Mots-clé : Rudolf Buchbinder

L'Orchestre national de Lyon en visite à Genève

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En ces premiers jours de l’année, l’Orchestre de la Suisse Romande inscrit dans sa série ‘O comme Orchestre mais aussi Origines’ une invitation à l’Orchestre National de Lyon, formation magnifique, et à son nouveau directeur musical, Nikolaj Szeps-Znaider, entré en fonction en septembre 2020.

De qualité remarquable, le pupitre des cors dépeint la chasse d’un comte rhénan qu’évoque une ballade de Gottfried August Bürger, Le Chasseur maudit, mis en musique par César Franck en 1873 et remanié dix ans plus tard. Les sonneries de cloches et le choral des violoncelles suggèrent l’atmosphère d’un dimanche matin où les paysans horrifiés désapprouvent cette chevauchée impie. Mais que cette progression paraît confuse, tant l’imbrication des motifs est aussi désordonnée que brouillonne. Il faut en arriver au brutal arrêt, lorsque tout se fige en un pianissimo terrifiant, pour que le discours trouve une certaine assise, tandis que les clarinettes et le tuba proclament le sacrilège et la malédiction éternelle. Et c’est finalement la course à l’abîme, zébrée de traits rageurs, qui paraît être la séquence la plus convaincante.

Au terme de cette lecture qui nous laisse sceptique, l’on est en droit de poser la question : le violoniste Nikolaj Znaider, promu au rang de maestro Szeps-Znaider, est-il réellement un chef d’orchestre ? Il est difficile de croire que l’interprète notoire des rares concerti pour violon de Nielsen, Elgar ou Korngold, prenant la baguette, soit un aussi médiocre architecte, incapable de phraser un passage, aussi dense soit-il.

Les 80 ans du  chef d'orchestre Lawrence Foster et récitals à Monte-Carlo

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Figure majeure de la vie musicale monégasque, le chef d’orchestre Lawrence Foster a été directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo entre 1980 et 1990. Il est toujours un invité régulier de l’OPMC avec lequel il partage sa passion pour les répertoires qui sortent des sentiers battus. La phalange monégasque ne pouvait manquer de célébrer les 80 ans de l’un de ses plus fidèles hôtes. 

Pour cette occasion, le chef accompagne une légende de la musique : le pianiste autrichien Rudolf Buchbinder dans le Concerto n° 5 de Beethoven. On connaît la passion du pianiste pour Beethoven avec ses multiples intégrales que ce soit des Concertos ou des Sonates. Buchbinder déploie une interprétation  empreinte de sobriété, de naturel, et d’une fidélité notable au texte. Il connaît les moindres recoins de cette partition dont il fait ressortir toutes les nuances magnifiquement secondées par la direction de son fidèle ami Lawrence Foster. Acclamé par le public, le soliste offre un “bis” : un arrangement de valses de Strauss par Alfred Grünfeld, où on retrouve tout le charme viennois.

Quatuor Alban Berg, l’intégrale 

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Fondé à Vienne en 1970 par de jeunes brillants musiciens -Günter Pichler et Klaus Maetlz au violon, Hatto Beyerle à l’alto et Valentin Erben au violoncelle- le Quatuor Alban Berg marquait déjà son temps par sa démarche : il se plaçait sous le nom d’Alban Berg, avec l’accord de sa veuve, symbole d’une volonté d’ouverture vers les modernités du XXe siècle. Mais surtout, il se voulait intégralement consacré à la musique de chambre à une époque où leurs confrères viennois partageaient leur temps entre les activités de quatuors et des postes fixes dans des grands orchestres. 

Buchbinder : (Diabelli)³

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : 33 variations sur une valse par Anton Diabelli en Ut Majeur, Op.120. Anton Diabelli (1781-1858) : Valse en ut majeur. Oeuvres de Lera Auerbach, Brett Dean, Toshio Hosokawa, Christian Jost, Brad Lubman, Philippe Manoury, Max Richter, Rodion Shchedrin, Johannes Maria Staud, Tan Dun, Jörg Widmann, Johann Nepomuk Hummel, Friedrich Kalkbrenner, Conradin Kreutzer, Ignaz Moscheles, Franz Xaver Mozart, Franz Schubert, Carl Czerny. Rudolf Buchbinder, piano. 2019 et 2020-Livret en allemand et anglais. 47’51’’ et 48’08’’. 2 CD DGG 483 7707.

Le Festival Beethoven 2019 à Varsovie

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Le printemps à Varsovie est marqué par le festival Beethoven. Créé et dirigé par Elżbieta Penderecka, ce festival ne cesse de nous ravir. Invitant des artistes et des orchestres du monde entier : cette année, le public pouvait ainsi écouter des phalanges d’Espagne, de Corée du Sud, d’Italie, de Finlande, d’Allemagne, de Suisse et aussi les grands orchestres polonais. Le festival est une fenêtre sur le monde, formidable ouverture où l’on croise du public et des professionnels venus de la planète entière, saine attitude à une époque qui voit les esprits et les frontières se fermer. En l’espace d’un week-end, on pouvait avoir un aperçu de cette marque de fabrique unique et enthousiaste.

Le concert avec Susanna Mälkki et son Philharmonique d’Helsinki était des plus attendus. Venant en clôture d’une tournée européenne qui les a emmenés en Allemagne, Autriche, Pays-Bas et Pologne, l’orchestre et sa cheffe présentaient un programme de démonstration qui commençait par un inévitable Sibelius : mais avec l’un de ses poèmes symphoniques les moins usités : En Saga. Susanna Mälkki imprimait une marque intéressante en se concentrant sur une lecture plus orchestrale que narrative qui mettait en avant les masses instrumentales et la force de l’orchestration sibelienne. Violoniste inclassable, Pekka Kuusisto, ne pouvait pas livrer une lecture conformiste du célèbre Concerto pour violon de Tchaïkovski. Dès l’entrée du violon, le violoniste nous emmenait dans son monde musical, prenant le contre-pied du spectaculaire pour livrer une lecture ultra-narrative et même plutôt chambriste et lumineuse, comme si le musicien cherchait les lumières de lac Léman sur les rives duquel l’oeuvre fut composée. L’entente avec l’orchestre et sa cheffe était parfaite, même si le manque de projection du violoniste pénalisait certains passages. En bis, comme de coutume, Pekka Kuusisto sortait encore des sentiers battus avec une chanson populaire suédoise qui voyait l’instrumentiste jouer et siffler.