Stéphane Denève en prélude au Brussels Philharmonic

par https://lifecoachbynature.com/

Guillaume Connesson

En guise d’apéritif à la première saison de Stéphane Denève en temps que directeur musical du Brussels Philharmonic, l’orchestre avait organisé un concert sur invitation censé mettre en évidence l’intérêt accordé par le nouveau chef au répertoire contemporain. En effet, la soirée était entièrement consacrée à des oeuvres du compositeur français Guillaume Connesson (né en 1970), et pouvait être vue à la fois comme une répétition générale avant un enregistrement de ce programme à paraître chez Deutsche Grammophon et une façon de familiariser le public avec les oeuvres de ce créateur encore relativement peu connu chez nous. Qui plus est, il s’agissait dans tous les cas de premières belges, voire mondiales.
Pour présenter le concert, Stéphane Genève -troquant régulièrement la baguette pour le micro- s’excusa d’abord de ne pas encore connaître le néerlandais, affirma que son français était trop rapide (c’est sans doute sous-estimer les capacités linguistiques des auditeurs, y compris néerlandophones) et opta pour l’anglais, ce qui n’est peut-être pas hors de propos quand on dirige le Brussels Philharmonic Orchestra.
La première oeuvre à figurer au programme était Pour sortir au jour, un concerto pour flûte et orchestre en cinq mouvements, subdivisés en 13 parties, et basé sur le Livre des morts de l’Egypte ancienne, dont Pour sortir au jour est en fait le titre original. Le soliste en était Mathieu Dufour, ex-flûte solo de l’Orchestre symphonique de Chicago et qui prendra bientôt ces mêmes fonctions au Philharmonique de Berlin. Arrivé sur scène appuyé sur des béquilles en raison d’une rupture du tendon d’Achille, le soliste interpréta sa partie assis. La prestation du flûtiste français n’appelle que des éloges, et il domina aisément les difficultés d’une partition virtuose à laquelle il prêta un son plein, argenté et charnu, ainsi qu’une très fine délicatesse. Mais que dire de la musique? En fait, Connesson s’inscrit dans cette oeuvre dans la grande tradition symphonique française, et l’auditeur innocent pourrait facilement croire reconnaître en lui un contemporain de Ravel et Roussel. Mais plus étonnants sont encore le naturel et la maîtrise formelle avec lequel tout ceci est écrit: rien ne sent le pastiche, on a vraiment l’impression d’être face à un étonnant caméléon musical.
Cette impression allait encore être renforcée par la deuxième oeuvre au programme, une trilogie symphonique constituée de trois parties : Flammenschrift, E chiaro nella valle il fiume appare et Maslenitsa. Il s’agit en fait de trois hommages à la culture et à la musique allemande, italienne et russe. Le premier comprend un rappel au célèbre thème qui ouvre la Cinquième Symphonie de Beethoven, pour passer ensuite à un lyrisme romantique et une orchestration luxuriante qui fait penser irrésistiblement à Richard Strauss (et on y ajoutera une petite touche du finale du Concerto pour orchestre de Bartók). Le volet italien, s’il comporte une seule citation littérale de chanson napolitaine, connaît un climax et une opulence orchestrale digne des grands poèmes symphoniques de Respighi. Quant à Maslenitsa (déjà évoqué dans Petrouchka de Stravinsky, puisqu’il s’agit de la Semaine grasse, autrement dit du carnaval russe), l’auditeur aura pu y retrouver des passages rappelant Prokofiev,Tchaikovsky, Borodine ou Moussorgsky (ah, ces cloches dans le lointain au parfum de Russie éternelle). Ce volet se conclut sur un éblouissant tourbillon final.
Il convient de dire ici que sous la baguette très sûre et enthousiaste de son nouveau chef (et après à peine quatre jours de répétitions), l’orchestre aborda ces partitions virtuoses avec une maîtrise réelle et un enthousiasme de tous les instants.
Quant à Guillaume Connesson, qui est certainement un compositeur rétrograde de grand talent, il est plus encore un véritable Zelig musical: comme le héros de Woody Allen, c’est un homme-caméléon, capable non seulement d’imiter une multitude de compositeurs et de styles musicaux, mais carrément de se fondre en eux, de les incarner. Inutile de dire que l’enregistrement chez DG est attendu avec beaucoup d’intérêt.
Brussels Philharmonic Orchestra/Stéphane Genève (dir.)/Mathieu Dufour (flûte)
Patrice Lieberman
Flagey, le 28 août 2015

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