Tosca fortissimo à l’Opéra de Paris 

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La mise en scène de Pierre Audi a traversé les années avec une vaillance qui n’en a supprimé ni les qualités, ni les défauts : parfaite lisibilité de l’intrigue, premier acte confiné dans un soubassement, second acte dramatiquement efficace, dernier acte fantomatique et costumes fidèles à l’époque. Le thème de la croix est traité de façon austère, aussi loin de la piété mariale démonstrative de l’héroïne que des traditions latines. 

Le succès de cette série de représentations données à guichet fermé s’explique par de prestigieuses distributions. Si Roberto Alagna, au tournant de la soixantaine, a déjà fait applaudir le peintre rebelle, la seconde distribution avec le baryton Ludovic Tézier (Scarpia), le ténor Jonas Kaufmann (Mario Cavaradossi) et la soprano Saioa Hernandez (Floria Tosca) était très attendue.  

Le baryton français au sommet de ses moyens prête sa stature massive au tyran ; il y ajoute une noirceur et une brutalité dans l’abjection qui lui valent une ovation finale méritée. De la même génération que Roberto Alagna, le ténor bavarois Jonas Kaufmann, a su conquérir depuis plus de trente ans les scènes lyriques du monde entier grâce à un art de la demi-teinte porté par une admirable musicalité. Si ses premières interventions traduisent plutôt la bravoure ironique du héros de Puccini, le troisième acte avec le fameux « Lucivan le stelle » puis, surtout, « A dolci mani » libère des accents de la plus caressante douceur. Hélas, vents et cordes se décalent tandis que la direction d’ Oksana Lyniv, en défaut d’empathie, laisse couvrir le chanteur. 

La soprano madrilène Saioa Hernandez, présente une Tosca forte et personnelle. Les personnages secondaires assurent tous leurs fonctions avec dignité : du sacristain (André Heyboer) à Angelotti (Amin Ahangaran, plus en voix qu’à l’aise sur scène), Spoletta (Carlo Bosi), Sciarrone (Florent Mbia) ou encore le geôlier de fière allure (Bernard Arrieta).  

Côté public, si la spatialisation sonore  permet à chacun des spectateurs où qu’il soit, de percevoir le meilleur son possible, on peut néanmoins se demander s’il est opportun de pousser les curseurs au-delà du vraisemblable et surtout du supportable ? Les contrastes subtils de la partition y laissent des plumes tandis que les aigus de Tosca atteignent une ampleur stratosphérique, les imprécations de Scarpia glacent d’effroi à la manière d’un train fantôme sans oublier des chœurs brusquement pléthoriques (à l’exception du petit berger effarouché).

Au fil de la soirée, c’est heureusement la pulsion dramatique tendue comme un arc qui l’emporte. 

Les meilleurs atouts de l’œuvre restent le livret que Giuseppe Giacosa et Luigi Illica ont tiré de la pièce de Victorien Sardou et le génie orchestral de Puccini tant admiré par Ravel.

Bénédicte Palaux Simonnet

Paris, Opéra de Paris, 2 décembre 2025

Crédits photographiques : Elisa Haber

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