Carlos Païta, filiations tchèques 

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Antonín Dvořák (1841-1904): symphonies n°7 à n°9Leoš Janáček (1854-1928) : Taras Bulba. Philharmonic Symphony Orchestra et Royal Philharmonic Orchestra, direction : Carlos Païta. 1980-1982-1989. Livret en français et anglais. 2h16’21’’. 2 CD Palais des Dégustateurs PDD045. 

A Genève, une magnifique Leonora Armellini pour ouvrir le Festival Chopin

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Depuis 1997, un Festival Chopin a lieu chaque automne à Genève grâce à la ténacité enthousiaste de sa présidente, Aldona Budrewicz-Jacobson. Pour le premier concert du 2 octobre en la Salle Franz Liszt du Conservatoire, est affichée Leonora Armellini, native de Padoue qui y a obtenu un diplôme summa cum laude à l’âge de douze ans sous l’égide de Laura Palmieri, avant de poursuivre ses études à l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia de Rome dans la classe de Sergio Perticaroli, puis de se perfectionner auprès de Lilya Zilberstein à Hambourg et de Boris Petrushansky à Imola. AU XVIe Concours Chopin de Varsovie en 2010, elle a obtenu le troisième prix et dès l’automne 2011, elle a pris part au Festival Chopin de Genève où elle reparaît pour la quatrième fois.

A Genève, un pianiste de classe, Rudolf Buchbinder

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Pour sa prestigieuse série ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence de concerts Caecilia invite en ouverture de saison le pianiste autrichien Rudolf Buchbinder à donner un récital au Victoria Hall, alors que, d’habitude, à Genève, il se produit régulièrement avec orchestre.

Son programme du mercredi 1er octobre commence par une page de Mozart, les Douze Variations sur ‘Ah, vous dirais-je, maman’ K. 265/300e datant vraisemblablement des années 1780-1781. Rudolf Buchbinder en énonce le thème avec la limpidité d’une simple chanson qu’il ornemente de passaggi volubiles et de piquants détachés sur une basse bourdonnante, tout en lui conférant la rigueur mécanique du clavecin. La Huitième Variation en mineur charge le propos d’un coloris Sturm und Drang qu’atténue le cantabile de l’Adagio amenant à un Final brillant par ses doublures d’octaves.

Musica, les sons du monde

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Je ne connais Strasbourg que superficiellement et y loger trois nuits à deux pas de la cathédrale Notre-Dame ne va pas m’aider à approfondir mes pérégrinations (l’une ou l’autre flammeküche, bien sûr – et le halo de graillon qui imprègne les vêtements, les cheveux et la ville en général –, une bière de-ci de-là, le pavage imprécis de ses ruelles médiévales bordées de maisons à colombages, les conversations où l’alsacien – le natif – et l’allemand – le touriste – côtoient le français) sauf en ce qui concerne ses églises, nombreuses et dédiées ces jours-ci à la musique contemporaine (un hasard de mon choix de programme), enlevées quelques heures à leurs activités habituelles pour la 43ème édition du Festival Musica, qui s’étend sur deux semaines et demie – sur lesquelles je prélève un week-end prolongé.

Des harmonicas et une étoile

Ma première incursion plonge dans la prospective Québec / Canada (une autre est consacrée à la Pologne, tandis que le jeune public se voit doté d’un mini musica spécifique et que Mulhouse accueille le week-end de clôture) que démarre HANATSUmiroir (un projet alsacien à géométrie variable – et élargi autour de la musique – fondé par la flûtiste Ayako Okubo et le percussionniste Olivier Maurel) avec deux pièces de Nicole Lizée, compositrice canadienne aux racines éparses (la culture vidéo – les jeux, MTV – et la rave, le DJing, le cinéma des années 1960, les bugs des vieilles machines modernes…) : Ouijist reflète cette sur-hybridation, au point que l’éclatement des points de repère tient lieu de ligne de conduite – les éléments sonores se surimposent de façon à déstructurer la compréhension des relations qu’ils pourraient entretenir entre eux ; Colliding Galaxies poursuit la logique de déséquilibre, mêlant souffles et frottements de papiers, clap hands aux instruments, le tout suspendu à la projection en arrière-plan d’images en mouvement, abstraites ou déformées, de la partition ou de l’astronaute en rotation dans l’espace Kubrickien (HAL est toujours aussi inquiétant) – des deux œuvres, je penche pour la seconde, mais, à défaut d’une conviction franche, être décontenancé est un incitant à réécouter, approfondir, exercer sa curiosité.

L'Orchestre philharmonique national «Transylvania » de Cluj-Napoca accueillera le gala 2027 des ICMA

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Cluj-Napoca accueillera, pour la première fois en Roumanie, le gala des International Classical Music Awards (ICMA). L'annonce a été faite vendredi 3 octobre 2025 lors d'une conférence de presse tenue à Cluj-Napoca. L'Orchestre philharmonique national « Transylvania » accueillera cet événement, qui aura lieu le 9 avril 2027 dans la salle Héritage de l'Académie nationale de musique « Gheorghe Dima ».

Outre les représentants de l'Orchestre philharmonique, la directrice Silvia Sbârciu  et la directrice adjointe Erna Weghofer Vad, la conférence de presse a réuni Rémy Franck, journaliste et président du jury des ICMA ; David Zsoldos, fondateur et PDG de Papageno, une publication hongroise de premier plan et membre du jury des ICMA ; Cristina Comandașu, directrice de Radio România Muzical et membre du jury des ICMA, activement engagée dans la promotion des valeurs musicales roumaines et internationales ; Cristina Uruc, directrice d'ARTEXIM (l'institution qui organise le Festival et le Concours George Enescu) et présidente de l'Association européenne des agents artistiques (AEAA), forte d'une vaste expérience dans la gestion culturelle, et Vákár István-Valentin, vice-président du Conseil départemental de Cluj.

L'événement de 2027 réunira à Cluj des lauréats exceptionnels et des représentants de l'industrie musicale internationale, dans l'un des lieux culturels les plus prestigieux d'Europe.

Répondant aux questions de la presse, Rémy Franck, président de l'ICMA, a souligné :

« Nous sommes très heureux d'avoir l'Orchestre philharmonique d'État de Transylvanie comme partenaire pour cet événement. Cluj-Napoca est une ville riche d'une tradition musicale multiculturelle et d'une vie musicale dynamique. Nous sommes particulièrement heureux d'organiser le gala dans la nouvelle salle Héritage, un lieu moderne et magnifique doté d'une acoustique de pointe. »

On a osé Joséphine : Adèle Charvet chante Joséphine Baker

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Rares sont les concerts allant au bout d’une promesse à vouloir rendre hommage à une personnalité dont les activités dépassent le champ de la musique. Produit par le Théâtre des Champs-Élysées et réunissant la mezzo-soprano Adèle Charvet, le chef d’orchestre David Reiland et l’Orchestre de Picardie, le concert dédié à Joséphine Baker tient-il ses promesses ?

En deux parties contrastantes (acoustique/amplifiée, classique/music-hall), la soirée s’est articulée autour du talent d’Adèle Charvet, très incarnée et naturelle aussi bien dans la chanson que dans la nouvelle pièce de Caroline Marçot, Chalk Linefrom Clotilda to Joséphine, qui explore le timbre alto, boisé et ample, de la chanteuse mezzo-soprano.

Commandé par Consortium créatif (réunissant cinq orchestres français qui s’unissent pour favoriser la création et partager ainsi les coûts de la production), la nouvelle pièce de Caroline Marçot s’attaque à un projet audacieux – mettre en musique le discours de Joséphine Baker, prononcé au Lincoln Memorial de Washington le 28 août 1963 lors de la marche pour l’emploi et la liberté des Noirs américains. Au-delà des styles jazz et blues, traités dans une écriture très concise pour un orchestre mozartien, ce sont des mots, et non un univers psychologique de Joséphine Baker, qui sont saisis musicalement.

À l’écoute et à la vue (car une projection vidéo accompagne la musique avec des images de paysages, de manifestants dans les rues, du visage d’Adèle Charvet et des bribes du texte chanté : Freedom, Hope, etc.), l’expérience est hypnotisante jusqu’au moment où l’on s’installe confortablement dans un univers sonore entre gospel et prédication. 

Rempli de références textuelles et musicales (Nina Simone, Daisy Bates, Mahalia Jackson, Lena Horne, cake-walk, chanson de travail Old Alabama), c’est moins la voix de la compositrice que celle d’une assembleuse de différents éléments qui transparaît à travers cette pièce qui sonne déjà un peu familière. En effet, Chalk Line semble rejoindre ces œuvres qui, par leur actualité brûlante, manquent leur rencontre avec le monde contemporain, déjà plus contemporain que celui d’hier. Certaines notions textuelles ne sont-elles pas déjà remises en question dans ces mêmes États-Unis qu’évoque l’œuvre ?

Chalk Line marque un énorme point et se démarque d’ores et déjà dans le contexte de la musique contemporaine française, qui se saisit rarement des sujets du genre, encore moins de la race, mais elle se tient comme un monument ne remettant pas en question sa propre histoire. 

La Traviata ouvre la saison à Rouen

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L’Opéra de Rouen-Normandie a choisi La Traviata de Verdi pour inaugurer sa saison. La production, créée au Festival d’Aix-en-Provence en 2011 sous la direction de Jean-François Sivadier, a déjà largement circulé et s’est imposée comme une mise en scène de référence. Les lyricomanes la connaissent bien, mais cette reprise recelait une nouveauté : les débuts européens de Chelsea Lehnea dans le rôle de Violetta.

La soprano américaine, jusqu’ici entendue essentiellement aux États-Unis, choisit donc l’Europe et Verdi pour marquer une étape décisive de sa carrière. À en croire son propre parcours, visible sur son site, il s’agit à la fois d’un premier engagement sur le Vieux Continent et d’une prise de rôle. L’enjeu était considérable et cela s’est ressenti dès le premier acte. Là où la partition demande une virtuosité d’emblée, avec des aigus constants et une écriture presque acrobatique, Lehnea peine à trouver une stabilité. La voix, souvent placée un rien au-dessus de la note, semble trahir une tension intérieure. Mais la chanteuse ne se laisse pas intimider : elle cherche au contraire à marquer son originalité, prolongeant la dernière note de « Sempre libera » pour affirmer sa présence, quitte à frôler l’instabilité.

À partir de l’acte II, l’équilibre change. La soprano semble mieux trouver ses appuis dans le personnage, plus incarné. Le dilemme imposé par Germont entre son amour pour Alfredo et le sacrifice de son bonheur s’incarne avec intensité : l’auditoire ressent le poids de la contrainte autant que la sincérité du désir. Lehnea attire le spectateur dans l’histoire, et l’émotion gagne en justesse. L’acte III, celui de la fin tragique, s’avère le plus abouti. Ici, la tension vocale du début a disparu. Dans « Addio del passato » puis dans « Parigi, o cara », elle propose une ligne claire et apaisée, le timbre s’allège, la projection se stabilise. Sa Violetta prend alors des accents touchants. Sa présence scénique, renforcée par une chevelure blond platine qu’elle utilise comme un véritable accessoire dramatique, achève de convaincre le public de son potentiel.

Ostinato et décadence : études de style par Mona Hartmann à l’orgue de Papenburg

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Chaconne 1927. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Chaconne pour violon en ré mineur BWV 1004 (arrgmt Arno Landmann). Healey Willan (1880-1968) : Introduction, Passacaglia and Fugue en mi bémol mineur. Johann Nepomuk David (1895-1977) : Chaconne en la mineur. Karl Höller (1907-1987) : Ciacona Op. 54. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Passacaille de l’opéra Lady Macbeth de Mtsensk. Mona Hartmann, orgue Walcker de l’église St. Antonius de Papenburg. Livret en allemand, anglais. Mai 2024. SACD 69’17’’. Aeolus AE-11451

Arnold Schönberg, démystifié avec Kirill Petrenko 

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Arnold Schönberg (1874 - 1951) : Die Jakobsleiter, oratorio pour solistes, chœur et orchestre ;  Kammersymphonie n°1. Op. 9, Concerto pour violon et orchestre. Op.36 ;  Variations pour orchestre. Op. 31 ; Verklärte Nacht. Op. 4 (Version pour orchestre de 1943). Patricia Kopatchinskaja, violin, Wolfgang Koch (Gabriel, baryton), Daniel Behle (Ein Berufener, ténor), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Ein Aufrührerischer, ténor), Johannes Martin Kränzle (Ein Ringender, baryton), Gyula Orendt (Der Auserwählte, baryton), Stephan Rügamer (Der Mönch, ténor), Nicola Beller Carbone (Der Sterbende, soprano), Liv Redpath (Jasmin Delfs, Die Seele, soprano), Rundfunkchor Berlin, direction : Gijs Leenaars, Berliner Philharmoniker, Direction :  Kirill Petrenko. 2019-2024. Livret en anglais et allemand. 147mn.  Berliner Philharmoniker BPHR 250511