Au festival de Pentecôte de Salzbourg : Cecilia Bartoli rend hommage à Rome

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Pour la dixième édition du festival de Pentecôte de Salzbourg sous sa direction artistique Cecilia Bartoli a choisi comme thème ”Roma Eterna” : un hommage à sa ville natale. Pendant quatre jours le festival proposait sept spectacles et concerts dans les différents théâtres de la ville de Mozart ainsi que des projections de film comme  La dolce vita  de Fellini et  Accatone de Pasolini.  Cependant, l’affiche a été un peu modifiée du fait de la pandémie et le le “Diner de Gala” proposé par un chef trois étoiles n’a pas survécu aux exigences sanitaires. 

Il trionfo del tempo e del disinganno, un oratorio de Händel en deux parties de 1707 ouvrait le festival. C’est le premier oratorio de Händel qui choisit un livret du cardinal Benedetto Pamphili : une discussion de quatre figures allégoriques. Piacere (plaisir) invite Bellezza (beauté) à poursuivre une vie d’insouciance et de distraction tandis que Tempo (temps) et Disinganno (désillusion) la mettent en garde. Si Bellezza veut échapper aux ravages du Temps elle doit se procurer une place au ciel où le temps n’a plus d’influence. Le metteur en scène Robert Carsen a réalisé le contraste entre ces deux mondes en les transportant dans notre temps avec ses concours de beauté, shows, discothèques, alcool et drogues qui lentement cèdent la place à cet autre monde (décor et costumes Gideon Davey). La dernière image nous montre une Bellezza épurée, traversant dans une simple robe blanche une scène vide se dirigeant vers une lumière lointaine “portant à Dieu son nouveau coeur”. C’est la jeune soprano française Mélissa Petit qui était cette Belezza et exprimait ses émotions dans les multiples airs qui lui étaient dévolus avec une voix fraîche et souple et une belle virtuosité. Gageons qu’elle gagnera en autorité  à l’occasion des cinq reprises estivales salzbourgeoises d’Il trionfo del tempo e del disinganno. L’autorité n’est pas ce qui manque à Cecilia Bartoli dans le rôle de Piacere , l’esprit diabolique en tailleur-pantalon rouge qui manipule Bellezza (son imprésario?) mais nous offre avec son interprétation de “Lascia la spina, cogli la rosa“ le moment inoubliable de la soirée ! Lawrence Zazzo (Disinganno) et Charles Workman (Tempo) jouaient des rôles moins importants dans le concept de Carsen mais nous offraient aussi de belles prestations vocales . Dans la fosse, Les Musiciens du Prince-Monaco, l’orchestre fondé en 2016 à l'initiative de Cecilia Bartoli,  est subtilement dirigé par le fidèle  Gianluca Capuano. Ensemble, ils ont donné vie à la partition de Händel, fait ressortir les nuances et envoûté le public.

Les Musiciens du Prince-Monaco sont certes présents dans la fosse mais aussi sur scène pour La Clemenza di Tito  de Mozart en version de concert. Au fond de la scène de la “Haus für Mozart" le Bachchor attendait son intervention et Davide Pozzi (continuo Hammerklavier) et Robin Michael (continuo Violoncello) étaient vigilants .Apparemment c’était la première fois que Cecilia Bartoli interprétait le rôIe de Sesto dans une version plus ou moins scénique et pour Anna Prohaska c’était même  un début dans le rôle de Vitellia. Cependant, ce n’est peut être pas le meilleur rôle en ce moment pour Anna Prohaska dont la voix de soprano claire et svelte ne correspond pas vraiment au tempérament et aux exigences de la princesse vengeresse. Cecilia Bartoli par contre nous donnait und Sesto émouvant et convaincant et d’une belle tenue vocale. Le Tito de Charles Workman avait une allure royale, une belle humanité et des coloratures virtuoses. Mélissa Petit (Servilia) et Lea Desandre (Annio) formaient un jeune couple attachant et Peter Kalman donnait sa voix sonore à Publio. Hélas, Gianluca Capuano optait pour une lecture parfois trop robuste.

 Puisque Brexit et Corona ont joué les troubles fêtes, le concert “Dixit Dominus“ par les English Baroque Soloists et le Monteverdi Choir dirigé par John Eliot Gardiner a du être annulé. Heureusement Cecila Bartoli avait encore un programme en réserve . Sous le titre ”What passion cannot music raise” elle propose, avec l’assistance de “son” orchestre ” des Musiciens du Prince-Monaco,  une série d’extraits d’oeuvres de Händel mais aussi des morceaux de Porpora, Hasse, Telemann et Vivaldi. Bartoli et Les Musiciens du Prince-Monaco alternent leur interventions et Bartoli se présente dans différents costumes adaptés aux personnages qu’elle interprète. Le public s’amuse  et Bartoli et des musiciens se rivalisent en virtuosité. Le public jubile et en demande toujours plus !  C’est une fête ! 

Les Musiciens du Prince - Monaco n’étaient pas le seul orchestre de cette édition des Pfingstfestspiele.  L’Orchestre du Maggio Musicale Fiorentino dirigé par Zubin Mehta, était sur la scène du Grosses Festspielhaus pour  un concert symphonique et une représentation concertante de Tosca. 

Du côté symphonique, le vénérable Zubin Mehta propose Mendelssohn et sa Symphonie n°4 “Italienne“ et les pétaradants  Pini di Roma de Respighi. Le chef indien qui vient de fêter ses 85 ans, s’avance à petit pas sur la scène mais une fois assis à son pupitre il est clairement le maître. Mais le grand succès est pour Maxim Vengerov qui donne une exécution virtuose et envoûtante du concerto pour violon de Mendelssohn. 

Pour la version de concert de Tosca de Puccini un opéra qui se joue dans cette “Roma eterna” qui était le thème de cette édition des Pfingstfestspiele (festival de Pentecôte). La pandémie a imposé des changements dans la distribution. Ainsi Anna Netrebko a pris la place de Anja Harteros comme Tosca et Luca Saisi celle de Bryn Terfel dans le rôle de Scarpia. Inchangé : Jonas Kaufmann et Cecilia Bartoli en jeune berger qu’on entend en coulisses au début du troisième acte et que d'habitude ne voit pas. C’est un tout petit rôle qu’elle avait chanté à dix ans à l’opéra de Rome pour ses débuts professionnels ! 

L’orchestre et le coeur du Maggio Musicale Fiorentino occupaient la large scène du grand Festspielhaus avec comme toile de fond alternativement une image de l'église de Sant’ Andrea della Valle, le Palazzo Farnese et la plate forme du Castel Sant’Angelo, les lieux de l’action de I’opéra. C’est dans l’espace assez restreint entre l’orchestre et le bord de la scène que se joue l’action. Il n’y a pas de décor, pas de costumes, pas d’accessoires et même pas assez de place (après son exécution Cavaradossi s’assoit sur le bord du podium du chef d’orchestre!) mais le spectacle vit. Il vit grâce à la tension dramatique créée par les chanteurs, Leur engagement et leur interprétation vocale. Anna Netrebko est une Tosca royale et humaine, attachante et émouvante à la voix opulente. Jonas Kaufmann donne distinction et vigeur à Cavaradossi et une voix solide qui peut nuancer. Le Scarpia de Luca Saisi a une belle allure, autorité et une voix de baryton expressive. Parmi les rôles secondaires l’excellent sacristain de Alfonso Antoniozzi mérite une mention. Zubin Mehta diirgeait le spectacle de main ferme mais souple et aidait à créer une vraie atmosphère de théâtre. Le public jubilait.

Le programme du prochain festival de Pentecôte sera annoncé cet été. Erna Metdepenninghen

Salzburg, 21—24 Mai 2021

Crédits photographiques : SF / Marco Borrelli

 

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