Sokolov, un pianiste de génie !
Une fois de plus, Grigory Sokolov a été l’invité de la série ‘Les Grands Interprètes’ organisée par l’agence de concerts Caecilia. Et une fois de plus, l’on ne peut que déposer les armes. devant un pianiste hors du commun qui proscrit toute afféterie pour n’aller qu’à l’essentiel.
Et c’est bien la sensation qui émane d’emblée de l’opus 2 n.3, la Troisième Sonate en ut majeur de Beethoven, abordée avec une précision du trait et une dynamique soutenue ahurissantes, alors que le dolce du second thème ruisselle de tendres accords. L’Adagio n’est que simplicité désarmante avec ces grappes d’arpèges translucides irisant une main gauche sonore comme une basse d’orgue. Le Scherzo revêt une allure champêtre pleine d’allant, tandis que le Finale a une élégance aérienne et un legato dans le cantabile qui préfigurent le Mendelssohn des Lieder ohne Worte. En regard de ce premier Beethoven datant des années 1794-95, Grigory Sokolov oppose celui de la fin avec les onze Bagatelles op.119 élaborées dès 1820. A chacune d’elles, il prête une spécificité qui allie la confidence à la nonchalance et à la fantaisie que suscitent le passage rapide des mains, le trille ou le rubato le plus subtil.