Mots-clé : Johann-Wolfgang Goethe

Musique et poésie (1) : Goethe et ses compositeurs

par crackhead from i got the hook up

Peut-on employer le possessif ? Tant il apparaît évident que les rapports du grand poète allemand avec la musique sont teintés d’ambiguïté. Il serait absurde d’affirmer qu’il n’aimait pas la musique. Bien au contraire, il travailla, enfant, le piano et le violoncelle mais il la craignait en tant qu’art susceptible de supplanter le sien : la poésie.  

 "Le musicien devrait être constamment recueilli en lui-même, développer son être le plus intime afin de pouvoir ensuite le manifester au dehors. A l’inverse, le peintre ou le sculpteur doit vivre dans le monde extérieur et manifester son être intérieur en quelque sorte inconsciemment, par les objets extérieurs et dans les objets extérieurs. Ils doivent enfin s’élever si haut au-dessus du vulgaire, que la communauté du peuple toute entière se sente ennoblie dans ces œuvres et par elles". 

Cette musique qu’il considère comme une rivale le pousse à manquer d’objectivité à tel point qu’il sera toujours proche de compositeurs secondaires comme Zelter qu’il rencontre en 1796, Eberwein, Reichardt et qu’il négligera Beethoven, Schubert. A la musique pure, il préférera toujours l’opéra, sans doute par ses aspects visuel et verbal. Goethe s’est constamment efforcé de donner à chaque vers une musicalité qui lui est propre. Et la musique des compositeurs qu’il préférait ne le dérangeait pas outre mesure dès lors qu’elle ne bouleversait pas la quintessence du texte. Les compositions de Zelter respectant la métrique, la cadence et le rythme étaient immédiatement identiques aux poèmes de Goethe : "La Musique ne sert qu’à transporter l’auditeur dans l’atmosphère qu’indique le poème". Et pourtant, un seul parvint à comprendre le phrasé du texte et "accoupler" au mot la note juste : Franz Schubert et dans une moindre mesure, Hugo Wolf.  

Dossier Faust (IV) : Faust par Schumann, le triomphe de l'Amour

par crackhead from i got the hook up

Poète autant que musicien, Robert Schumann fut le premier compositeur à s'attacher au Faust II qui occupe les trois quarts de la partition de son grand Faust dont il garda mot pour mot le texte, le mot qui, chez ce génie du lied, prend toute sa résonance. A Franz Brendel, il écrit à propos de la scène finale qu'il composa en premier lieu : "Qu'apporterait la musique à une œuvre lyrique aussi achevée ? Mais depuis que je connaissais cette scène, je sentais que la musique précisément pourrait en amplifier l'effet". Aussi Schumann s'écartera-t-il des formes musicales conventionnelles et préférera mouler la musique au poème pour mieux éclairer la magie kaléidoscopique du mot dont il a retenu les scènes de l'Amour et la Rédemption par l'Amour : "Le Jardin de Marthe", "Une bastille", "Cathédrale" pour le Faust I, "Paysage agréable" (acte I, scène 1), "Minuit" (acte V scène 4), "Grand péristyle du Palais" (acte V scène 5), "Ravins dans la montagne" (acte V scène 7) pour le Faust II.  

Le Faust de Charles Gounod

par crackhead from i got the hook up

Il n'est pas de mythe -même celui de Manfred- qui, au XVIe siècle, n'ait été plus "porteur d'idées" que celui de Faust. Née au XVIe siècle, la légende du vieux savant pactisant avec le Diable pour assouvir sa soif de connaissances, de voluptés, d'actions, trouve à l'époque romantique son expression la plus éclatante. Et à travers tous les arts. Car, quoi de plus fascinant que cet homme mi-médecin, mi-magicien qui, au-delà de sa ville natale de Knittingen, laisse planer autour de lui une odeur de soufre -cette odeur que semble lui avoir communiqué Méphistopheles, exigeant de lui une signature en échange d'une jeunesse ressuscitée et de plaisirs retrouvés ? Melanchton -dès 1550- puis le libraire de Franckfort Johann Spies, n'ont pas peu contribué à répandre son image démoniaque. Aucun littérateur cependant, en redisant son histoire, ne fit autant pour lui que cet autre franckfortois, Johann-Wolfgang Goethe (1749-1832) qui, dès 1773, commence à s'intéresser au mythe de Faust, publie à Tübingen dix-sept ans plus tard (1790) des Fragments composant la moitié environ de ce qui, en 1808, allait devenir, avec la Dédicace, le Prélude sur le Théâtre et le Prologue dans le ciel, la "Première Partie" de cet immense chef-d'œuvre aux résonances infinies. 

Le succès de ce premier Faust, doté juste avant la mort de l'écrivain d'une Seconde Partie qui fait rencontrer notre héros avec Hélène-la-Grecque, vient sans doute de cette part autobiographique que Goethe y a mise. Mais il tient, bien davantage, à la richesse de l'action imaginée, résumé de toutes les aspirations humaines : savoir, jouir, agir.