Une décevante "Pathétique" sous la baguette de Nézet-Séguin

par https://thedivasguides.com/

Peter Illich TCHAIKOVSKI
(1840-1893)
Symphonie n°6 en si mineur, opus 74, « Pathétique » - Romances opus 6 transcrites pour violon et piano - Romances opus 73 transcrites pour violon et piano

Orchestre philarmonique de Rotterdam, Yannick NEZET-SEGUIN (chef d’orchestre et piano), Lisa BATIASHVILI, violon
2013 – DDD – 64’35 – Livret en anglais, allemand et français – Deutsche Grammophon
Le chef d’orchestre canadien, Yannick Nézet-Séguin a porté son choix sur la sixième symphonie de Tchaïkovski, dite Pathétique, pour son premier enregistrement chez Deutsche Grammophon. Une démarche ambitieuse, tant l’œuvre reste mémorable et mythique dans l'enregistrement de Mravinski avec l’Orchestre Philarmonique de Leningrad. Le choix de l’œuvre pour un premier enregistrement Deutsche Grammophon est certes courageux, mais l’interprétation de l’œuvre semble loin de ce pathos sublimé propre au style du compositeur. Reconnaissons que l’orchestre de Rotterdam, dont Yannick Nézet-Séguin est le chef depuis 2008, fait preuve d’un haut niveau instrumental, les conduites des phrases semblent néanmoins parfois si précipitées que le charme inhérent de la partition s’en est envolé. L’orchestre sonne formidablement, mais il manque malheureusement cette noble opulence des cordes qui à aucun moment pleurent le tragique du destin : le célèbre fatum, qui obsédait grandement le compositeur russe. De même, les thèmes principaux, circulant de pupitre en pupitre, omettent de porter et de soutenir la phrase jusqu’ à son élévation la plus haute. Les multiples et diverses sonorités instrumentales sont si peu fouillées que l’auditeur en perd lui-même le fil de l’écoute. De temps à autre, l’orchestre sonne férocement, mais sans vraie justification tant les préparations sont hypotrophiées. Par conséquent, tout le caractère tragique, ample et monumental de l’œuvre disparaît. Certes, l’orchestre est animé par une forte énergie, mais elle est presque à contre courant de l’esprit fatidique de la partition, hors style. La symphonie apparaît alors longue, peu cohérente et parfois monotone. Il est très probable que le chef canadien ait cherché à se différencier des grands maîtres russes, de Mravinski à Gergiev, mais il est très regrettable qu’il en ait perdu les aspects intrinsèques de la quintessence du style de Tchaïkovski. Le coup de maître a échoué.
Toutefois on découvre une gracieuse compensation dans les Romances, initialement composées pour voix et piano et transcrites par le chef d’orchestre canadien pour piano et violon, avec Lisa Batiashvili au violon et lui-même au piano. De nos jours, il est peu fréquent de voir des chefs d’orchestre prendre l’habit du musicien instrumentiste, hormis quelques uns, tel Barenboïm par exemple. Yannick Nézet-Séguin accompagne avec discrétion le beau et ample violon de Lisa Batiashvili, au caractère typiquement slave dans son interprétation. On apprécie ici ce moment de musique de chambre en complément de la symphonie Pathétique.
Marie-Sophie Mosnier

Son 7 – Livret 8 – Répertoire 10 – Interprétation 7

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