Un cabinet des curiosités à l’Opéra National du Rhin 

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Alors que les fêtes approchent à grands pas, le public strasbourgeois aura peut-être eu l’idée d’amener ses enfants aux représentations d’Hansel et Gretel, cet opéra d’Engelbert Humperdinck, inspiré du conte des frères Grimm. Bien mal leur en a pris, la mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau s’approchant plus de la cruauté du conte original que de la version édulcorée d’Humperdinck. “Certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes.” indiquait la maison d’opéra sur son site internet, et comment ! 

Dans cette mise en scène filmée durant le covid et reprise en ce mois de décembre 2025, nous ne trouvons ni forêt, ni maison en pain d’épice. L’action se déroule plutôt successivement dans une caravane au milieu d’une décharge, dans un terrain vague, et dans un parc d’attraction, le Witch Palace, peuplé de monstres en tout genre. La sorcière, représentée en meneuse de revue décadente, inspirée de Marlene Dietrich, ne tente pas de manger les enfants, mais bien de les violenter de manière très explicite. Envisager avec une telle cruauté, une vision si crue ce conte de Noël présente des risques, mais force est de constater que cela fonctionne ! Si l’envie de Pierre-Emmanuel Rousseau était de secouer son public, c’est une mission accomplie. 

La mise en scène est parfaitement soutenue par les magnifiques décors et costumes, également pensés par monsieur Rousseau, mais aussi par les lumières de Gilles Gentner et la chorégraphie de Pierre-Émile Lemieux-Venne. Bien sûr, la réussite de cette représentation repose beaucoup sur le talent d’acteur des solistes. Opposé aux candides Patricia Nolz (Hansel) et Julietta Aleksanyan (Gretel), notre sorcière du soir, le ténor Spencer Lang, éclabousse la prestation de sa présence, sa folie et sa capacité à rendre chaque intervention plus crue et dérangeante que la précédente. Du côté des parents, la mère brisée et fatiguée est interprétée par Catherine Hunold tandis que Damien Gastl joue un père d’une présence scénique et vocale ébouriffante. Pour cette production, le Marchand de sable et la Fée rosée ne font qu’un dans un personnage ambigu incarné par Louisa Stirland. 

La partie scénique, si omniprésente dans cette production, ferait presque oublier la partie musicale de l'œuvre. À la tête de l’Orchestre national de Mulhouse, Christoph Koncz a livré une très belle partition, pleine de contrastes avec une balance interne à l’orchestre très subtile. Chaque couleur, chaque intervention était mise en avant, sans pour autant prendre toute la lumière. C’est une version très fluide et lisible de l'œuvre que nous a livré le chef austro-hongrois. Du côté des voix, il faut saluer la prestation puissante de Damien Gastl et les interactions toujours justes et brillantes entre Patricia Nolz et Julietta Aleksanyan, sans oublier les enfants de la Maîtrise de l’Opéra National du Rhin, tant chanteurs que figurants personnifiant les différents monstres qui peuplent le Witch Palace de la terrible sorcière. 

Opéra National du Rhin, le 15 décembre 2025.

Alex Quitin

Crédits photographiques : Opéra du Rhin

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