Mots-clé : Stéphane Orlando

A l’Unisson, Musiques Nouvelles et la création

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Mons au printemps accueille en son centre le Festifood Hiver, un événement gastronomique dont je contourne le chapiteau (vide à cette heure) qui remplit la Grand-Place – des carbonnades à La Cervoise autour d’une bière avec des amis feront l’affaire avant de rejoindre Arsonic en contrebas, peu avant 20 heures pour un programme de créations : trois nouvelles pièces et une première belge, celle de Terra Memoria, deuxième quatuor à cordes de Kaija Saariaho (après Nymphéa, de 1987 – qui fait aussi intervenir l’électronique), écrit 20 ans plus tard (soit une période où la compositrice finlandaise évolue de façon significative – tout en maintenant son appétence pour les violons, alto et violoncelle), adapté ici pour orchestre à cordes. Dédiée à tous ceux qui sont partis (le chef Jean-Paul Dessy retourne cette dédicace vers celle qui a disparu en 2023), la partition fait écho au constat que les morts voient leur vie brusquement arrêtée, alors que, si certains souvenirs qu’ont d’eux leur entourage sont fixés de façon immuable, d’autres continuent à évoluer – à vivre : se remémorer un événement modifie l’encodage mnésique de celui-ci ; le rappel, chaque fois, se mêle au souvenir et le brouille, le sculpte (un peu) différemment. Dans Terra Memoria, Saariaho fait de « Memoria » sa façon de la travailler la « Terra », sa matière, et le résultat, dense, à la puissance évocatrice, contraste entre les viscères froids, triés, rangés sur la table (du légiste), métallique, aux reflets argentés, et la saleté désordonnée, le chaos de la vie, brillant, brûlant, entre le statisme du néant, sa salubrité antiseptique, et (légers décalages de phases), l’ouverture vers la lumière, le beau, le grand.

Stéphane Orlando et Henri Storck, le son et l’image d’une même relation

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Stéphane Orlando fréquente obstinément l’image animée (et muette) depuis une vingtaine d’années : à la Cinematek, il est pianiste et improvisateur et ce soir, deux pas plus loin, il prend la scène de la salle Henry Le Bœuf, à la tête de l’Ensemble Musiques Nouvelles (qui s’investit volontiers dans des projets mêlant les disciplines) et devant deux œuvres majeures d’Henri Storck, le père fondateur du documentaire en Belgique.

« Un ciné-concert, c’est toujours un moment, unique et vivant, où des musiciens, d’aujourd’hui, font revivre un moment, unique du passé ». L’exercice est ambivalent : quelle place tient la musique par rapport à l’écran ? Quel sens (l’ouïe, la vue) le public privilégie-t-il ? D’ailleurs, s’agit-il de spectateurs ou d’auditeurs ? Comment les musiciens se connectent-ils à l’histoire qui se déroule dans leur dos ? A quoi veille le chef : à l’orchestre, à la projection, à l’interaction entre les deux ? La musique se cantonne-t-elle à un décor sonore ? Ajoute-t-elle une signification à la narration ? En dérive-t-elle le cours ?

Au fond, improviser devant l’image ou écrire pour elle, en quoi la mission diffère-t-elle pour le compositeur ? La réponse, aujourd’hui à Bozar, dans cette belle acoustique d’un Victor Horta qui, de retour des Etats-Unis, fait évoluer son Art nouveau vers un Art déco plus monumental et géométrique, semble ne pas laisser de place au doute : « l’intention est la même, créer une relation entre les images et le public ».