilles, dégageant dans l’énigmatique introduction, aux confins du silence, une puissance émotionelle aussi captivante que dans le climax ultérieur, qui s’imposa au terme d’un crescendo merveilleusement amené. L’ensemble, radieux dans tous les pupitres (mention spéciale à la première flûte), ravit par sa superbe autant que par la précision millimétrique de son intonation.   

La soirée, animée au micro par Annekatrin Hentschel (BR Klassik), se poursuivit par une allocution du ministre bavarois des Sciences et des Arts, Markus Blume. Ce dernier fut bientôt relayé par l’Allegro vivace du Concerto pour alto et orchestre de Béla Bartók, brillamment servi par le tempérament volcanique et la technique éblouissante de Nils Mönkemeyer. Suivirent les deux premiers interludes du remarquable oratorio PASSIO du compositeur hongrois Péter Zombola (compositeur de l’année). Dans le premier, sombre et affligé, des accords se relaient, en tuilage, d’un pupitre à l’autre, tissant un choral fantomatique en lambeaux dont l’épaisseur ne cesse d’enfler, jusqu’à retentir à l’orchestre au grand complet. Le second fait la part belle aux cordes qui, furioso, propulsent des accords sur un rythme régulier émaillé de syncopes, fréquemment interrompus par les déflagrations d’une tonique dans le grave. Le tutti orchestral, scandé par un rythme de marche imprimé par des timbales déchaînées, clôt le mouvement dans un sentiment d'effroi. Tout se passe comme si la Danse sacrale de Stravinsky flirait ici avec le Trisagion d’Arvo Pärt (!).

Au Palais Garnier, des empreintes pas toujours très profondes mais fort esthétiques

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Il s’agissait de l’un des programmes les plus attendus de l’année, réunissant deux créations. La première, signée Morgann Runacre-Temple et Jessica Wright, ainsi que la seconde, par Marcos Morau, prennent toutes deux, en un sens, le contrepied de l’art chorégraphique tel qu’il est habituellement abordé. Si le rendu visuel est par moment brillant, les propos ainsi que les langages chorégraphiques associés ont de leur côté un air de déjà vu.

L’Arena de « Jess and Morgs » portait l’ambition d’aborder la technologie — et plus particulièrement la vidéo — simultanément comme thème et moyen d’expression. Si la pièce tire son nom du postulat de ses protagonistes, où chacun tente de se démarquer des autres, cette quête du quart d’heure warholien prend plusieurs tournures successives. Ainsi, tout commence par une audition, ponctuée de différents solos simultanés, avant que le plafond ne s’affaisse pour devenir, à l’instar des murs du décor, un écran sur lequel seront projetées des vidéos des danseurs, pour la plupart en prise de vue réelle, filmées par les danseurs eux-mêmes à l’aide de deux caméras. Si cette utilisation de la vidéo n’a en soi rien de nouveau, étant utilisée en art dramatique depuis des années, l’on occulte trop souvent que la prise de vue « live » nécessite sa propre chorégraphie des caméras, en parallèle de celle des danseurs, celle-ci étant particulièrement réussie, à en juger par les effets de cadrages et travellings successifs. Ce sont ainsi littéralement deux visions de la danse qui se juxtaposent. C’est finalement par l’ajout d’une nuée de téléphones portables que l’on finit par tomber dans la surmédiatisation.

Au-delà du propos, l’on s’interroge sur l’utilité des trios et autres mouvements de groupe aux alentours de la trentième minute, ces derniers s’inscrivant en antagonisme avec le propos. En principal soliste, Loup Marcault-Derouard convainc, tant par sa présence scénique que par son investissement dramatique, particulièrement saillant grâce aux gros plans dont il fait l’objet. Mention particulière également pour Koharu Yamamoto, dont le classicisme technique diffère sensiblement du reste des danseurs, plus coutumiers des pièces contemporaines au sein de la compagnie ; Caroline Osmont, Ida Viikinkoski et Nine Seropian en tête. Mention particulière également pour la réflexion autour de la spatialisation de la musique, signée Mikael Karlsson, et des projections.

Véronique Gens et l’Ensemble Les Surprises, en pleine et souveraine majesté

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Reines. Airs et Pages instrumentales d’Antoine Dauvergne (1713-1797), Henry Desmarest (1661-1741), André Cardinal Destouches (1672-1749)), François Francoeur (1698-1787), Michel Pignolet de Montéclair (1667-1737), Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Pancrace Royer (1703-1755), François-Joseph Salomon (1649-1732), Jean-Baptiste Stuck (1680-1755) et Joseph Valette de Montigny (1665-1738). Véronique Gens, soprano ; Ensemble Les Surprises, direction Louis-Noël Bestion de Camboulas. 2025. Notice en français, en anglais et en allemand. Textes chantés reproduits, avec traduction anglaise. 52’ 43’. Alpha 1205.