Gerhard, Strauss et Mahler avec Simon Rattle et le LSO : histoires de temps qui passe
Trois œuvres fort différentes sur le plan esthétique étaient proposées par l’Orchestre Symphonique de Londres (LSO), sous la direction de Simon Rattle. Un point commun, tout de même : le rapport au temps qui passe.
Pour commencer, la Troisième Symphonie de Roberto Gerhard. Elle a été inspirée au compositeur par la vision d’un lever de soleil au large des côtes irlandaises lors d’un voyage en avion. En sept courts mouvements (l’ensemble dure une vingtaine de minutes), elle balaie une journée entière, illustrée par ce verset du psaume 113 « Du lever du soleil jusqu’à son coucher, loué soit le nom du Seigneur. » En cette année 1960, c’est le temps de la remise en cause radicale du passé et des expérimentations. Le compositeur utilise des sons qui évoquent des réacteurs d’avion pour fabriquer une bande magnétique qui doit être diffusée pendant l’exécution. C’est pourquoi la symphonie est sous-titrée « Collages ».
Le LSO est d’une précision époustouflante. Les timbres s’enchaînent, se nourrissent et naissent les uns des autres en une alchimie toujours surprenante. L’équilibre est épatant, entre grandes masses sonores et sons isolés ; la bande magnétique apporte son propre récit, sans prendre le dessus mais de façon très audible. Simon Rattle dirige très classiquement : à droite, il bat la mesure, on ne peut plus clairement ; à gauche, il donne toutes les indications expressives. La gestique est tout ce qu’il y a de plus académique... mais avec tellement d’aisance !
