Sokolov, un pianiste de génie !

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Une fois de plus, Grigory Sokolov a été l’invité de la série ‘Les Grands Interprètes’ organisée par l’agence de concerts Caecilia. Et une fois de plus, l’on ne peut que déposer les armes. devant un pianiste hors du commun qui proscrit toute afféterie pour n’aller qu’à l’essentiel.

Et c’est bien la sensation qui émane d’emblée de l’opus 2 n.3, la Troisième Sonate en ut majeur de Beethoven, abordée avec une précision du trait et une dynamique soutenue ahurissantes, alors que le dolce du second thème ruisselle de tendres accords. L’Adagio n’est que simplicité désarmante avec ces grappes d’arpèges translucides irisant une main gauche sonore comme une basse d’orgue. Le Scherzo revêt une allure champêtre pleine d’allant, tandis que le Finale a une élégance aérienne et un legato dans le cantabile qui préfigurent le Mendelssohn des Lieder ohne Worte. En regard de ce premier Beethoven datant des années 1794-95, Grigory Sokolov oppose celui de la fin avec les onze Bagatelles op.119 élaborées dès 1820. A chacune d’elles, il prête une spécificité qui allie la confidence à la nonchalance et à la fantaisie que suscitent le passage rapide des mains, le trille ou le rubato le plus subtil.

En seconde partie, le pianiste propose le cahier des Quatre Impromptus op.142 rédigé par Franz Schubert en décembre 1827. Le Premier en fa mineur est présenté comme un véritable mouvement de sonate à tempo modéré qui dessine minutieusement chaque ligne, tout en élaborant un dialogue entre le grave et l’aigu dans un phrasé magistral. Le Deuxième en la bémol majeur baigne dans une nostalgique simplicité déroulant à fleur de touche les formules en arpèges qui véhiculeront une charge beaucoup plus tragique dans le trio médian. Le Troisième en si bémol majeur égrène ce thème si touchant qui figurera dans l’Entracte n.4 de la musique de scène pour Rosamunde avant de tisser de fils arachnéens la série de cinq variations. Et le Quatrième en fa mineur n’est que traits mordants hérissés de trilles sauvages contrastant violemment les coloris.

Devant l’enthousiasme du public, Grigory Sokolov offre… six bis, en commençant par une page célèbre de Schubert, le Quatrième Impromptu de l’opus 90, fluidifié par le jeu perlé, auquel répondra, par la suite, le Cinquième des Moments musicaux avec ses traits fortement scandés. Puis La Poule selon Rameau avec ses cascades de notes répétées côtoiera le dialogue qui caractérise le Prélude op.11 n.4 de Skryabin avant de conclure avec le Debussy ineffable de ‘… des pas sur la neige pactisant avec le silence. Sublime !

Paul-André Demierre

Genève, Victoria Hall, le 14 décembre 2018

Crédits photographiques : Mary Slepkora

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