« Stranger Saiton » : le retour fracassant de Dmitry Smirnov

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Prosper Sainton (1813-1890) : Rêverie pour violon solo ; Thème italien varié pour violon et orchestre — Niccolò Paganini (1782-1840) : I Palpiti, variations pour violon et orchestre — Hector Berlioz (1803-1869) : Rêverie et caprice, romance pour violon et orchestre H 88 — Richard Strauss (1864-1949) : Le Bourgeois gentilhomme, suite d'orchestre — Gioacchino Rossini (1792-1868) : Andante con variazioni sur un thème de Tancrède pour violon et harpe. Dmitry Smirnov, violon ; Orchestre de chambre de Bâle, direction Victor Jacob. Livret en anglais, français et allemand. 71'53. Fuga Libera.

Vous vous souvenez de Dmitry Smirnov ? Il s'était fait remarquer en 2024, en demi-finale de la session violon du Concours Reine Elisabeth, avec une interprétation franchement originale — pour tout dire quasi délirante — du Quatrième Concerto de Mozart. Une prestation ébouriffante qui, c'est peu dire, n'avait pas fait l'unanimité. Mais beaucoup affirmaient qu'on n'avait pas fini de parler de lui. Depuis lors, cet élève de Rainer Schmidt a en effet mené une carrière à la vitesse turbo, accumulant des expériences diverses qui l'ont amené à devenir, en marge de ses activités de soliste, le premier violon solo de l'Orchestre de chambre de Bâle.

Et force est de constater qu'il n'a rien perdu de son tempérament de découvreur. Ce disque en fournit un bel exemple. Il trouve son origine dans l'acquisition, par un riche mécène, du Guarneri del Gesù « Sainton-Betti » (vers 1744), ainsi nommé d'après l'un de ses plus célèbres propriétaires, Prosper Sainton, Toulousain élève de Habeneck à Paris et figure bien connue de la scène violonistique du XIXe siècle. De là est née l'idée de consacrer un disque aux œuvres qu'il a jouées ou aurait pu jouer, avec une préférence pour le genre brillant et décontracté qui caractérise ses propres pièces : une Rêverie pour violon solo et un Thème italien varié pour violon et orchestre. Dans le sillage de cette page brillante, les variations I Palpiti de Paganini trouvent naturellement leur place, tout comme l'échevelée romance de Berlioz, Rêverie et caprice. C'est avec son Orchestre de chambre de Bâle, dirigé par Victor Jacob, que Smirnov enregistre ce programme hautement spectaculaire. Soucieux de faire partager son bonheur d'interprète libéré, il invite ensuite ses camarades à le rejoindre dans une exécution fantasque de la suite du Bourgeois gentilhomme de Richard Strauss, démonstration d'orchestre tout en finesse qui se met ainsi au diapason de ses envolées solistes. Enfin, pour conclure l'escapade sur un ton plus intime, il apporte un tact fou et révélateur à l'Andante con variazioni sur un thème de Tancrède. Et voilà que Rossini couronne la dimension belcantiste d'un récital instrumental hors normes, où les musiciens prennent plaisir à se faire plaisir. On en revient à la même conclusion qu'en 2024 : on n'a décidément pas fini de parler de cet ovni musical !

Son 9 – Livret 9 – Répertoire 8 – Interprétation 9

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