Vivaldi : réédition de Stagioni défendues en format chambriste et avec violoncello da spalla

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The Four Seasons. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concertos pour violon Op. 8 no 1-4 en mi majeur « La Primavera » RV 269, en sol mineur « L’Estate » RV 315, en fa majeur « L’Autumno » RV 293, en fa mineur « L’Inverno » RV 297. Concerto pour violoncelle en ré majeur RV 403. Sonate en ré mineur Op. 1 no 12 « La Follia ». La Petite Bande. Sigiswald Kuijken, Dmitry Badiarov, violon, violoncello da spalla. Sara Kuijken, Luis Otavio Santos, violon. Marleen Thiers, alto. Frank Asterribe, clavecin. Livret en anglais, français, allemand. Novembre 2006. 59’13’’. Accent ACC 24413

Mikhaïl Pletnev, l'inattendu musical  

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Mikhaïl Pletnev, The Erato Recordings  1988-2001.  Mikhaïl Pletnev, piano et direction ; Michael Collins, clarinette ;  Deutsche Kammerphilharmonie, Philharmonia Orchestra, direction :  Libor Pešek et Vladimir Fedoseyev.  1988-2001. Livret en anglais, allemand et français. 16 CD Warner. Référence 5 021732 661395.

Sir Antonio Pappano et son LSO, avec Janine Jensen, au sommet dans Chostakovitch, Britten et Beethoven

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Il y a un an, presque jour pour jour, Sir Antonio Pappano donnait son premier concert parisien à la tête de l’Orchestre Symphonique de Londres (LSO), dont il venait de prendre les rênes. Le public de la Philharmonie avait déjà été conquis. Un an plus tard, il l’est sans doute encore davantage. Dans les deux cas, des solistes absolument exceptionnelles étaient invitées : la pianiste Yuja Wang en 2024, la violoniste Janine Jensen en 2025.

Dire que le programme était lié à la Seconde Guerre mondiale serait sans doute inexact, si l’on s’en réfère aux dates de compositions. Mais si l’on prend en compte les contextes, et comment l’Histoire peut s’emparer des œuvres d’art, ce terrible conflit aura été tout de même extrêmement présent tout au long de la soirée.

Deux portraits de Binchois, par Le Miroir de Musique et Les Alizés

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Loyal Souvenir. Gilles Binchois (c1400-1460), œuvres sacrées, chansons, intabulations. Le Miroir de musique. Grace Newcombe, soprano, harpe, orgue gothiques. Dorothea Jakob, soprano. Sabine Lutzenberger, Tessa Roos, mezzo-soprano. Ivo Haun de Oliveira, Jacob Lawrence, ténor. Cyprien Sadek, baryton. Claire Piganiol, harpe gothique. Elizabeth Rumsey, vielle, viola d’arco. Aliénor Wolteche, vielle. Silke Schulze, bombarde, flûte, tabor. Marc Lewon, guiterne, luth. Rui Stähelin, luth. Henry van Engen, trompette à coulisse. Baptiste Romain, vielle, rebec, cornemuse, direction. 2024. Livret en anglais, français, allemand ; paroles en langue originale et traduction trilingue. 74’14’’. Ricercar RIC 473

Adieu Ma Doulce. Gilles Binchois (c1400-1460) : Adieu ma doulce. Amours merchi. Triste plaisir. Joyeux penser et souvenir. Deuil angoysseux. Je loe amors. En regardant. Bien puist. Adieu mon amoureux joye. Ma dame que j’ayme. Adieu, jusques je vous revoye. Amoreux suy. Les tres doulx yeux. Qui veut mesdire. Ensemble Les Alizés. Clémence Comte, flûte à bec, direction. Capucine Keller, voix. Liam Fennelly, Myriam Ropars, vielle. Nolwenn Le Guern, vielle, rebec. Angélique Mauillon, harpe médiévale. Étienne Demange, percussion. 2025. Livret en anglais, français ; paroles en langue originale et traduction en anglais. 59’58’’. Et’Cetera KTC 1836

Ouverture de saison à Monte-Carlo 

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L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo a inauguré sa saison par un concert symphonique prestigieux, marqué par l’émotion : c’est la dixième et dernière saison de Kazuki Yamada à sa tête. En neuf ans, la complicité entre le chef japonais et les musiciens s’est consolidée.  Il consacre cette dernière saison à une série de projets majeurs.

Ayant fondé une partie de sa notoriété sur de la musique française, Yamada a souvent mis en lumière Saint-Saëns, dont il a dirigé et enregistré les opéras Déjanire et L’Ancêtre pour Bru Zane . Ici, il proposait Phaéton, deuxième poème symphonique du compositeur, inspiré de la mythologie et du destin tragique du héros. Véritable fresque orchestrale, l’œuvre trouve sous sa baguette éclat et relief, chaque couleur de l’orchestre se déployant avec clarté. La Symphonie n°1, composée par Saint-Saëns à seulement 18 ans, suivait : pièce lumineuse et pleine de fraîcheur, servie par une interprétation limpide et élégante.

Hommage à Leif Segerstam à Aarhus 

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n°4 et n°7 ; Bedřich Smetana (1824-1884) : Vyšehrad, Vltava, Šárka extraits de Ma Vlast ; Rued Langgaard (1893-1952) : Symphonie n°5 “Steppenatur” ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°6 “Pastorale”. Aarhus Symphony Orchestra, direction : Leif Segerstam. 2019-2021. Livret en anglais. 4 CD Danacord. 941-944. 

Marcel Tadokoro, à la découverte d’Adolf von Henselt

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Le pianiste franco-japonais Marcel Tadokoro, lauréat de nombreux concours internationaux dont le prix spécial du Président du Jury au Van Cliburn 2022, fait paraître chez Naxos un premier album consacré aux Études pour piano du très méconnu Adolf von Henselt. Un tel choix, qui sort des sentiers battus, a titillé notre curiosité au point de nous entretenir avec l’artiste pour aller plus loins dans la découverte de ces partitions 

Pour votre premier album pour Naxos vous avez choisi les études de Adolf von Henselt. Ce n'est pas un choix coutumier ! Qu'est-ce qui vous a orienté vers ce compositeur ? Comment l'avez vous découvert ?

J’ai découvert Henselt grâce à un enregistrement de Sergei Rachmaninov, qui était un élève de Nikolai Zverev, lui-même disciple de Henselt. Celui-ci était l’un des pianistes que Rachmaninov admirait le plus.

Son enregistrement m’a si profondément touché que j’ai cherché ses partitions sitôt après cette rencontre.

Des études, il y en a de très très nombreuses dans le répertoire pianistique ! Quelles sont les caractéristiques des Études d'Adolf von Henselt ?

Je trouve que les caractéristiques des Études de Henselt résident dans le mélange entre un aspect poétique (comme le suggèrent les titres de chaque pièce, notamment dans l’opus 2) et une richesse harmonique marquée par l’usage abondant d’intervalles très larges, ce qui crée une atmosphère unique.

Autre trait marquant, les passages répétés ne sont presque jamais identiques : à chaque reprise, l’écriture est variée. Cela contraste avec l’approche de Chopin, qui laisse davantage de liberté à l’interprétation de l’exécutant. Chez Henselt, au contraire, tout est soigneusement noté, de sorte que nous avons un aperçu précieux des pratiques interprétatives de l’époque.

Est-ce que vous pensez que ces pièces pourraient s'imposer, un jour, comme des classiques du répertoire ?

Oui, absolument. Compositeur et pianiste virtuose allemand installé en Russie, Henselt a joué un rôle fondamental dans la formation pianistique russe, notamment à travers son activité pédagogique. À ce titre, il me semble être une figure incontournable pour quiconque souhaite approfondir la compréhension de la musique russe.

Par ailleurs, certaines de ses études présentent des éléments de musique à programme, ce qui les rend d’autant plus captivantes. Henselt mérite assurément une place bien plus importante dans le répertoire pianistique.

Nouvelles éditions raveliennes

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Les éditeurs préparaient le 150e anniversaire de la mort de Ravel depuis fort longtemps, car dès que ses œuvres sont tombées dans le domaine public (en 2008, 2016 ou 2022 selon les œuvres et selon les pays), les urtext ont commencé à fleurir sous l’autorité des meilleurs spécialistes. Œuvres fondamentales bien sûr, mais aussi raretés et pages jusqu’alors ignorées.

La Sérénade grotesque pour piano est considérée comme la première œuvre connue de Ravel. Il avait dix-huit ans et le témoignage de son camarade Gustave Mouchet atteste que Ravel la joua à son maître Émile Pessard au Conservatoire de Paris. Arbie Orenstein l’avait exhumée en 1975 chez Salabert. Henle en propose maintenant un urtext établi par Andreas Perpeintner probablement plus fiable dans la recherche des solutions aux problèmes posés par ce qui n’était qu’un devoir d’étudiant : le début du manuscrit est très précis puis les problèmes surgissent au fil des mesures, articulations, altérations erronées aux changements de clés, rythme… Chaque proposition est justifiée dans le commentaire critique. Doigtés de Cédric Tiberghien.

Ravel n’était guère plus âgé, et toujours étudiant au Conservatoire, lorsqu’il composa la cantate Sémiramis dont on ne connaissait l’existence que grâce aux carnets du pianiste Ricardo Viñes. Viñes attestait l’avoir entendue en 1902 à la classe d’orchestre sous la direction de Paul Taffanel. Le manuscrit, conservé à Montfort-l’Amaury dans la maison de Ravel, a été acquis par la BnF en 2000 et c’est grâce à la tenacité de François Dru que deux extraits (Prélude et danse) ont pu être publiés dans le cadre de la Ravel Edition et créés récemment par Gustavo Dudamel et l’Orchestre philharmonique de New York. Un troisième extrait, l’air de Manassès, sera créé à la fin de l’année à la Philharmonie de Paris sous la direction d’Alain Altinoglu. Le livret est celui de la cantate imposée au concours du Prix de Rome en 1900. Ravel n’y avait pas participé puisqu’il avait été éliminé dès la première épreuve. Alors pourquoi ce choix ? À l’époque, Ravel avait déjà livré des œuvres très personnelles comme les Jeux d’eau. Voulait-il montrer ce qu’il aurait pu faire s’il avait été admis à concourir ? L’écriture sage et respectueuse des normes académiques aurait peut-être plu à un jury au conservatisme exacerbé. Mystère. Néanmoins, pour une première approche de l’écriture orchestrale, tout y est, la finesse du trait, la précision des couleurs, même si les modèles restent visibles, notamment Rimski-Korsakov.

Autre œuvre de jeunesse découverte tardivement, L’Aurore, une pièce pour chœur et orchestre, avec une courte intervention de ténor solo, composée pour les épreuves préliminaires du Concours de Rome en 1905. Pour sa quatrième tentative, Ravel ne fut même pas admis aux épreuves finales, ce qui déchaîna un scandale dans la presse et dans le milieu musical. On disposait de l’édition Salabert, publiée il y a une trentaine d’années. Mais un véritable urtext s’imposait. Marc Rigaudière vient de le réaliser pour Carus, en remettant en situation cette œuvre beaucoup trop audacieuse pour le jury. Ravel avait déjà composé des œuvres marquantes comme son Quatuor, la Sonatine pour piano, la Pavane pour une infante défunte ou Shéhérazade avec laquelle on trouve de nombreux points communs. Il ne pouvait se soumettre à l’académisme de rigueur pour ce genre d’épreuve. 

Elisabeth Brauß au Piano aux Jacobins : une musicalité en devenir

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Avec ses 46 éditions cette année, Piano aux Jacobins est l’un des festivals les plus anciens de France. Mêlant grands maîtres et jeunes talents, la programmation s’attache également à présenter des pianistes qui mènent ou s’apprêtent à mener une carrière internationale, mais encore peu connus en France.

Elisabeth Brauß, née à Hanovre en 1995, fait partie de cette génération prometteuse. Lauréate de plusieurs distinctions importantes — Grand Prix Tonali à Hambourg en 2013, premier prix au Kissinger Klavierolymp en 2016 — elle a aussi été membre du BBC New Generation Artist Scheme (2018-2020) avant de recevoir en 2021 le prix Terence Judd-Hallé, décerné dans le cadre du partenariat entre la BBC et le Hallé Orchestra.

Pour son premier récital en France, elle avait choisi d’ouvrir son programme par J. S. Bach. Dès les premières notes du Caprice sur le départ de son frère bien-aimé BWV 992, on remarque la rondeur et la douceur de sonorité. Chaque partie est soigneusement pensée, l’expression cherchant à correspondre aux indications de la partition. La sensibilité d’Elisabeth Brauß, l’un de ses atouts, se manifeste avec évidence. Pourtant, plutôt qu’une effusion de sentiments, on aurait pu souhaiter une approche plus simple, plus directe, comme on en trouve dans les gravures de genre de l’époque : ces petites scènes naïves, représentant un jeune homme qui se sépare de sa famille pour un voyage. Les brèves descriptions que Bach a laissées en guise de titres peuvent d’ailleurs se lire comme les légendes d’une telle série d’images. Ici, ce n’est donc pas le souffle romantique d’un Casper David Friedrich que l’on attend, mais plutôt la délicatesse familière d’une représentation intime.