L'Orchestre national de Lyon en visite à Genève

par https://lnx.teatrototale.com/hookup4sex/

En ces premiers jours de l’année, l’Orchestre de la Suisse Romande inscrit dans sa série ‘O comme Orchestre mais aussi Origines’ une invitation à l’Orchestre National de Lyon, formation magnifique, et à son nouveau directeur musical, Nikolaj Szeps-Znaider, entré en fonction en septembre 2020.

De qualité remarquable, le pupitre des cors dépeint la chasse d’un comte rhénan qu’évoque une ballade de Gottfried August Bürger, Le Chasseur maudit, mis en musique par César Franck en 1873 et remanié dix ans plus tard. Les sonneries de cloches et le choral des violoncelles suggèrent l’atmosphère d’un dimanche matin où les paysans horrifiés désapprouvent cette chevauchée impie. Mais que cette progression paraît confuse, tant l’imbrication des motifs est aussi désordonnée que brouillonne. Il faut en arriver au brutal arrêt, lorsque tout se fige en un pianissimo terrifiant, pour que le discours trouve une certaine assise, tandis que les clarinettes et le tuba proclament le sacrilège et la malédiction éternelle. Et c’est finalement la course à l’abîme, zébrée de traits rageurs, qui paraît être la séquence la plus convaincante.

Au terme de cette lecture qui nous laisse sceptique, l’on est en droit de poser la question : le violoniste Nikolaj Znaider, promu au rang de maestro Szeps-Znaider, est-il réellement un chef d’orchestre ? Il est difficile de croire que l’interprète notoire des rares concerti pour violon de Nielsen, Elgar ou Korngold, prenant la baguette, soit un aussi médiocre architecte, incapable de phraser un passage, aussi dense soit-il.

Et les sublimes Variations Enigma op.36, le chef-d’œuvre d’Edward Elgar datant de 1899, confirment malheureusement cette impression, tant le thème initial, d’une émouvante mélancolie, est plat comme une punaise à genou, tant il est bâclé ! Dans les premières séquences, le chef recherche les contrastes en faisant chanter les vents ; et il finit par s’accommoder à une nonchalance souriante que commentera l’alto solo. Dès la septième variation (Troyte) avec ses véhéments éclats de cuivres et ses timbales rageuses, le propos parvient à une stabilité que magnifiera Nimrod, la variation IX, charriant derrière elle les cinq dernières séquences  aboutissant à la solennelle péroraison.

En milieu de programme est intervenu le pianiste autrichien Rudolf Buchbinder, interprète émérite de Beethoven. Et même si l’introduction orchestrale du Deuxième Concerto en si bémol majeur op.19 nous a semblé grossière et sans intérêt, le soliste connaît sur le bout des doigts ce chef-d’oeuvre de jeunesse dont il négocie la volubilité dans un jeu perlé qui lui permet de mener le discours, sans se préoccuper d’un tutti qui ne sait pas accompagner. Sa première cadenza, éblouissante de maîtrise technique, se canalise en inflexions méditatives dans l’Adagio, alors qu’une énergie ébouriffante emporte le Rondò final. Devant l’enthousiasme délirant que suscite sa prestation, l’artiste, visiblement ému, se remet simplement au clavier pour nous gratifier du final de la Dix-septième Sonate en ré mineur op.31 n.2 dite La Tempête, en enchaînant depuis la main gauche les arpèges pour répandre le flux orageux. Magnifique !

Paul-André Demierre

Genève, Victoria Hall, le 12 janvier 2022

Crédits photographiques : Uwe Arens

 

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